Giuseppe Spagnuolo répète à l’envi que le monde tourne
autour de lui. Pourtant quand je l’aperçois à un moment de mon circuit photo
dans le village, il a l’air plutôt esseulé. Je le surveille du coin de l’œil.
Il m’inquiète un peu. Je ne comprends d’où il a pu sortir pour apparaître ainsi
sur les marches de l’église, la pipe dressée au-dessus d’une abondante barbe
grise et un chapeau enfoncé sur la tête. Ma voiture est encore la seule sur ce
qui a été la place du village. Un peu compréhensible, du reste : la route
est plutôt mauvaise. Mais je n’avais pas envie de rebrousser chemin après 20
kilomètres!
Je ne peux pas éviter l’apparition. Au moment où je passe
devant lui, il me salue d’un Buongiorno enjoué.
Je constate alors que l’église a été un peu rafistolée, que la porte de côté est
ouverte et encadrée de deux fenêtres manifestement récentes. Ah. Comme des
panneaux invitent à visiter Roscigno Vecchia, on aurait donc aménagé un bureau
d’accueil et Giuseppe est le gardien?
Il me lance une première fois en levant les bras au
ciel :
- Il mondo gira
intorno a me.
- Vous avez connu des gens qui vivaient ici?
- Oui. Ils sont tous morts maintenant. Moi, je suis né à Roscigno Nuova. Et le monde tourne autour de moi.
- Vous avez connu des gens qui vivaient ici?
- Oui. Ils sont tous morts maintenant. Moi, je suis né à Roscigno Nuova. Et le monde tourne autour de moi.
Il ne me paraît pas très habile de le contrarier.
Hmmm. Elles m’ont l’air toutes soutenues et défendues par
des chaînes et des armatures de bois et de fer. Et pourtant, il y a bien un
panneau tout ce qu’il y a d’officiel et la porte s’ouvre sur deux pièces où ont
été réunis des instruments aratoires et divers objets liés à la fabrication de
l’huile d’olive.
- C’est vous qui élevez les porcs?
- Ah, les porcs…
Et il se met à rire. C’est tout ce que j’en obtiens.
- Ah, les porcs…
Et il se met à rire. C’est tout ce que j’en obtiens.
Il veut à tout prix me montrer la carte qu’on lui a envoyée
du Canada (« avec votre feuille, là… ») et pendant qu’il la cherche, j’aperçois
un lit avec une couverture et un oreiller. Giuseppe a donc fait là sa maison. Aujourd’hui,
le soleil entre les planches des murs et sous la porte, mais quand il pleut,
les dégâts doivent être plus étendus que dans ma chambre d’hôtel. Un portemanteau
croule sous les chemises et les cravates bariolées.
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| Photo trouvée sur Internet |
Une autre voiture arrive. Jour faste! Je me promène dans ce
décor de cinéma tout naturel. Mais n’est-ce pas une autre silhouette que j’aperçois
au moment de remonter en voiture? Femme ou homme, je ne saurais dire. L’éleveur
de porcs qui ne goûte pas autant la publicité que Giuseppe? Je lui laisse son
mystère et je salue le centre du monde en repartant.

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