Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mardi 21 juin 2016

Pierres et pain (Matera et Altamura)

12 juin

Arrivée à Matera
Nous papotons allègrement (ou peut-être est-ce surtout moi qui parle) quand la vue qui s’ouvre dans une courbe de la rue nous arrache à toutes les deux une exclamation. Nous voici à Matera.

Le spectacle des maisons troglodytiques empilées depuis le fond du ravin est franchement stupéfiant. Ce sont les Sassi (littéralement, les pierres). Il y en a deux : le Sasso Caveoso et le Sasso Barisano. Le sol étant creusé de grottes naturelles, le lieu est habité depuis le paléolithique. Puis, des moines en ont fait leur refuge et y ont aménagé des chapelles dont ils ont décoré les murs de fresques. Pendant une période de prospérité, des palais et d’autres églises ont été édifiés au sommet. Une augmentation soudaine et considérable de population (il n’y avait pas que des moines…) a contraint les familles à s’installer dans les grottes. La ville a ensuite perdu de son importance et la pauvreté a gagné ces quartiers rupestres. La roche ne retenant pas la nappe phréatique, les gens ont conçu tout un système de citernes pour conserver l’eau de pluie et l’amener d’une maison à l’autre. Mais les habitations étaient misérables, mal aérées, exiguës et partagées avec un cheval, un porc et des poules, souvent dans une seule pièce. Le bébé dormait dans un tiroir de commode.  Les dimensions rappellent franchement notre casetta de Móttola. Le lit matrimonial était surélevé pour éviter l'humidité et pour dégager un espace de rangement. (Désolée pour les photos floues : le flash était interdit.) La situation a duré jusqu’en 1952. Une loi sur la salubrité a amené le gouvernement à fournir des logements aux habitants des Sassi. Le dernier est parti en 1953. La Casa Grotta, un petit musée, est meublée d’articles donnés par l’une des dernières familles propriétaires.
Certaines habitations ont été converties en musées, en restaurants, etc., et beaucoup d’églises à fresques anciennes sont visitables. Les habitations les plus proches du fond du ravin sont abandonnées et l’entrée en est interdite. Le site figure sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
C’est dans ce décor aride que Mel Gibson a tourné sa Passion du Christ et que Pasolini avant lui avait filmé L’Évangile selon saint Mathieu.
Cathédrale de Matera : plafond
Sans carte (l'information touristique ouvre vers les 10 h seulement), nous entamons la visite par la cathédrale et le difficile apprentissage du fonctionnement de l'audioguide à pointeur que je m'obstine à pointer sur un petit cercle rouge du plan alors qu'il faut le pointer carrément sur le numéro. C'est une cathédrale baroque, très riche, dotée d'une coupole octogonale.
Maquette de Matera
Au fil de nombreuses montées et descentes, après avoir été un peu bousculées par une guide impatiente dans une maison grotte (la pauvre ne survivra pas à l’affluence de juillet et août), nous visitons trois belles églises rupestres décorées de fresques (photos interdites…) et nous nous retrouvons par hasard en plein où nous avions garé la voiture. Presque un miracle : obnubilées par la vue à l’arrivée et la grande chance de tomber sur une des rares places de stationnement gratuites à l’entrée du site, nous avions omis cette fois de photographier ou noter des indices nous permettant de retrouver la voiture. En regardant la carte, j’ai fini par me rappeler avoir lu le non de la rue Santa Maria delle Grazie. Ouf. L'autre solution aurait été de montrer à quelqu'un de la place les premières photos du jour, dont celle d'une maquette installée  à l'entrée où nous étions passées.
Cathédrale d'Altamura - Portail
Il est trop tôt pour rentrer à Móttola. La consultation de la carte et du guide nous mène à Altamura, réputée pour… son pain. Et ses courettes (claustri). J'attendais une sorte de merveille architecturale, dans ce dernier cas, mais elles sont toutes décevantes et ont même un peu l'air abandonné. Le guide souligne particulièrement le claustro della giudecca  (littéralement, la cour des juifs). Nous nous acharnons pour tenter de mettre la main dessus et elle nous décevra autant que les autres! Comme elle est assez grande, j'imagine  que toute la communauté juive y était confinée. En tout cas, la recherche nous aura procuré tout un fou rire. 

Le massif pain d'Altamura

Après Matera, Altamura allait nous laisser sur notre faim, si j’ose dire, mais nous ne pouvions pas repartir sans nous procurer un exemplaire de la célèbre production. Or, c’est dimanche et les boulangers n’ouvrent pas. Un glacier-pâtissier nous envoie vers un magasin toujours ouvert. Pour le remercier, il nous faut bien manger une glace. Lancé, le jeune homme couvre celle d’Emmanuelle de tous les extras possibles. Moi, j’implore la pitié et la sobriété pour mon foie!
Le pain me durera longtemps, même après le départ d’Emmanuelle! C’est une miche énorme à la croûte qui résiste au couteau à pain et finit par céder sous le couteau suisse. La consommation en sandwich est impensable. Si Lecce avait été construite en pains d’Altamura, les palais seraient moins friables!

Surprise, surprise au retour : c'est la Saint-Antoine et le trajet de la balade du saint dans la ville passe sous notre porte. Il aura tout juste le temps de rentrer dans son église. Quant à la projection du match de foot Italie heu... Irlande? sur le mur extérieur du café Piazza Grande, elle tournera court à cause de l'orage qui fait bientôt descendre des ruisseaux d'eau dans les rues.
Grâce à la débrouillardise d'Emmanuelle et à un risotto en enveloppe que je traîne depuis Lecce, nous mangeons une sorte de risotto thon et asperges. Tellement salé que l'absence de "fond de cuisine" dans la casetta n'a aucune importance.
Une partie des photos que je joins au blogue depuis le 10 juin sont l'œuvre d'Emmanuelle. Dans le pays de César, il était grand temps que je lui rende ce qui lui appartient.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire