Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

dimanche 1 mai 2016

De quoi ravir Ti-Mé


C’est dimanche, seul jour de la semaine où il n’y a pas de collecte d’ordures à Lecce. C’est donc le moment de vous parler du système qui, autrement, me prend un temps d’action et de réflexion démesuré chaque jour. À Lecce, en effet, on pratique la collecte sélective au cube. Le sujet a d’ailleurs pris la moitié du temps de remise des clefs à mon arrivée.
Dans l’un des grands tiroirs de la cuisine, il y a des sacs de plastique de toutes grandeurs et de toutes couleurs. Il y a aussi un feuillet qui résume quel type de déchets sera ramassé chaque jour et comment il faut s’en débarrasser. Par exemple : « Papier et carton, dans les seaux bleus (collecte porte à porte) » ou « Plastique dans les sacs jaunes (collecte porte à porte) ». Le dépliant est en quatre pages, chaque type de déchet étant décrit, plus les amendes, les interdictions, les numéros de téléphone à composer, etc.
Il y a en plus une roulette intitulée « L’alphabet du déchet – Où dois-je le jeter? ». D’un côté de la roulette, il y a les lettres A à L et de l’autre, le reste de l’alphabet. De chaque côté, une autre roulette plus petite, percée d’une fenêtre en longueur qui va du centre vers le bord, est fixée au centre de la grande roulette par une sorte de pince mobile. Ceux qui sont venus chez moi n’ont qu’à penser à la roulette que ma voisine m’a offerte pour savoir avec quelle herbe je peux accommoder un plat.
À Lecce, si je me demande que faire avec une étiquette adhésive, je vais du côté de la grande roulette qui va de A à L, j’amène la fenêtre de la petite roulette vis-à-vis E, puis Etichette adhesive, et j’apprends qu’elle appartient à la catégorie 4, couleur anthracite. Un tableau coloré sur chacune des petites roulettes me dit que le 4, c’est le groupe indifferenziato (secco residuo), donc tout ce qui n’appartient pas aux autres catégories. Les résidus résiduels en quelque sorte. Il y a des désignations étonnamment précises, comme damigiane in vetro. Comme il fallait s’y attendre, ces dames-jeannes en verre appartiennent à la catégorie du verre, donc la 8. Pour la 8, pas de sac, pas de seau, il faut trouver sur la rue une sorte de grosse cloche verte, percée de deux ouvertures sur le dessus. Un camion fait régulièrement le vide des cloches. C’est amusant d’y voir les gens balancer leurs bouteilles l’une après l’autre, en faisant mine de rien quand ils en ont à peu près 20. Je n’en ai toutefois jamais vu y jeter une dame-jeanne, pour la simple et bonne raison que les ouvertures sont vraiment trop petites!
Votre arbre de Noël en plastique ne va pas dans le plastique, mais dans le résiduel. Les excréments d’animaux dans la frazione organica comme les coquilles de mollusques. Les radiographies? Résiduel; c’est bel et bien écrit sur la roulette.
Quand on va au supermarché, on pèse les fruits soi-même avant d’arriver à la caisse. La balance délivre une étiquette adhésive, que l’on colle sur le sac de plastique où l’on a mis les fruits en question. On est donc aux prises avec un composé d’étiquette adhésive qui va dans le résiduel et de sac plastique qui va dans le plastique. Que faire? Tout jeter dans le résiduel? Ma propriétaire a été stupéfaite de la question. Elle a déchiré la portion du sac où se trouvait l’étiquette et m’a expliqué avec force gestes que l’étiquette va dans le résiduel et le sac plastique dans le plastique! Vu mon ignorance, elle a fait une sorte de grand tour de la question. Sur la roulette, par exemple, on a pudiquement écrit que les mouchoirs de papier allaient dans la frazione organica. Ma proprio m’a précisé que les mouchoirs de papier utilisés y allaient aussi. Il me semble que ça va de soi, quand même : l’ajout de ce qui les rend « utilisés » les rend encore plus organiques. J’ai tout de même aimé l’élégant papillotement à deux doigts qu’elle a eu sous son nez pour exprimer l’idée du mouchoir utilisé.
La frazione organica en question est ramassée trois fois par semaine. C’est peut-être celle que l’on produit en plus grande quantité, mais c’est aussi celle qui sent le plus…

Sous l’évier de cuisine, il y a une minuscule poubelle en plastique doublée d’un sac en plastique biodégradable, qu’on a réussi à trouver en plus petit encore que la poubelle. Deux moitiés d’écorce d’orange italienne un matin et le sac se détache des bords de la poubelle et transforment en cauchemar (j'ai une prédisposition à l'exagération italienne) les deux jours qui suffisent ensuite à remplir le sac . On a du gras de prosciutto à jeter, on ouvre la porte tant bien que mal sans graisser la poignée, mais on doit ensuite plonger mains et nez dans le petit contenant pour soulever les bords du sac et se débarrasser de l’organique.
Chaque foyer est équipé d’au moins trois seaux en plastique de section carrée et dotés d’un couvercle et d’une poignée mobile. Un bleu pour le papier et le carton, un brun pour l’organique et un anthracite pour le résiduel. Le plastique, on l’a vu, ne va pas dans un seau, mais… dans un sac plastique. Déjà, ça me paraît un peu paradoxal. S’il y avait un seau pour le plastique, on pourrait y mettre directement bouteilles d’eau, barquettes de légume et Saran que les éboueurs videraient dans la benne du camion. Mais non, on ajoute aux déchets plastique un sac de plastique à traiter. Même s’il est biodégradable, c’est quand même beaucoup de matière en plus, sans compter l’énergie dépensée à le produire!

Par ailleurs, on imagine mal les trois seaux plus ou moins odorants et le sac des déchets plastique alignés dans la cuisine. Si vous avez une cour ou un garage, ça va encore, mais si vous ne disposez que d’un balcon, ne pensez plus à y installer votre ensemble de patio : il n’y a plus de place. Chez ma proprio, il y a un jardinet, mais avant d’y accéder, il y a une sorte de patio couvert où sont alignés, d’un côté, une armoire contenant des produits de nettoyage, le lave-linge, un évier et une plante en pot et, de l’autre, des étagères avec toutes sortes d’outils et de bacs de rangement. On a jugé que c’était quand même inélégant d’y aligner les trois seaux prêts à l’emploi. On les a donc mis l’un dans l’autre, sous la tablette inférieure. Tout à côté, sur la tablette inférieure, on a disposé une sorte de triple poubelle intermédiaire dont chacune est minuscule et chacune doublée d’un sac plastique. On m’a enseigné que, dans le premier des trois, je dois mettre le plastique, dans le second, le résiduel, et dans le troisième, le papier et le carton.
Quand c’est le jour de la collecte du plastique, je dois donc soit fermer le minuscule sac plastique contenant les déchets plastique et mettre le tout dans le grand sac plastique jaune que j’installe à côté du perron soit, comme il me semble un peu plus logique de le faire, vider le petit sac dans le grand sac jaune et ménager le premier, voire jeter directement mes contenants en plastique dans le grand sac jaune que j’ai dissimulé sous la table de cuisine.
Même cérémonie ridicule avec le papier et le carton. Deux jours de Repubblica (le journal) et le minuscule bac temporaire est plein! J’ai donc mis sous l’évier extérieur le seau du papier-carton qui va sur la rue et j’y mets directement les journaux et le reste.
Mais un jour que j’avais râtelé les feuilles du jardin, je me suis demandé quel sac il me faudrait employer. Comme je l’ai dit, les sacs pour l’organique sont minuscules et je ne trouvais rien de plus grand dans la maison qui soit marqué précisément du sceau « biodégradable ». Courriel à la proprio et, comme si ça allait de soi : « Mettile direttamente nel contenitore! »
On sait que les Italiens ont une conception particulière de l’application des lois et règlements. Je parie que les seaux anthracite du résiduel que l’on voit les mardis et jeudis aux portes des maisons du quartier sont assez remplis. Les sacs ont beau être transparents, je serais étonnée que les « cueilleurs » en scrutent le contenu!
Est-ce que quelqu'un a déjà vérifié ce que contiennent les déchets organiques de mon voisin entrepreneur de pompes funèbres?




4 commentaires:

  1. Nathalie Cholette1 mai 2016 à 14:25

    Ti-Mé serait ravi, en effet! De quoi occuper ses longues journées à rouspéter pour tout et pour rien...
    Ravie de te lire, encore et encore.

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  2. Et t'as passé sous silence le papier cul (pas celui qu'on se passe sous le nez!) Faut-il séparer ce qui se recycle ou se composte???? Ouh lala l'Italie du nord me va mieux...

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    1. J'ai déjà bien assez de problèmes de PC comme ça!

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  3. Dire qu'ici, y en a qui trouvent le recyclage fastidieux!

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