Dans l’un des grands tiroirs de la cuisine, il y a des sacs
de plastique de toutes grandeurs et de toutes couleurs. Il y a aussi un
feuillet qui résume quel type de déchets sera ramassé chaque jour et comment il
faut s’en débarrasser. Par exemple : « Papier et carton, dans les seaux
bleus (collecte porte à porte) » ou « Plastique dans les sacs jaunes
(collecte porte à porte) ». Le dépliant est en quatre pages, chaque type
de déchet étant décrit, plus les amendes, les interdictions, les numéros de
téléphone à composer, etc.
À Lecce, si je me demande que faire avec une étiquette
adhésive, je vais du côté de la grande roulette qui va de A à L, j’amène la
fenêtre de la petite roulette vis-à-vis E, puis Etichette adhesive, et j’apprends qu’elle appartient à la
catégorie 4, couleur anthracite. Un tableau coloré sur chacune des petites
roulettes me dit que le 4, c’est le groupe indifferenziato
(secco residuo), donc tout ce qui n’appartient pas aux autres catégories.
Les résidus résiduels en quelque sorte. Il y a des désignations étonnamment
précises, comme damigiane in vetro. Comme
il fallait s’y attendre, ces dames-jeannes en verre appartiennent à la
catégorie du verre, donc la 8. Pour la 8, pas de sac, pas de seau, il faut trouver
sur la rue une sorte de grosse cloche verte, percée de deux ouvertures sur le
dessus. Un camion fait régulièrement le vide des cloches. C’est amusant d’y
voir les gens balancer leurs bouteilles l’une après l’autre, en faisant mine de
rien quand ils en ont à peu près 20. Je n’en ai toutefois jamais vu y jeter une
dame-jeanne, pour la simple et bonne raison que les ouvertures sont vraiment
trop petites!
Votre arbre de Noël en plastique ne va pas dans le
plastique, mais dans le résiduel. Les excréments d’animaux dans la frazione organica comme les coquilles de
mollusques. Les radiographies? Résiduel; c’est bel et bien écrit sur la
roulette.
Quand on va au supermarché, on pèse les fruits soi-même
avant d’arriver à la caisse. La balance délivre une étiquette adhésive, que l’on
colle sur le sac de plastique où l’on a mis les fruits en question. On est donc
aux prises avec un composé d’étiquette adhésive qui va dans le résiduel et de
sac plastique qui va dans le plastique. Que faire? Tout jeter dans le résiduel?
Ma propriétaire a été stupéfaite de la question. Elle a déchiré la portion du
sac où se trouvait l’étiquette et m’a expliqué avec force gestes que l’étiquette
va dans le résiduel et le sac plastique dans le plastique! Vu mon ignorance,
elle a fait une sorte de grand tour de la question. Sur la roulette, par
exemple, on a pudiquement écrit que les mouchoirs de papier allaient dans la frazione organica. Ma proprio m’a
précisé que les mouchoirs de papier utilisés y allaient aussi. Il me semble que
ça va de soi, quand même : l’ajout de ce qui les rend « utilisés »
les rend encore plus organiques. J’ai tout de même aimé l’élégant papillotement
à deux doigts qu’elle a eu sous son nez pour exprimer l’idée du mouchoir utilisé.
La frazione organica en
question est ramassée trois fois par semaine. C’est peut-être celle que l’on
produit en plus grande quantité, mais c’est aussi celle qui sent le plus…
Chaque foyer est équipé d’au moins trois seaux en plastique
de section carrée et dotés d’un couvercle et d’une poignée mobile. Un bleu pour
le papier et le carton, un brun pour l’organique et un anthracite pour le
résiduel. Le plastique, on l’a vu, ne va pas dans un seau, mais… dans un sac
plastique. Déjà, ça me paraît un peu paradoxal. S’il y avait un seau pour le
plastique, on pourrait y mettre directement bouteilles d’eau, barquettes de
légume et Saran que les éboueurs videraient dans la benne du camion. Mais non,
on ajoute aux déchets plastique un sac de plastique à traiter. Même s’il est
biodégradable, c’est quand même beaucoup de matière en plus, sans compter l’énergie
dépensée à le produire!
Quand c’est le jour de la collecte du plastique, je dois
donc soit fermer le minuscule sac plastique contenant les déchets plastique et
mettre le tout dans le grand sac plastique jaune que j’installe à côté du perron
soit, comme il me semble un peu plus logique de le faire, vider le petit sac dans
le grand sac jaune et ménager le premier, voire jeter directement mes
contenants en plastique dans le grand sac jaune que j’ai dissimulé sous la
table de cuisine.
Même cérémonie ridicule avec le papier et le carton. Deux
jours de Repubblica (le journal) et
le minuscule bac temporaire est plein! J’ai donc mis sous l’évier extérieur le
seau du papier-carton qui va sur la rue et j’y mets directement les journaux et
le reste.
Mais un jour que j’avais râtelé les feuilles du jardin, je
me suis demandé quel sac il me faudrait employer. Comme je l’ai dit, les sacs
pour l’organique sont minuscules et je ne trouvais rien de plus grand dans la
maison qui soit marqué précisément du sceau « biodégradable ». Courriel
à la proprio et, comme si ça allait de soi : « Mettile direttamente nel contenitore! »
On sait que les Italiens ont une conception particulière de
l’application des lois et règlements. Je parie que les seaux anthracite du
résiduel que l’on voit les mardis et jeudis aux portes des maisons du quartier
sont assez remplis. Les sacs ont beau être transparents, je serais étonnée que
les « cueilleurs » en scrutent le contenu!
Est-ce que quelqu'un a déjà vérifié ce que contiennent les déchets
organiques de mon voisin entrepreneur de pompes funèbres?
Ti-Mé serait ravi, en effet! De quoi occuper ses longues journées à rouspéter pour tout et pour rien...
RépondreSupprimerRavie de te lire, encore et encore.
Et t'as passé sous silence le papier cul (pas celui qu'on se passe sous le nez!) Faut-il séparer ce qui se recycle ou se composte???? Ouh lala l'Italie du nord me va mieux...
RépondreSupprimerJ'ai déjà bien assez de problèmes de PC comme ça!
SupprimerDire qu'ici, y en a qui trouvent le recyclage fastidieux!
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