Il y eut environ 400 de ces scuole, grande ou minore, à Venise. Il s'agit (plusieurs existent encore) de confréries laïques d'entraide, placées sous le patronage d'un saint protecteur, dit le petit feuillet compris dans le droit d'entrée. Leur objectif était (il a sans doute évolué...) la dévotion, la pénitence ou le regroupement des étrangers praticiens d'un art ou d'un métier, qui avaient besoin d'aide pour trouver leur place sous le soleil vénitien. Venise étant essentiellement une république commerçante, nombre de communautés et d'artisans étrangers étaient accueillis à bras ouverts. Il arrivait même qu'on reconnût publiquement la supériorité de leur savoir-faire sur celui des gens de métier locaux.
La scuola grande de San Rocco, officialisée au XVe siècle mais établie là où elle est maintenant au XVIe siècle, est la seule qui ait conservé son décor initial et intégral, la seule épargnée par Napoléon et la seule qui ait subsisté jusqu'à ce jour sans interruption. Le décor en question est composé entre autres de 56 grandes toiles de Jacopo Robusto, dit le Tintoret. Il y eut bien un concours, mais le Tintoret se débrouilla pour obtenir qu'on lui confie la décoration entière. À la page « Modalités financières » du document d'appel d'offres, il avait écrit « Vous me rembourserez mes fournitures et pour le reste, à vous de voir » (je résume le laïus de l'audioguide). Une attitude à faire fondre un roc(h). Tout le monde y gagna et y gagne encore. Quoique, pour tout vous dire, est-ce parce que c'est plus à portée d'oeil, j'ai préféré -- proféré-je une hérésie? -- les extraordinaires sculptures exécutées un siècle plus tard par Francesco Pianta il Giovane (photo d'une carte postale).
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