Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mardi 1 mai 2012

Arte lunga

J'ai quitté un instant le soleil des campi pour l'atmosphère feutrée et fraîche de la Scuola Grande di San Rocco.

Il y eut environ 400 de ces scuole, grande ou minore, à Venise. Il s'agit (plusieurs existent encore) de confréries laïques d'entraide, placées sous le patronage d'un saint protecteur, dit le petit feuillet compris dans le droit d'entrée. Leur objectif était (il a sans doute évolué...) la dévotion, la pénitence ou le regroupement des étrangers praticiens d'un art ou d'un métier, qui avaient besoin d'aide pour trouver leur place sous le soleil vénitien. Venise étant essentiellement une république commerçante, nombre de communautés et d'artisans étrangers étaient accueillis à bras ouverts. Il arrivait même qu'on reconnût publiquement la supériorité de  leur savoir-faire sur celui des gens de métier locaux.

La scuola grande de San Rocco, officialisée au XVe siècle mais établie là où elle est maintenant au XVIe siècle, est la seule qui ait conservé son décor initial et intégral, la seule épargnée par Napoléon et la seule qui ait subsisté jusqu'à ce jour sans interruption. Le décor en question est composé entre autres de 56 grandes toiles de Jacopo Robusto, dit le Tintoret. Il y eut bien un concours, mais le Tintoret se débrouilla pour obtenir qu'on lui confie la décoration entière. À la page « Modalités financières » du document d'appel d'offres, il avait écrit « Vous me rembourserez mes fournitures et pour le reste, à vous de voir » (je résume le laïus de l'audioguide). Une attitude à faire fondre un roc(h). Tout le monde y gagna et y gagne encore. Quoique, pour tout vous dire, est-ce parce que c'est plus à portée d'oeil, j'ai préféré -- proféré-je une hérésie? -- les extraordinaires sculptures exécutées un siècle plus tard par Francesco Pianta il Giovane (photo d'une carte postale).

Du Tintoret, je retiens cette belle Nativité avec adoration des bergers. Inusité pour nous, cette « crèche » à deux étages, non? Mais c'est la troisième que je vois, à Venise.

En sortant, j'en avais trop sur le cerveau pour affronter un nouveau campo et je me suis réfugiée au café l'Altrove de San Silvestro. Sans compter que de là, pour atteindre l'embarcadère du vaporetto, il faut franchir deux porches étroits et bas de plafond et que je m'amuse à encourager les touristes décontenancés. Et quand je suis arrivée à l'embarcadère depuis le campo, c'était quand même au moins la troisième fois, mais j'ai enfin eu l'idée de regarder derrière moi et j'ai découvert cette vieille façade aux arches de pierre et au moins une autre, peut-être, d'une autre époque, en brique.

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