Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

lundi 30 avril 2012

Accents de nostalgie

Vendredi dernier, j'ai fait le tour de l'Italie. En fait, je suis tout simplement allée à Chioggia, petite ville à quelques encablures au sud de Venise. Mais « simplement » n'est peut-être pas le bon mot. L'arrêt d'autobus est à quelques pas de chez moi, mais ensuite, l'autobus va de San Nicoló, où je vis, jusqu'à Alberoni, puis il embarque sur un bac et en descend pour nous emmener à Pellestrina. De là, il suffit de prendre un bateau pour arriver à Chioggia. De cette façon, il faut environ 1 h 30 pour parcourir 40 km. Mais on prend les nouvelles des îles, on compte les vagues, on voit des aigrettes et on profite de la gentillesse des gens.

Le long de la rue principale de Chioggia, il y avait un marché de produits du terroir. Du Piémont à la Calabre, le fromage transpirait sous le soleil, les cannoli suintaient le sucre et les salami emprisonnaient un bestiaire de basse-cour et de sous-bois. (Et de chemins creux s'il faut en croire le carton piqué sur une montagne de saucissons qui annonçait des coglioni di mulo, soit « couilles de mulet », excusez-moi pardon [photo du blog http://thepinesofrome.blogspot.it/2011/12/seen-in-rome-palle-del-nonno.html et non de moi). J'ai goûté une énorme bouchée de mozzarella di bufala bien coulante, une olive obèse, une tranche de saucisson de sanglier accompagnée d'un commentaire à l'accent bien épicé et une gorgée de vin sarde à base de turriga qui m'a ramolli les jambes de nostalgie. 

Signe des temps, je n'ai pas vu cette fois de petits bateaux colorés aux motifs ésotériques ni de pêcheurs qui recousaient leurs filets comme il y a neuf ans. Pourtant je suis arrivée plus tôt. Tous les bateaux sont modernes et nus et motorisés. On peut comprendre : je ne ferais plus de traduction au crayon.

La semaine dernière, je suis allée à Burano, l'île multicolore, réputée jadis pour ses dentelles au fuseau. À ma première visite, en 2003, le musée faisait aussi office d'école. J'y avais vu une vieille dame courbée sur le coussin où était épinglé son ouvrage. Sans cesser de lancer ses fuseaux dans un ballet aussi rapide qu'une scène du Sacre du printemps, elle m'avait parlé des points où on reconnaît les ponts et les filets des pêcheurs vénitiens. Tout comme dans le ballet on assiste à la mort de la jeune fille, j'assistais, je m'en rends compte, à la mort de la dentelle buranese. Cette année, au musée, j'ai reconnu la vieille dentellière. Elle était là pour la compagnie, plus courbée encore et désormais incapable de travailler. Il n'y a plus d'école. Deux autres vieilles dames travaillaient à l'aiguille. Plus personne, il semble, ne travaille au fuseau.

Je suis revenue au couchant. Je ne me lasse pas du spectacle que je vois pourtant presque chaque jour. Beaucoup de passagers du vaporetto consultent leur messagerie, font un jeu de patience sur leur cellulaire ou suivent le match de football sur leur tablette. Moi, même après un mois et malgré un Camilleri dans mon sac, je ne pouvais pas quitter la lagune des yeux. Ce soir-là, de majestueux pieds-de-vent enlaçaient le Grand Canal.

2 commentaires:

  1. Merci de nous amener en voyage... (soupirs)

    À bientôt!

    Rachel

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  2. Tes descriptions sont tellement natuelles que l'on croirait être près de toi. Merci de nous tenir au courant

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