ma mémoire. :-) ]
6 juin. Déjà deux mois! Ça y est : ce sont les vraies vacances!
Je me réveille avec la volée de cloches habituelle.
Après avoir vérifié quarante-douze fois si j’ai bien mes clés, comme tous les jours, je pars pour une ultime tournée dans Lecce.
Le matin, le soleil est en façade et le contraste avec la pénombre et la fraîcheur de l’appartement est brutal.
Ce lundi, mon voisin des pompes funèbres embaume ou réserve un corbillard sur l’air de Unchain My Heart. Quelqu’un (peut-être lui-même?) a versé un plein plat de macaroni en sauce tomate sur le trottoir, qui est donc, comme toujours, encombré de pigeons. Souvent, quand je rentre en fin d’après-midi, je vois monsieur Sambati (ou un employé) nettoyer son bout de trottoir avec énergie. Maintenant qu’il fait chaud, il le fait torse nu et en shorts blancs. De dos, avec sa chevelure clairsemée, on jurerait Gandhi en bottes de caoutchouc! C’est frappant. Et parlant de frappant, ce jour-là, un pigeon, ivre de macaroni sauce tomate, titube dans la rue et se fait frapper par une moto...
J’hésite entre le café de semaine et le café de fin de semaine. Le premier, l’Astoria, jouxte le chantier de construction qui s’est ouvert depuis mon arrivée devant la porte San Biagio. Je déjeunerais donc sur fond de bétonnière, mais il y a un jardinet et si je trouvais une table au fond, ça pourrait aller. Le second, All’Ombra del Barocco, a un plus joli décor, mais il y circule une foule de vu-cumpras et autres mendiants déguisés qui sont une véritable engeance. À l’Astoria, il faut absolument passer par le café pour gagner le jardinet entouré d’une clôture et les mendiants ne le font pas.
| Portail baroque |
Entre ce qui a été chez moi et l’Astoria, il y a bien trois ou quatre autres cafés, mais ils sont sur la via Di Leuca, qui mène à la porte San Biagio et au vieux centre, et aux odeurs de cigarettes déjà pénibles se mêlent celles du carburant et les klaxons incessants. Par contre, l’odeur délicieuse du café et des brioches chaudes augmente le plaisir à venir.
Tiens! La grande cloche verte pour le recyclage des « dames-jeanne » en verre est disparue! En deux mois, on aura pratiquement refait toute la longueur des trottoirs de la via Di Leuca et enlevé le contenant du recyclage du verre. La boutique où j’ai acheté mon petit cellulaire local a fermé ses portes; même chose pour une petite boutique de vêtements. Par contre, il s’est ouvert une nouvelle « SAQ ». Vous vous le demandez vraiment? Oui, j’y suis allée. Il faut bien encourager les jeunes qui commencent. Ils m’ont d’ailleurs vendu un excellent vin blanc local dont j’ai noté le nom quelque part. En deux mois, je n’aurai jamais vu ma voisine de gauche, dont le jardin jouxtait le mien et que j’entendais interpeler doucement ses chats et son chien. Pourtant, au dire (est-ce que ça s’écrit au pluriel? Je suis trop paresseuse pour chercher) d’Anna, ma proprio, tous les visiteurs l’ont trouvée très gentille. Curieux qu’en deux mois, nos horaires n’aient jamais correspondu! J’aurais sans doute dû sonner chez elle sous prétexte de lui demander l’adresse d’une bonne poissonnerie… À inscrire dans le catalogue des occasions manquées.
| Villa mauresque |
| Villa mauresque |
Désormais, le charcutier me salue. Je n’y suis allée que quatre fois, mais elles ont été concentrées ces derniers jours. C’est que je devais gérer le contenu du frigo et comme sa femme concocte toutes sortes de salades et autres minestre, je leur ai accordé ma pratique.
Me voici attablée dans le jardin de l’Astoria, tout au fond. Qu’il est bon mon latte macchiato! Qu’il est miséricordieusement sobre, mon cornetto ai cereali, sans crema et sans zucchero! Le livre que je tente de lire, par contre, est moins bon. Une biographie d’Ennio Morricone, sous forme de questions formulées par un jeune compositeur auquel répond Morricone. La chose est parfois un peu trop technique pour moi, sur le plan musical, et l’enchaînement des questions et des réponses a quelque chose de forcé. Vivement la suite de la promenade.
| Amphithéâtre romain |
| Colonne de Sant'Oronzo et Sedile |
| Piazza del Duomo |
![]() |
| Le duomo la nuit |
| Erreur de calcul? |
- Mamma mia! Che distrazione! Mi scusi!
Antonio m’assure avec une grande compassion que ça arrive, que ce n’est pas grave, et voilà en deux ou trois étiquettes vierges autocollantes, il a fait table rase sur l’adresse erronée et je n’ai qu’à écrire la bonne.
Dernière balade dans les jardins publics, plantés de bustes d'hommes célèbres, d'un petit temple néoclassique, de palmiers et d'une fontaine.
En repassant par la piazza Sant'Oronzo, j'entends le couplet du jour chanté par Tito Schipa, le ténor du pays, dont on fait jouer un enregistrement chaque jour à midi. Il a d'ailleurs lui aussi une place à son nom, dans les environs, mais elle est actuellement en chantier.
![]() |
| Jardins publics |
En repassant par la piazza Sant'Oronzo, j'entends le couplet du jour chanté par Tito Schipa, le ténor du pays, dont on fait jouer un enregistrement chaque jour à midi. Il a d'ailleurs lui aussi une place à son nom, dans les environs, mais elle est actuellement en chantier.
Retour à la maison et début du grand rangement.
Vers 18 h, Paula et Laura arrivent et m’invitent au café du coin. Ah. J’avais acheté des macarons à la belle grande pâtisserie Natale, au retour de la poste : trois au chocolat et trois à la pistache. Mais je choisis volontiers le café! Petit-déjeuner gourmand en perspective demain! Laura, si tu me lis, pardonne-moi! La conversation est enjouée. Toutes deux iront à Rome en juin, mais à quelques jours des dates où j’y serai moi-même. Quel dommage! Ç’aurait vraiment été rigolo et agréable de se revoir à Rome! Laura quitte le nid pour aller étudier dans la Ville éternelle.
Après le départ des copines, je pars souper dans un restaurant de la rue Principe di Savoia appelé Da Angiulino. C’est un petit resto surchauffé qui a réussi à se faire une réputation internationale d’incontournable de la ville. Anna m’avait dit qu’on y mange bien, bien qu’il s’agisse d’une cuisine simple. Quand j’y arrive, c’est plein. Le proprio me propose de revenir d’ici une demi-heure et il prend mon nom en note. Une jeune Italienne arrive sur les entrefaites et elle donne aussi son nom, puis me salue avant de prendre une direction opposée à la mienne. Moi, je vais prendre l’apéro aux abords de la porta Napoli. Au retour, j’obtiens rapidement une table, mais la jeune italienne n’est pas reparue. Comme les clients continuent d’affluer, j’ose dire au proprio que si Ilaria revient, qu’il n’y a plus de place et qu’elle accepte l’invitation, je partagerai volontiers ma table avec elle. C’est une méthode que j’ai mise en pratique à quelques reprises, toujours avec des résultats positifs.
Une demi-heure plus tard, Ilaria a retrouvé le resto et nous jacassons. Elle est de Trento, dans le nord de l’Italie. Je lui raconte l’épisode de l’agence de messagerie de Lecce. Elle, en revanche, sait où se trouve le Canada, mais elle confirme qu'il n'est jamais question du Canada dans la presse italienne. Il semble toutefois que la jeunesse et la force physique de notre actuel premier ministre aient suscité quelques lignes ou commentaires.
Mais revenons à nos canassons. Les sagne n’cannulate (gros macaronis en sauce tomate garnis d’un fromage appelé caccio-ricotta) sont délicieuses, mais le secondo, un plat de cheval ne m’impressionne pas du tout. J’aurais dû demander des précisions. Je me retrouve avec une tranche de viande grande comme mon assiette (celle qui est sur la table et non sur le cheval). Ilaria propose généreusement un échange. Elle a aussi pris du cheval – après tout, c’est la spécialité du lieu – mais son plat est garni d’une sauce tomate. Moyennant un bout de tranche sèche et une croquette de pomme de terre, je pourrais avoir une bonne bouchée en sauce tomate? Mais je refuse. Voulez-vous bien me dire pourquoi? Au final, je me demande franchement pourquoi tout le monde veut essayer ce petit endroit surchauffé, sans décor notable. Anna me dit que tous leurs locataires et tous leurs amis de l’étranger arrivent à Lecce en disant qu’on leur a recommandé d’y aller...
Ilaria sort prendre un dernier verre et moi je m’en vais vers mon lit, à pas lents, à regret (et ça, ça prend un s?).


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire