Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

jeudi 16 juin 2016

Nel blu dipinto di blu

8 et 9 juin

Statue de Domenico Modugno
La meilleure façon d’arriver dans le vieux centre de Polignano a Mare, c’est de Volare (air connu – Diane, lâche-toi lousse!). Ce n’est pas pour rien que Domenico Modugno, un enfant de la place, a composé et chanté cette pièce. Il a d’ailleurs sa statue sur une place qui domine la mer.
C’est un cas où le GPS vous prévient qu’il se pourrait que les véhicules ne puissent pas faire le trajet suggéré. La veille, j’avais réservé une chambre dans le centre historique, rassurée par deux lignes qui annonçaient un stationnement privé à trois minutes de là et à 10 euros la nuit, mais mon guide date de 2015 et depuis, l’hôtel a changé de stationnement. Il se trouve plus loin et il coûte 15 euros la nuit… J’avais annoncé mon arrivée vers 12 ou 13 h. Constatant que les rues devenaient de plus en plus étroites, je me suis garée sur le stationnement d’un restaurant fermé et je suis partie vers l’hôtel à pied. Personne. Il était environ 11 h 40. J’ai appelé pour annoncer mon arrivée et suis tombée sur un répondeur. J’ai dîné rapidement et me suis repointée à l’hôtel à 13 h 5 et la dame qui faisait les chambres a souligné que j’avais de la chance puisqu’on m’attendait au plus tard à 13 h. Je lui ai répondu que mon expérience des horaires à l’italienne n’allait pas me faire sentir coupable pour 5 minutes, d’autant plus que j’étais arrivée avant et que j’avais laissé un message.
Depuis une "balconata sul mare
Après cette belle entrée en matière, elle a appelé un conducteur de riccio (déformation de rickshaw, j’imagine), mais celui-ci est également déformé dans sa présentation, puisqu’il est à pédales. Le ricciotiste m’a accompagnée du stationnement au stationnement (je le suivais en voiture), puis à l’hôtel, me laissant amplement le temps de lui admirer les mollets.
Messieurs : comment fermer une porte
Polignano est perchée sur la mer et à tout bout de rue, une balconata sul mare permet de s’accouder pour prendre des photos ou rêvasser. Le centre historique est hérissé de maisons-tours et, justement, ma chambre à la Casa Dorsi se trouve à l’étage de l’une d’entre elles. Sans ascenseur. Il s’agit d’un albergo diffuso, c’est-à-dire un hôtel dont les chambres sont réparties dans plusieurs propriétés sur le territoire de la ville. Devant la mienne, seules une ruelle et la vieille petite église Santo Stefano, désacralisée, me séparent de la falaise et de la mer. Je partage la terrasse du toit avec les occupants d’une autre chambre, mais ils n’y viendront jamais et j’en jouirai toute seule deux soirs de suite. Comme vous pouvez le voir, il y a des instructions spéciales à l'intention exclusive des hommes sur la façon de fermer la porte.

Polignano la nuit
Le premier soir, depuis le balcon public, j’aperçois une lumière qui scintille sur la mer, comme une étoile filante qui aurait manqué de carburant. À ma droite, quatre pêcheurs vérifient leurs très longues lignes. C’est sûr, ils doivent savoir. Eh oui : c’est une balise pour prévenir les embarcations qu’il y a là un filet tendu.
La cathédrale est du XIIIe siècle. Dans l’une des chapelles, une crèche datant de deux cents ans plus tard présente un Enfant-Jésus rendu cul-de-jatte par les aléas du temps.
Polignano la nuit
Les graffiti de Polignano sont des citations d'auteurs connus. Ils sont tous dus à un seul homme, prénommé Guido, qui parcourt la ville avec une chaise pliante sous un bras et une canne de l'autre côté. Il écrit sur les marches d'escaliers, sur les boîtes électriques, sur des caisses en bois à claire-voie qu'ils accrochent sur les clôtures. Le tout avec l'autorisation des propriétaires, et de la commune, bien entendu. 
La petite plage de Polignano

Tout ce qui manque, à Polignano, c’est une plage! Il y en a bien une, sous le pont qui relie les deux parties de la ville, mais c’est une plage de galets minuscule et bondée.
Abbaye de San Vito
Le lendemain, je me rends à San Vito, où une belle abbaye domine le port. J’ai enfilé mon maillot sous mes vêtements, mais au moment où je veux faire trempette, l’orage éclate.
J’abandonne la partie et me rends à Conversano. Je maîtrise mal mon GPS et j’entre par hasard sur un terrain de stationnement sans me rendre compte que je suis pratiquement entre la tour du château et le clocher de la cathédrale, bref, tout ce qu’il faut visiter. Une pièce de 2 euros ne procure la tranquillité d’esprit jusqu’à 21 h. Il est environ 12 h…
Couvent San Benedetto, Conversano
La pluie a cessé et j’entreprends mes visites au sec, entre palais et églises. C’est plutôt joli. Pour patienter pendant la longue pause du dîner, je vais justement manger une friture mixte de poissons et fruits de mer. Le patron se désespère de me voir me battre pour enlever l’arête des plus minuscules. Il vient donc me voir et m’explique que les gens du cru les saisissent par la queue et croquent tout le reste d’une seule bouchée, l’arête étant trop fine pour présenter quelque danger. Un proverbe en dialecte dit la paranz s’mana con le man e l’desir liccann (en italien : la paranza si mangia con le mani e le dita leccando), soit la « paranza » (nom de ces petits poissons qu’on pêche tout au bord de la mer et que l’on fait toujours frire) se mange avec les mains et en se léchant les doigts. Quoi qu’il en soit et même si le proverbe ne précise rien à ce sujet, pendant que M. D’Amore écrit le tout, à ma demande, je coupe discrètement la tête des p’tits poissons et les cache sous les carapaces de crevettes.
Na!

Deux petits musées plus tard (quelques antiquités grecques et romaines, un cycle de peintures mythologiques et des vêtements du XIXe au XXe siècle), je quitte la belle ville de Conversano (26 000 habitants) pour profiter une dernière fois de ma terrasse. Cette nuit, pas de balise, mais des éclairs qui déchirent le ciel quelque part au loin sur l’Adriatique. Et il fait diablement chaud.










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