| Statue de Domenico Modugno |
La meilleure façon d’arriver dans le vieux centre de
Polignano a Mare, c’est de Volare (air
connu – Diane, lâche-toi lousse!). Ce n’est pas pour rien que Domenico Modugno,
un enfant de la place, a composé et chanté cette pièce. Il a d’ailleurs sa
statue sur une place qui domine la mer.
C’est un cas où le GPS vous prévient qu’il se pourrait que
les véhicules ne puissent pas faire le trajet suggéré. La veille, j’avais
réservé une chambre dans le centre historique, rassurée par deux lignes qui
annonçaient un stationnement privé à trois minutes de là et à 10 euros la nuit,
mais mon guide date de 2015 et depuis, l’hôtel a changé de stationnement. Il se
trouve plus loin et il coûte 15 euros la nuit… J’avais annoncé mon arrivée vers
12 ou 13 h. Constatant que les rues devenaient de plus en plus étroites, je me
suis garée sur le stationnement d’un restaurant fermé et je suis partie vers l’hôtel
à pied. Personne. Il était environ 11 h 40. J’ai appelé pour annoncer mon
arrivée et suis tombée sur un répondeur. J’ai dîné rapidement et me suis
repointée à l’hôtel à 13 h 5 et la dame qui faisait les chambres a souligné que
j’avais de la chance puisqu’on m’attendait au plus tard à 13 h. Je lui ai répondu
que mon expérience des horaires à l’italienne n’allait pas me faire sentir
coupable pour 5 minutes, d’autant plus que j’étais arrivée avant et que j’avais
laissé un message.
| Depuis une "balconata sul mare |
Après cette belle entrée en matière, elle a appelé un
conducteur de riccio (déformation de rickshaw,
j’imagine), mais celui-ci est également déformé dans sa présentation, puisqu’il
est à pédales. Le ricciotiste m’a accompagnée du stationnement au stationnement
(je le suivais en voiture), puis à l’hôtel, me laissant amplement le temps de
lui admirer les mollets.
| Messieurs : comment fermer une porte |
Polignano est perchée sur la mer et à tout bout de rue, une balconata sul mare permet de s’accouder
pour prendre des photos ou rêvasser. Le centre historique est hérissé de
maisons-tours et, justement, ma chambre à la Casa Dorsi se trouve à l’étage de
l’une d’entre elles. Sans ascenseur. Il s’agit d’un albergo diffuso, c’est-à-dire un hôtel dont les chambres sont
réparties dans plusieurs propriétés sur le territoire de la ville. Devant la
mienne, seules une ruelle et la vieille petite église Santo Stefano,
désacralisée, me séparent de la falaise et de la mer. Je partage la terrasse du
toit avec les occupants d’une autre chambre, mais ils n’y viendront jamais et j’en
jouirai toute seule deux soirs de suite. Comme vous pouvez le voir, il y a des instructions spéciales à l'intention exclusive des hommes sur la façon de fermer la porte.
| Polignano la nuit |
Le premier soir, depuis le balcon public, j’aperçois une
lumière qui scintille sur la mer, comme une étoile filante qui aurait manqué de
carburant. À ma droite, quatre pêcheurs vérifient leurs très longues lignes. C’est
sûr, ils doivent savoir. Eh oui : c’est une balise pour prévenir les
embarcations qu’il y a là un filet tendu.
La cathédrale est du XIIIe siècle. Dans l’une des
chapelles, une crèche datant de deux cents ans plus tard présente un Enfant-Jésus
rendu cul-de-jatte par les aléas du temps.
| Polignano la nuit |
Les graffiti de Polignano sont des citations d'auteurs connus. Ils sont tous dus à un seul homme, prénommé Guido, qui parcourt la ville avec une chaise pliante sous un bras et une canne de l'autre côté. Il écrit sur les marches d'escaliers, sur les boîtes électriques, sur des caisses en bois à claire-voie qu'ils accrochent sur les clôtures. Le tout avec l'autorisation des propriétaires, et de la commune, bien entendu.
| La petite plage de Polignano |
Tout ce qui manque, à Polignano, c’est une plage! Il y en a
bien une, sous le pont qui relie les deux parties de la ville, mais c’est une
plage de galets minuscule et bondée.
| Abbaye de San Vito |
Le lendemain, je me rends à San Vito, où une belle abbaye
domine le port. J’ai enfilé mon maillot sous mes vêtements, mais au moment où
je veux faire trempette, l’orage éclate.
J’abandonne la partie et me rends à
Conversano. Je maîtrise mal mon GPS et j’entre par hasard sur un terrain de
stationnement sans me rendre compte que je suis pratiquement entre la tour du
château et le clocher de la cathédrale, bref, tout ce qu’il faut visiter. Une
pièce de 2 euros ne procure la tranquillité d’esprit jusqu’à 21 h. Il est
environ 12 h…
| Couvent San Benedetto, Conversano |
La pluie a cessé et j’entreprends mes visites au sec, entre
palais et églises. C’est plutôt joli. Pour patienter pendant la longue pause du
dîner, je vais justement manger une friture mixte de poissons et fruits de mer.
Le patron se désespère de me voir me battre pour enlever l’arête des plus
minuscules. Il vient donc me voir et m’explique que les gens du cru les
saisissent par la queue et croquent tout le reste d’une seule bouchée, l’arête
étant trop fine pour présenter quelque danger. Un proverbe en dialecte dit la paranz s’mana con le man e l’desir
liccann (en italien : la paranza
si mangia con le mani e le dita leccando), soit la « paranza »
(nom de ces petits poissons qu’on pêche tout au bord de la mer et que l’on fait
toujours frire) se mange avec les mains et en se léchant les doigts. Quoi qu’il
en soit et même si le proverbe ne précise rien à ce sujet, pendant que M. D’Amore
écrit le tout, à ma demande, je coupe discrètement la tête des p’tits poissons
et les cache sous les carapaces de crevettes.
| Na! |
Deux petits musées plus tard (quelques antiquités grecques
et romaines, un cycle de peintures mythologiques et des vêtements du XIXe
au XXe siècle), je quitte la belle ville de Conversano (26 000 habitants)
pour profiter une dernière fois de ma terrasse. Cette nuit, pas de balise, mais
des éclairs qui déchirent le ciel quelque part au loin sur l’Adriatique. Et il
fait diablement chaud.
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