Comme je quitte l’appartement le 7 juin prochain, il n’y a
pas eu d’excursion hors de Lecce ce samedi. Je me suis contentée de préparer un
troisième colis avec ce qui ne me servira plus pour le bureau, un peu de
vêtements rendus superflus par la chaleur, etc. Et bien sûr, d’une énième
promenade dans le centre historique.
Dimanche, je termine la grande tournée entreprise avec le
guide Lecce Fantastica. Sans compter
la pause dîner, il m’aura fallu quatre heures, sous un soleil de plomb. Le
guide est un peu décevant parce qu’il suscite des questions sans fournir de
réponses et sans que nous sachions si c’est faute, pour l’auteur, d’avoir voulu
chercher ou d’avoir pu trouver. Par exemple cette pietà enchâssée dans le mur
d’une maisonnette, vestige d’une église maintenant démolie, c’est remarquable, mais
elle date de quand? Qui l’a sculptée? Et pourquoi décrire longuement des pièces
que personne ne peut voir parce que c’est bien caché dans une propriété privée?
L’auteur aime beaucoup rapporter sur le mode « On raconte qu’aurait été
tué dans le salon de ce palazzo, etc. » Après tout, le titre parle de fantastica. Fantastique au sens premier
de ce qui fait peur, de fantasme, de fantôme. Le livre est aussi riche de
cadavres découverts dans la profondeur d’un puits ou dans l’épaisseur d’un mur
et fourmille d’anecdotes de prêtres se livrant à tous les plaisirs de la chair
et de sœurs aussi enthousiastes, mais dans ce cas la formule est plus souvent
« tous les péchés de la chair ».
Par 30 degrés,
j’arrive sur la place Longobardi, dénuée de charme (je serais étonnée que vous contestiez) et transformée en
stationnement, mais que l’on surnommait jadis largo magazzini della neve ou place des entrepôts de la neige. La
neige en question était apportée de la Calabre (pourtant aussi méridionale) et
d’Albanie. C’était un bien précieux, à tel point que les autorités de la ville
avaient décidé de se charger de l’approvisionnement. Les fournisseurs, dit-on, se
battaient pour obtenir le contrat. Hé! Plus ça change… Elle servait aux
glaciaires, bien sûr, mais entrait également dans l’arsenal des cures. La cure
par le froid, disait-on. J’ai beau chercher, ce dimanche, je n’en trouve pas le
moindre flocon bienfaiteur!
La pharmacopée ancienne contenait du reste des remèdes bien
plus étranges. Par exemple, la poussière accumulée sur l’autel dédié à San
Pietro Celestino, dans l’église Santa Croce, ramenait à la santé les malades
atteints de fièvre tierce (la malaria) et de fièvre quarte. Autre question sans
réponse : fallait-il la saupoudrer sur son steak, s’en couvrir ou l’infuser
en tisane?
Et parlant de Santa Croce, à un angle de l’église, on voit
cette inclusion d’une colonne dans un pilastre, qui fait un peu LoveStory, un
peu moderne, il me semble. En fait, c’est aussi vieux que l’église. La colonne
représenterait le paganisme, sans doute avec sa rondeur assimilée à la mollesse
ou au flou, encadrée par le christianisme, c’est-à-dire le pilastre carré et
bien structuré.
Pause dîner sur une placette sans nom, découverte au détour
du vico degli Alami, dans un endroit franchement moins fréquenté, bien qu’il y
ait une longue tablée d’Allemands. Le lieu est très paisible et, surtout,
profite de l’ombre de deux arbres au feuillage dense. Le restaurant s’appelle L’Arte
dei sapori et s’étend, aux beaux jours, sur le terrain du couvent voisin. Ce
sera moules au gratin, puis un plat de pâte, dont j’ai oublié la nature, et
pour cause. La serveuse vient me conseiller le plat du jour, un poisson au four
avec pommes de terre et olives. Je crois que personne ne l’a pris, autour… Le
chef n’a plus envie de cuire des pâtes? J’accepte et j’en serai ravie. C’est
très bon et moins lourd que des pâtes. Avec un rien de blanc.
- Puis-je payer par carte de crédit?
- Hmmm… Comme c’est seulement 28 euros, pas vraiment. [C’est quand même
l’équivalent de 42 dollars…]
- Moui, mais je n’en ai que 25 sur moi!
- Parfait, intervient le chef-proprio. Autant à vous qu’aux banques.
Je m’en vais sans scontrino
(le ticket de caisse, en bon français). Et je pense à Monopoli qui va encore
devoir se passer de son préposé au bureau d’information touristique pendant
quelques minutes.
Voilà trois fois que je pense à abandonner le guide et
pourtant, je vais jusqu’à la dernière page, c’est-à-dire à la torre del parco, une tour ronde de 1420,
transformée en hôtel. De là au jardin public, où j’ai commencé ma visite ce
matin, il n’y a que 1,25 km, mais j’ai dû marcher six fois cette distance, du
nord au sud et d’est en ouest.
Après la douche, ce sera repas pizza dans un restaurant où
on est trop pressés de foutre le monde dehors pour en servir d’autres, suivi
d’une grappa nettement plus tranquille à l’ombre de la cathédrale.
Et maintenant, grand concours. Sur la photo ci-contre, que
représente la sculpture en clé au sommet du portail? À gagner, un bocal de
quelque chose que les douaniers n’auront pas pris.
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