Au grand supermarché dok (ce n’est pas une appellation
contrôlée, mais le nom de la chaîne), j’ai en effet trouvé un lapin épilé et
éviscéré. Dans cet état, on peine à croire qu’il pourra devenir chasseur, mais
une bonne dose de vin rouge nous y aidera lui et moi. Parce qu’en ouvrant l’emballage,
j’ai constaté que le cinquième morceau annoncé, c’était la tête, ornée d'un petit œil dubitatif.
Me défaire des rognons (dont une bonne cuisinière aurait fait merveille, j’imagine)
ce n’était rien à côté de ça. Quand j’ai raconté la chose à Paula et à Laura,
un peu plus tard, elles m’ont expliqué que c’était une sorte de preuve que la
bête était bel et bien un lapin. Apparemment, d’autres bestioles auraient
naguère été vendues sous étiquette lapin. Nooon! C’est possible, des choses
comme ça? Comme je ne suis pas spécialiste de l’anatomie animale, je ne peux pas
juger de l’animal à sa tête, d'autant moins que les oreilles n’y sont quand même pas.
Comme tant d’autres coupes, par ailleurs, celle du lapin est un peu déroutante : l’une des cuisses était attachée à une partie de la cage thoracique.
J’étais bien contente que Paula (l’amie de la propriétaire)
ait répondu à mon invitation et se soit annoncée avec sa fille Laura (qui
deviendra peut-être traductrice) un soir de cette semaine. Enfin, ici, c’était
la fin de l’après-midi. Je me suis précipitée dans le vieux centre pour acheter
de petites gourmandises pour bien les recevoir. Fromage, prosciutto, prosecco,
olives et pâtisseries. Le pâtissier a ajouté un petit chou et une sorte de
cornet feuilleté à ma commande. Ça faisait déjà 12 pâtisseries. Or ces dames
sont arrivées avec une palette semblable de délices sucrées! Et elles n’en ont
pris qu’une chacune ce jour-là. Mes petits-déjeuners ont été très sucrés depuis!
Par ailleurs, pour mon second colis de moi à moi, je suis
allée au bureau des Poste Italiane, la vraie de vraie poste, dans un grand
bâtiment au centre du centre, entre le marché quotidien d’étuis à cellulaires, de
sculptures africaines, de soutiens-gorges vendus par des Asiatiques (et sans
doute fabriqués par leurs congénères, quoique l’Asie délocalise maintenant en
Afrique, où les salaires sont encore plus bas). Je me demande vraiment quel est
le chiffre d’affaires des Africains qui étalent inlassablement tous ces masques
et figurines. Et où on peut bien essayer les soutifs…
À la poste, il faut choisir un numéro en indiquant au
préalable quel genre de transaction on veut effectuer : paiement du renouvellement
de permis de séjour, paiement de factures, réception ou envoi de colis.
Curieusement, le paiement du renouvellement de permis de séjour se fait aux
deux mêmes guichets que les envois et la réception. C’est peut-être plus
pratique si les clients étrangers n’arrivent pas à payer leur permis? On les
met dans une belle boîte jaune et elle part du même guichet? À mon arrivée, il
y avait justement conciliabule entre quatre Africains et la préposée. Différend
sur le montant du paiement, incompréhension de part et d’autre, etc. Comme les
deux guichets sont collés, la présence de quatre personnes en même temps à l’un
d’eux cause aussi des problèmes d’espace.
Mon tour est enfin arrivé et on m’a donné les formulaires
connus à remplir. Je les ai remplis consciencieusement, ayant noté précisément
ce qu’il y avait dans la boîte, avec poids des denrées alimentaires (et pas
pour le reste, au yâb!) et valeur approximative. J’ai ensuite fait un petit
coucou au préposé qui m’avait répondu. Selon mon expérience, et la sienne
apparemment, on ne reprend quand même pas un numéro pour la suite! Le préposé
qui avait, au départ, l’air dépressif ou réprobateur -- j’hésite -- était carrément
catastrophé que j’aie inscrit poids et valeurs.
- Ma perché!?
- Ben parce qu’on le demande sur les formulaires!
- Mais on n’écrit jamais ça!
- Ben parce qu’on le demande sur les formulaires!
- Mais on n’écrit jamais ça!
Et sa collègue de planter sa cliente pour déplorer à son
tour que j’aie écrit tout ça. J’ai dû recommencer! Je m’apprêtais à m’écarter à
nouveau, mais le préposé m’a retenue. Je faisais le plus vite possible, mais ce
n’était pas assez pour les gens derrière moi. Il y en a une qui maugréait quelque
chose comme « E senza numero! » Ma voisine de guichet, qui était venue réclamer
le montant refusé par un autre guichet, automatique celui-là, avait donc un
problème aussi long à régler. Elle s’est retournée et a montré son numéro à la
grogneuse.
- Ce n’est pas vous contre que j’en ai, a répondu la mégère.
Je me suis retournée à mon tour et lui ai montré mon numéro
en ajoutant, souriante, que je complétais tout simplement une transaction déjà
amorcée. Comme même de dos j’ai l’air touriste, elle a reculé un peu,
décontenancée de se faire répondre en italien.
Le préposé, qui m’inquiétait par l’air dubitatif qu’il
affichait en vérifiant mes formulaires refaits, m’a beaucoup surprise en me donnant la boîte pour le prochain envoi.
J’ai pensé au salaire maléfique qui fait que le préposé du bureau de tourisme
de Monopoli ne vient pas au poste à temps…
En partant, je me suis bien gardée de regarder la cliente
suivante, qui a grommelé un « Finalmente!! »
Et pour conclure ce salmigondis, petit compte rendu de mes
deux soirées cinématographiques. D’abord, à de rares exceptions près (par
exemple, les soirées de courts-métrages à l’occasion du Festival du début de
mon séjour), les places sont numérotées. Si on connaît les salles, j’imagine qu’on
peut demander une place en particulier, sinon, il semble que le préposé
commence par les sièges du centre des rangées du centre, ce qui est fort bien. Le
premier soir, je me trouvais un peu trop près de l’écran. Quand le film a
commencé, je me suis levée discrètement et j’ai pris une place libre un peu
plus loin. Le deuxième soir, j’ai été la première à m’asseoir. Le second
spectateur est venu s’asseoir directement à ma gauche, et notre rangée s’est
peuplée peu à peu. C’était un peu curieux cette rangée pleine au centre et le
reste de la salle vide! Finalement tout l’arrière a trouvé preneurs.
Le premier film, sorti en 2016, était Pazza Gioia (Folles de joie) de Paolo Virzì avec Valeria Bruni
Tedeschi et Micaela Ramazotti. Deux patientes peut-être à tort et en tout cas
bien malgré elles d’un hôpital psychiatrique se lient d’amitié et se sauvent,
pour des raisons bien différentes. La plus jeune veut revoir l’enfant qu’elle a
dû abandonner. L’autre parce qu’elle veut être libre. Quelques aventures farfelues
et une fin plutôt triste, mais un bon film, à mon goût. 8 sur 10. À l’entrée, trois
dames tentaient de choisir entre celui-là et un autre, de Pedro Almodóvar. L’une
d’elles a orienté le choix en disant que la Julieta
d’Almodóvar était triste, selon ce qu’on lui avait raconté. Hmmm… Ses
copines ont dû lui en vouloir un peu.
Le lendemain, donc, je suis allé voir Julieta, également de 2016, concocté à partir de trois nouvelles d’Alice
Munro. Avec Adriana Ugarte et Emma Suarez. Un film tout triste du début à la
fin. Une femme écrit à sa fille sans savoir si elle la reverra pour lui expliquer
les circonstances qui en ont fait la mère qu’elle a été. 6 sur 10. Il y a des
passages qui frôlent l’invraisemblable, à mon humble avis.
Pour les soutifs, là, t'as tout faux! Ils ont délocalisé en Afwique parce que les chances que les bonnets soient de taille vendables sont plus élevées que si ce sont de minuscules mémés sinoises qui les produisent... du moins de ce que j'ai pu personnellement voir chez les deux nationalités... il en serait probablement de même pour les petites culottes...
RépondreSupprimerJ'avais oublié que nous avons un spécialiste dans la salle. :-D
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