Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

lundi 23 mai 2016

Pardon, c'est à vous ce balcon?

Aujourd’hui, Fête de Dollarama Regina, je suis en congé. Sissi. L’Italie est sensible aux fêtes en tout genre et je me fais fort de respecter celle-là. J’allais donc tranquillamente établir et envoyer quelques factures pour finalement voir le résultat de mon dur labeur et profiter de cette splendide journée ensoleillée et presque pas venteuse.



Cet imparfait est indicatif à plus d’un titre. Outre la grammaire, il annonce le « mais » que voici : le ciel m’est tombé sur la tête. Plus dans le sens littéral que figuré.
Je dormais du sommeil de celle qui a passé une excellentissime fin de semaine, depuis le déluge de vendredi jusqu’à la Journée du voyeurisme de dimanche, et peut-être même rêvais-je quand tout à coup je bondis dans mon lit à cause d’un bruit. Il m’arrive souvent de faire trois fois le tour de mes trois étages à Québec, la nuit, persuadée d’avoir entendu un bruit, avant de me résigner à me recoucher en essayant de me convaincre que le bruit est survenu dans ce rêve dont je ne me souviens plus.
Dans la nuit d’hier, toutefois, la sensation me paraît différente. Ma chambre donne sur le jardin clos de murs, comme on dit dans les descriptions de toutes ces « maisons de maître » qu’on annonce dans les dernières pages de L’Express ou de L’Obs et que je ne pourrai jamais acheter, mais que je lis quand même parce que. Depuis mon arrivée rue Giovanni Camillo Palma, je n’ai que vaguement pensé que quelqu’un pourrait assez facilement escalader l’un des deux murs les plus bas pour arriver chez moi, de façon assez discrète s’il n’est pas, comme moi, assailli par les insectes piqueurs dès que je mets le nez dans ledit jardin. Serait-ce arrivé? Que fais-je? Ouvré-je le volet pour me trouver nez à nez avec le voleur? Me contenté-je de faire le tour de l’appartement? Me rendors-je? Appelé-je la propriétaire? Le commissario Montalbano? Brunetti? Je choisis la première solution et… je tombe, enfin, je me trouve nez à nez avec un morceau de balcon, tombé, lui, sur la table de patio. Flûte, je dois affronter les insectes piqueurs…
Vérification faite dans la nuit moite, ce n’est que le revêtement sous le balcon. Reste la possibilité que ce soit arrivé parce que le balcon branle dans l’manche ou qu’il y ait eu un tremblement de terre. La table n’est pas endommagée. Je la déménage délicatement hors de portée de plâtres et je retourne entre les draps.
Ce matin, j’essuie les plâtres, si j’ose dire, et comme il ne me semble pas utile de réveiller la proprio à 7 h 30 pour lui annoncer la chute du balcon (« mais à part ça, Madame la Marquise… »), et comme il ne reste plus de lait pour le café, je pars me chercher une terrasse sans balcon en surplomb pour profiter du soleil. Deux heures plus tard, j’ai vainement attendu le départ de tous les clients pour me lancer dans une conversation en italien au téléphone. Raisons de ma procrastination : 1) j’ai toujours plus de mal à parler une langue étrangère – même l’anglais – au téléphone; et 2) au téléphone, dans une langue étrangère, je hurle comme si parler plus fort allait faire davantage comprendre ce que je dis alors que ça ne fait que mettre mes erreurs en évidence dans les oreilles de tous. Résultat, ma voix tremblote quand Anna répond, ce qui l’inquiète immédiatement! « Dis-moi, dit-elle, il est arrivé quelque chose? »
J’ai oublié mon microdictionnaire à l’appartement. Ma saison italienne 2016 m’a appris le vocabulaire du crash informatique, mais pas celle du crash de balcon. Avant d’appeler toutefois, j’ai essayé de me formuler un message cohérent et rassurant. Ne viens-je pas de lire dans mon giallo, entre une bouchée de croissant et une gorgée de café au lait, que la façade du vieil hôtel était pelée? Page 14, non, 13, non, ah! Voilà! Scrostato. Ça devrait aller. Je bégaie donc quelque chose comme « Non, non, ne te préoccupez pas (en italien, l’impératif a une forme différente selon qu’il est affirmatif  [« Fermez-la!] ou négatif [« Ne vous inquiétez pas! »] et, en l’occurrence et à toute vitesse, j’essaie vainement de trouver la bonne en me remémorant tout ce que j’ai vu d’impératif, depuis les platebandes à ne pas piétiner au « Souriez vous êtes filmés » en passant par « Entrez c’est gratuit! » et une kyrielle d’autres impératifs négatifs quoique positifs.
À ce point du récit, je me suis égarée dans mes parenthèses et mes crochets, mais disons que nous pouvons refermer le tout et repartons du moment où je bégaie.
« Ne-ne t’en fais pp pas, il n’y a pas de de dddommage, c’est juste que le ba-bal, en fait, le pe-plâtre sous le balcon du dessus (j’ai probablement dit « sur le balcon du dessous ») est scrostato et qu’il en est tombé un morceau sur la ta-table de la terrasse cette nuit. Il est plus terrassé que moi ah ah ah. » (Non, ça je ne l’ai pa-pas dit, ça me vient à l’instant. Et puis, pas sûre que ça fonctionne en italien.)
Elle me demande donc de déplacer la table autant que possible. « - Check! Drette cette nuit. - Mamma mia, che brava! » Bof, Figurati, fais-je en époussetant les miettes de croissant sur ma jupe. Elle viendra cet après-midi et si entre-temps je vois le type de l’étage…
Le type arrive pour dîner et je lui saute presque dessus pour lui expliquer. « Je peux voir? »fait-il, dubitatif, comme toute personne à qui l’on dirait que son appart est en train de se mélanger à celui du dessous et que pour les taxes, ça va être légèrement plus compliqué. Cela bien sûr au moment où mes petites culottes et mes soutiens-gorge flottent sur les cordes à linge. Je ne bégaie pas, puisque je ne suis pas au téléphone, mais il y a ce petit quelque chose dans mon accent ou mon apparence ou le fait qu’il ne rencontre jamais la même « j’habite l’appartement, là » qui l'incite à démontrer avec les mains qu’il va se procurer un escabeau (à quatre marches, d’après les gestes) et revenir (ce qui nécessitera, selon le mouvement de l’index, deux ou trois rotations sur lui-même à 360 degrés), mais il doit sortir (en marchant sur les mains et, plus précisément, sur l’index et le majeur de la droite) à 2 heures (il indique plutôt 10 sur les poils de son poignet gauche dépourvu de montre, mais je me fie à sa parole).
Bon. Voilà qui change mes plans. Je vais donc faire les courses ce matin et facturer cet après-midi ou profiter du soleil sur la terr… ah non, c’est vrai, on annonçait du soleil, mais il pleut des balcons!
Au fait, ça va dans quel contenant de recyclage, un balcon?

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