Et pourtant… Pourtant mercredi après-midi, alors que je suis
dans le dernier droit d’un long rapport et que je copie-colle une adresse prise
dans la barre d’adresse d’un site pour modifier un lien, tout se bloque. Pas de
Alt-Ctrl-Delete possible pour demander audience au gestionnaire de tâche, pas
de déblocage durant tout le temps que je laisse à l’ordi pour se remettre et
que je mets à profit pour lire le deuxième chapitre des directives sur la
collecte sélective des ordures à Lecce.
Mort clinique. J’obtiens des binettes grimaçantes, des « 0xc000021a
did not start correctly », des « Diagnosing – Failed » et, pour
finir « Critical Process Died ». Je suis peut-être un critical process parce qu’à ce moment,
je suis presque morte moi aussi.
J’appelle la proprio pour lui demander le nom d’un
réparateur. Pas de réponse. Sa fille? Rien. Sa copine? Niente.
Je me mets l’ordi sur le dos et pars vers le centre. Un gars
dans une boutique de cellulaires me donne le nom de son ami. Ça me paraît au
bout du monde et je prends donc un taxi, pour constater qu’en une demi-heure à
pied, c’est faisable. Heureusement, les commerces rouvrent vers les 17 h. J’arrive
donc au début de « l’après-midi ». Le type essaie à son tour et arrive
à lancer un reset de je ne sais quoi,
mais ça veut dire que je devrai réinstaller tous mes logiciels. Fort
heureusement, j’ai trimballé ma collection de DVD. Mais la chose ne se terminera
pas ce soir. Il m’invite à retourner le lendemain matin à l’ouverture, vers 9
h. Je rentre à pied et, pour éviter de me décourager en regardant la table vide
d’ordinateur, je profite de ce que j’arrive devant le cinéma à 19 h 50 pour
entrer voir le film pour lequel j’ai acheté un billet. La culture ne saurait
prendre de repos.
Retour le lendemain. Le jeune homme a lancé la
reconfiguration de Windows et me dit que je devrai indiquer mes choix de langue
et de clavier. Lui, il a du boulot à l’extérieur et il reviendra travailler à
mon ordi à 17 h. Ça veut dire une journée entière de travail perdu.
Mais la machine tourne bien bien lentement. Alors la signora
qui tient boutique pendant que son fils va travailler chez les clients s’installe
à côté de moi et me souffle son odeur de café et de cigarette dans le nez. L’ordinateur
me demande mon choix de langue et de clavier. Je lui confie tout ça et il
digère lentement. Trop lentement pour la signora. Elle m’offre un café. Non
merci. Elle répète que c’est lent et alors… alors… ELLE APPUIE SUR L’INTERRUPTEUR!!
- Ma dai, Signora!
- De toute façon, répond-elle, vous devez revenir cet après-midi : Robertino est parti. Et puis il faut qu’il installe le système d’exploitation.
- C’est précisément ce qui était en train de s’installer.
- Ah non, non, je ne l’ai pas entendu dire qu’il l’installait. Je peux vous offrir un café?
- De toute façon, répond-elle, vous devez revenir cet après-midi : Robertino est parti. Et puis il faut qu’il installe le système d’exploitation.
- C’est précisément ce qui était en train de s’installer.
- Ah non, non, je ne l’ai pas entendu dire qu’il l’installait. Je peux vous offrir un café?
Je voudrais emporter mon ordinateur ailleurs, mais je ne sais
pas où le Robertino a mis mon DVD d’Office.
Je repars vers la ville. Au passage, tenez-vous bien, je
dois acheter un autre cellulaire, parce que dès la première recharge de mon
iPhone, il semble que je l’aie grillé. Je suis donc tout à fait coupée de mon
courriel. Impensable pour le boulot. Je passe devant un autre magasin que celui
de la veille. La chose a l’air bien tenue. On me greye d’un cellulaire type
Android. Pour la carte SIM? Non, pas nous. Vous voyez la boutique là-bas?
Allez-y, puis revenez, je vais vous l’installer. J’ajoute deux pâtés de maison.
Ah, non, on ne prend pas les cartes de crédit. Le réseau ne fonctionne pas
aujourd’hui. Mais il y a une banque, au coin de la rue. Vous pouvez retirer de
l’argent. Mais la Banca Popolare ne prend pas les cartes de débit étrangères. J’ajoute
deux pâtés de maison pour atteindre la Banca Monte dei Paschi di Siena.
Munie de la précieuse carte, je reviens au marchand de
cellulaire, qui l’installe et me montre le fonctionnement de base du téléphone.
Je note qu’il vend des portables. Il m’en coûterait moins de m’acheter un
portable que de me racheter un billet de retour, probablement.
Malgré mon stressomètre au top, j’arrive à configurer mon
courriel sur l’Android. Me revoilà branchée. Je me dépêche de laisser des
messages d’excuses chez deux clients. Client A : désolée, finalement, je
ne pourrai pas faire le texte que j’avais accepté pour ce midi. Client B :
désolée, je ne pourrai pas vous rendre le rapport vendredi comme prévu.
Le sirocco soufflait à plein, mais je n’ai pas senti le
froid, je peux vous dire.
J’ai environ 6 heures et une signora qui sent le café à tuer.
J’en profite pour faire le ménage de la chambre, le ménage
de la salle de bain et le ménage du jardin. Voilà trois fois que la proprio me
dit que si je ne veux pas balayer les feuilles et ramasser les fruits trop mûrs
qui s’effoirent au sol, c’est tout à fait compréhensible et elle viendra le
faire. Bof, le jardin est minuscule. Tiens, une brassée de lessive. Quelques
chapitres de livre et ENFIN, ENFIN, je pars le cœur au bord des lèvres vers le
verdict. Je m’attends tellement à devoir reprendre mon ordi mort. Dans la
boutique, je le vois pourtant avec sa petite fenêtre bleue et les icônes
principales.
- Ah, fais-je (en italien c’est la même chose). Il ressemble
à un ordinateur qui fonctionne…?
- À un ordinateur neuf, pratiquement!
- Je vous dois combien?
- 25 euros.
Même pas 40 $! Une autre bonne nouvelle!- À un ordinateur neuf, pratiquement!
- Je vous dois combien?
- 25 euros.
Sauf que comme la signora avait appuyé sur l’interrupteur et
tout fait stopper, ce n’est pas moi qui ai choisi la langue et le clavier et
pour le jeune homme comme pour bien des gens, un- e Canadienne, ça parle
forcément anglais. Bon c’est un moindre mal.
- Vous avez l’air plus détendue, dit la signora. Je vous
offre un café?
Je décline et me remets en route vers le centre et j’arrive
devant le cinéma dix minutes avant le début du film… Non, non, je ne me trompe
pas dans les étapes, c’est que j’ai un autre billet pour un autre film ce soir.
J’ai une peur bleue de rebrancher l’ordi et de m’apercevoir qu’il ne fonctionne
pas et de toute façon, il est 20 h et je suis bien trop stressée, malgré l’estimation
de la signora, pour essayer quoi que ce soit sans que ça vire au drame.
Ce matin, après allée acheter une brioche et du lait, je ne
pouvais vraiment plus procrastiner. J’ai tenté de retrouver mon clavier et je
me souviens fort bien avoir eu exactement le même problème quand j’ai acheté le
portable. Je n’arrive pas à choisir et garder
le clavier canadien français. J’ai repéré l’e accent grave et l’a accent
grave, mais on ne change pas son doigté en une demi-journée. Je tape donc des èa
et des èe. Pas grave, tout ça se change en un rien de temps avec la fonction de
remplacement automatique.
C’est vraiment le système de la débrouille : Aussi
étrange que ça puisse paraître, je n’ai pas trouvé comment composer un nouveau message sur mon Android. Alors je clique « Répondre »
sur un message reçu, j’efface l’adresse de l’envoyeur, je remplace par celle
que je veux, puis j’efface l’ancien message, j’écris le mien et le tour est
joué! Ne me prêtez aucune intention malveillante, donc, si vous recevez un mot
de moi avec les vestiges d’un message de Kilo-Solution.
J’ai pratiquement tout réinstallé si bien que, ce soir, je
vais pouvoir aller au cinéma!
Et voilà que je trouve trois SMS de ma proprio
qui s’inquiète. Ben voyons, y'a pas d'quoi!
Comment t'as fait pour pas sauter!!!!!!!!!!!!!!
RépondreSupprimerQui te dit que je n'ai pas sauté? :-) Non, en effet, je n'ai pas sauté. J'étais en état de choc! Première fois que ça arrive en 4 séjours à l'étranger. :-(
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