Cette débauche de cinéma était donc due à la tenue, en la ville de Lecce, du 17e Festival del cinema europeo, du 18 au 23 avril. Avec rencontres, invités et expositions. À l’honneur pour le cinéma européen en général : Krzysztof Zanussi et Andrej Żuławski (parlant d’accents), à côté desquels je suis peut-être passée sans le savoir, et, pour le cinéma italien : Christian De Sica, le fils de l’autre, et Elio Germano (acteur). Des films à 1 euro (machins un peu vieillots ou courts-métrages) et à 3 euros (nouveautés de 2015, films candidats ou primés). On serait fou de s’en passer.
Pour l’occasion on avait déployé devant le Multisala Massimo
(5 salles dont une avec lustre en verre de Murano et tribune latérale) un beau
tapis rouge en caoutchouc, sur lequel les gens n’hésitaient pas à écraser leurs
mégots.
Mon horaire ne me permettait pas de voir M. De Sica ni, d’ailleurs,
aucun des autres invités, mais j’avais acheté à l’avance un billet pour deux
longs métrages et un autre pour une petite série de six courts-métrages en une
soirée.
Après le crash et la première visite chez la fumante
signora, c’est donc dans la Sala 2 que je me suis précipitée, pour voir The Lesson, qui était en compétition
pour le prix Lux, contre Mediterranea et
The Mustang. Impressionnés, n’est-ce
pas? Il se trouve que j’ai vu les deux qui n’ont pas gagné. Le titre The Lesson est un brin trompeur, puisqu’il
s’agit d’un film gréco-bulgare (ou est-ce bulgaro-grec?) sous-titré en italien.
Quoi de mieux pour se détendre quand on doit soupeser le prix d’un nouvel
ordinateur portable contre le prix d’un billet de retour au Canada la tête
basse? Le titre vient de ce que la protagoniste enseigne l’anglais dans un
lycée de Bulgarie. Et pour tout dire, je n’ai rien compris quand elle parlait
anglais. Pour le reste, ce n’était franchement pas mal, sauf que c’est un de
ces films où il faut s’imaginer la fin. Question fin, j’avais déjà fort à faire
avec celle de mon ordinateur et celle de mon séjour dans les Pouilles, alors j’ai
un peu renoncé à l’exercice.
Les neuf autres spectateurs ont beaucoup apprécié et
chaudement applaudi… l’écran, puisque aucun des acteurs, producteurs, assistants,
voire traiteurs, n’était sur place.
Le lendemain, après mon marathon entre la boutique enfumée de
Robertino et sa signora de mère, j’ai à nouveau franchi le tapis rouge cendré
pour voir Mediterranea, coproduction
italienne, française, américaine, allemande et qatarie, également tournée en
2015. Une histoire plutôt touchante et très actuelle, puisqu’il s’agit des
tentatives d’installation d’immigrés burkinabés en Italie.
Le troisième soir enfin, pour célébrer le retour de mon
ordinateur à la vie, j’ai grimpé, guillerette, jusqu’à la sala 4 pour une
petite série de courts-métrages. Il y avait un monde fou et très chic! Les
dames étaient juchées sur des talons vertigineux et éclairées par les fausses
pierres de leurs écharpes et de leurs vestons. En Italie, curieusement, il faut
que ça brille des chaussures au col, mais le tout sur fond noir. Quand je sors avec
mon polar rouge, c’est comme si je me baladais avec une pancarte « TOURISTE ».
Pendant les 20 minutes de retard, les aficionados se sont regardés consulter
leurs SMS et se sont éventés parce qu’il faisait terriblement chaud là-haut. La
salle était pleine. Les jeunes réalisateurs (parce qu’il s’agissait dans la
plupart des cas de finissants en cinéma) étaient invités à présenter leur film,
ce qu’ils faisaient volontiers pendant plus longtemps que ce qu’allait durer leur
film. Je suppose que le public était impatient parce que tout le monde parlait,
mangeait, sortait chercher un p’tit boire ou fumer et cherchait son siège au retour
à l’aide du puissant éclairage d’un iPhone ou d’un autre Android, peu importe
que le film soit commencé ou non. Après chacun des films (le plus long durait
14 minutes), la salle s’éclairait, les gens se levaient, circulaient,
changeaient de place, partaient et s’interpellaient, et quelqu’un rappelait le
résumé et le titre. Moi, après mes deux jours et demi de stress, je n’en pouvais
plus et je cognais des clous, ce qui n’était pas nécessairement plus
respectueux.
Mais la vie culturelle de Lecce ne se résume pas au cinéma
international.
À la librairie Liberrima, dont les propriétaires (je l’ai
sans doute écrit, excusez-moi) possèdent également le restaurant All’Ombra del
Barocco et la boutique de prodotti tipici,
on avait invité l’autre jour un enfant du pays, nommé Giuseppe Calogiuri, jeune
auteur de deux romans policiers. L’Italie étant l’Italie, à deux jours de la
présentation, les deux livres étaient totalement introuvables dans les cinq
librairies que je connais à ce jour. Même celle où qui allait l’accueillir! J’aurais
aimé en lire au moins un avant la conférence!
Peu à peu, les trente chaises ont trouvé preneur et à voir
les embrassades, j’ai compris que tout le monde se connaissait et que j’étais à
peu près la seule à ne pas faire partie du groupe.
La jeune intervieweuse aux questions kilométriques qui lui
permettaient au passage de nous raconter sa riche vie intellectuelle a commencé
par une question tout de même intéressante : « Le sujet de cette
deuxième enquête vous est-il venu dès la rédaction du premier livre? Était-ce
une sorte de surplus que vous ne pouviez pas vraiment intégrer à la première
histoire et que vous avez décidé de traiter à part? Parce que moi, quand j’ai
lu le premier, etc. etc. etc. » Eh bien, on ne le saura jamais, parce que
l’auteur a bifurqué sur le fait qu’il y avait eu des problèmes de distribution
et que le livre venait tout juste d’arriver en librairie, mais tant mieux,
maintenant tout le monde était encouragé à se le procurer ce soir même pour le
lui faire signer, sauf évidemment maman et grand-maman, qui étaient dans la
salle, coucou Nonna, et qui avaient déjà le livre ha ha ha.
La jeune femme a oublié elle-même sa question et a demandé
si la musique avait une grande importance dans la vie de l’auteur, puisque son
détective est un musicien amateur et… Le cousin interrompt pour rappeler que
Giuseppe écoutait je ne sais quoi quand il était jeune et qu’ils fumaient
ensemble… ha ha ha. Oh, pardon, zio, non, non, n’écoutez pas, je n’ai rien dit.
Hi hi hi! Au bout de 45 minutes, tout le
monde s'est levé, s'est congratulé, réembrassé. Moi, j’ai mis les voiles.
Typique, dira ma propriétaire, qui a cessé de fréquenter ce
genre d’« événements » précisément pour cette raison. Quand l’auteur
ou le musicien ou le cuisinier est de la région, les places sont colonisées par
la parentèle et la soirée tourne au pique-nique familial.
Prochaine étape culturelle connue : La Bohème, le
1er mai prochain, au Politeama Greco. Déjà, les guichets sont tout
un programme. Photo bientôt.
Oufff je me rassasie un peu.... je craignais que la faille informatique nous prive de tes élucubrations dont on ne peut plus se passer surtout que le temps est à chier par ici, malgré le soleil, il fait moins 4 quand on se lève....
RépondreSupprimerIci, il fait autour de 15, mais dans mon lobe cervical juron-informatique-service client-Primitivo, il a fait à peu près 350. Celsius, di sicuro.
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