C’est dimanche mais malgré tout, la boucherie Fossas est
ouverte. C’est là, en effet, que je dois rendre les clés de l’appartement, la
senyora Fossas étant amie d’Eulàlia, la proprio. Celle-ci m’avait vanté la
qualité du jamón (jambon) de la
place. J’étais un peu sceptique. Tout ce battage autour du jambon ibérique me donne
à croire qu’il y a beaucoup de faux. Bien des marchands (jamonerias ou pernilerias
selon que vous en parlez en castillan ou en catalan) annoncent un « authentique
patta negra », ce qui leur
permet des prix de 50 à 100 euros le kilo, mais des pattes de cochons, ça se
peinture… En outre Eulàlia ne mange pratiquement pas de viande… Or, la veille
de mon départ, je suis allée en reconnaissance à la boucherie en question, je
me suis présentée et j’ai acheté une sixaine de tranches bien fines. Mes aïeux!
Du bonbon! En rendant les clés, donc, j’y vais d’une douzaine de tranches. Je n’ai
pas de frigo pour en conserver davantage et ma nièce vient de m’écrire qu’elle
s’est fait confisquer son saucisson par les douaniers au Québec, rapport aux
maladies porcines. Quel dommage! Il est tellement, mais tellement bon le pernil ibérico patta negra bellota de la
carnisseria Fossas!
Au départ, donc, Consuelo est tellement excitée à l’idée de
visiter la France qu’elle tombe en catatonie et me présente un écran tout noir.
Je tourne la molette vers la gauche et vers la droite, j’appuie sur le bouton,
sur le recul, j’éteins, je rallume… L’opération me permet d’apprendre que son
nom de famille est Becker. Il lui faut cinq minutes avant de reprendre ses
esprits. Elle a fort à faire : quelque 540 kilomètres par une suite de
routes de montagne, de départementales, de nationales et d’autoroutes.
Un circuit magnifique, avec bien peu de belvédères pour les
photos. Je regrette de ne pas avoir le temps de m’arrêter partout où on annonce
des grottes, des abbayes, des ruines, des villages inscrits au registre du
patrimoine de l’humanité. Cinq cent quarante kilomètres, c’est beaucoup et,
pour tout dire, je ne devrais même pas conduire en France parce que je n’ai pas
contracté d’assurance internationale en louant la voiture. Je ne m’attendais
vraiment pas à aller en France.
Cela dit, vous aurez certainement entendu l'expression « parler français comme une vache espagnole ». Certains pensent qu'il s'agit d'une déformation de « parler français comme un basque, l'espagnol ». Autrement dit parler français avec difficulté, comme un basque aurait parlé difficilement l'espagnol.
La langue basque reste un grand mystère pour les
spécialistes. Elle n’a aucun lien de parenté avec quelque langue que ce soit,
sauf pour les termes très récents, qui relèvent souvent d’emprunts aux langues
qui ont créé les concepts ainsi nommés. J’ai croisé plusieurs personnes qui
disaient que le basque « ne ressemble à rien » et je me suis demandé quelle
perception ces gens pouvaient avoir d’une langue « qui ne ressemble à rien »…
En tout cas, dans les rues de Saint-Jean-de-Luz et, plus tard, de ses
compatriotes espagnoles, si j’ose dire, j’entendrai beaucoup de « sh »
et de « k ». Et dès la première librairie, je me suis greyée d’un
dictionnaire de poche basque-français, pour balancer à mon tour des eskerrik asko (merci), des egun
on (bonjour, mais juste pour le matin), kaixo
(formule neutre, quand on a renoncé à apprendre toute la déclinaison des bon
après-midi, bonsoir, etc.) et mesedez (merci)
pour un bai (oui) ou pour un ez (non). Sauf quand on cherche à savoir
si on peut ou non se garer là, c’est très drôle comme expérience. Et après le fa fred catalan (qui se prononce comme notre « fa frette » et veut dire la même chose, je croise des tabernak basque qui est toutefois le pluriel de taberna, soit un café.

Ah, et vous vous demandiez si le béret basque se porte encore? Eh bien oui, autant du côté francais (à gauche) que du côté espagnol (à droite).
Et quand enfin on a trouvé un hôtel et posé ses bagages, on
peut profiter de l’immense surprise architecturale et humaine qu’est
Saint-Jean-de-Luz. 
La maison où résida le roi pendant son séjour dans la ville existe encore. Elle est rarement ouverte au public, puisqu'y vivent encore les descendants de la famille à laquelle elle appartenait jadis, dit-on.
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