Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mardi 24 juin 2014

Parler français comme un basque, l'espagnol

Le dimanche 15 juin, je quitte mon vaste appartement d’Alp pour la côte basque. Comme je suis dans les Pyrénées et que les montagnes, malgré les tunnels et les cols et les vallées, ça ne se franchit pas comme ça, il se trouve que le plus court chemin entre les Pyrénées espagnoles et la côte basque espagnole, c’est… la France.

C’est dimanche mais malgré tout, la boucherie Fossas est ouverte. C’est là, en effet, que je dois rendre les clés de l’appartement, la senyora Fossas étant amie d’Eulàlia, la proprio. Celle-ci m’avait vanté la qualité du jamón (jambon) de la place. J’étais un peu sceptique. Tout ce battage autour du jambon ibérique me donne à croire qu’il y a beaucoup de faux. Bien des marchands (jamonerias ou pernilerias selon que vous en parlez en castillan ou en catalan) annoncent un « authentique patta negra », ce qui leur permet des prix de 50 à 100 euros le kilo, mais des pattes de cochons, ça se peinture… En outre Eulàlia ne mange pratiquement pas de viande… Or, la veille de mon départ, je suis allée en reconnaissance à la boucherie en question, je me suis présentée et j’ai acheté une sixaine de tranches bien fines. Mes aïeux! Du bonbon! En rendant les clés, donc, j’y vais d’une douzaine de tranches. Je n’ai pas de frigo pour en conserver davantage et ma nièce vient de m’écrire qu’elle s’est fait confisquer son saucisson par les douaniers au Québec, rapport aux maladies porcines. Quel dommage! Il est tellement, mais tellement bon le pernil ibérico patta negra bellota de la carnisseria Fossas!
Au départ, donc, Consuelo est tellement excitée à l’idée de visiter la France qu’elle tombe en catatonie et me présente un écran tout noir. Je tourne la molette vers la gauche et vers la droite, j’appuie sur le bouton, sur le recul, j’éteins, je rallume… L’opération me permet d’apprendre que son nom de famille est Becker. Il lui faut cinq minutes avant de reprendre ses esprits. Elle a fort à faire : quelque 540 kilomètres par une suite de routes de montagne, de départementales, de nationales et d’autoroutes.
Un circuit magnifique, avec bien peu de belvédères pour les photos. Je regrette de ne pas avoir le temps de m’arrêter partout où on annonce des grottes, des abbayes, des ruines, des villages inscrits au registre du patrimoine de l’humanité. Cinq cent quarante kilomètres, c’est beaucoup et, pour tout dire, je ne devrais même pas conduire en France parce que je n’ai pas contracté d’assurance internationale en louant la voiture. Je ne m’attendais vraiment pas à aller en France.
Bref, tout se passe bien, je traverse un petit morceau d’Andorre et j’aboutis au Pays basque français, dans une merveilleuse petite ville appelée Saint-Jean-de-Luz. Malgré mon hôtel en face de la plage (appelé, tenez-vous bien, Hôtel de la Plage) le stationnement me coûte plus cher que la chambre…
Entre-temps, j’aurai payé une fortune en péages, dont un premier en terre basque où la préposée, tout sourire, me balance un « Egun on! Eskerrik asko ». Oui, heu, je, c’est ça, vous de même! Et ensuite, il faut se fier de plus en plus à Consuelo parce que, mis à part les panneaux nationaux, qui concernent donc uniquement les autoroutes, tout est unilingue basque. Par conséquent, si vous avez oublié que Saint-Jean-de-Luz se dit Donibane Machinxose, vous pourrez difficilement attraper la bonne départementale et vous serez mûr pour l’autoroute.

Cela dit, vous aurez certainement entendu l'expression « parler français comme une vache espagnole ». Certains pensent qu'il s'agit d'une déformation de « parler français comme un basque, l'espagnol ». Autrement dit parler français avec difficulté, comme un basque aurait parlé difficilement l'espagnol.

La langue basque reste un grand mystère pour les spécialistes. Elle n’a aucun lien de parenté avec quelque langue que ce soit, sauf pour les termes très récents, qui relèvent souvent d’emprunts aux langues qui ont créé les concepts ainsi nommés. J’ai croisé plusieurs personnes qui disaient que le basque « ne ressemble à rien » et je me suis demandé quelle perception ces gens pouvaient avoir d’une langue « qui ne ressemble à rien »… En tout cas, dans les rues de Saint-Jean-de-Luz et, plus tard, de ses compatriotes espagnoles, si j’ose dire, j’entendrai beaucoup de « sh » et de « k ». Et dès la première librairie, je me suis greyée d’un dictionnaire de poche basque-français, pour balancer  à mon tour des eskerrik asko (merci), des egun on (bonjour, mais juste pour le matin), kaixo (formule neutre, quand on a renoncé à apprendre toute la déclinaison des bon après-midi, bonsoir, etc.) et mesedez (merci) pour un bai (oui) ou pour un ez (non). Sauf quand on cherche à savoir si on peut ou non se garer là, c’est très drôle comme expérience. Et après le fa fred catalan (qui se prononce comme notre « fa frette » et veut dire la même chose, je croise des tabernak basque qui est toutefois le pluriel de taberna, soit un café.

Ah, et vous vous demandiez si le béret basque se porte encore? Eh bien oui, autant du côté francais (à gauche) que du côté espagnol (à droite).
Et quand enfin on a trouvé un hôtel et posé ses bagages, on peut profiter de l’immense surprise architecturale et humaine qu’est Saint-Jean-de-Luz.

Ma première visite sera à l'église Saint-Jean-Baptiste, célèbre parce que c'est là que Louis XIV épousa Marie-Thérèse d'Espagne, le 9 juin 1660. Mais j'ai toute une surprise en y entrant! On aime décidément bien les galeries, dans la région, et l'église en compte trois étages sur les côtés et tout au fond. Il semble que ce soit une particularité géographiquement très limitée. À l'époque, seuls les hommes y avaient accès. Les femmes installaient leur chaise en bas, dans la nef, sur le tombeau de leur famille.

La maison où résida le roi pendant son séjour dans la ville existe encore. Elle est rarement ouverte au public, puisqu'y vivent encore les descendants de la famille à laquelle elle appartenait jadis, dit-on.
 

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