Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

lundi 23 juin 2014

Climatisation et Moyen Âge

Ou en étais-je? Ah oui! Les villages de pierre! C’est que j’ai passé trois jours sans WiFi et ça m’a un peu fait perdre le fil! Oua ha ha!

Donc, en quittant Girone, je suis montée un brin vers le nord. J’en espérais un peu de fraîcheur. À défaut, je me suis arrêtée à Besalù, un autre de ces vieux villages moyenâgeux que j’affectionne. Je n’ai pas une folichonne nostalgie d’une époque où on ne se lavait pas et où on gelait ou suait dans les maisons de pierre, mais je suis toujours émue et impressionnée par la durabilité de ces hameaux ou de ces villes. J’aime imaginer les gens les jours de tempête ou de fête, leurs espoirs, leur tristesse, leur idée de l’avenir…
Bref, je me suis arrêtée à Besalù et, comme les hôtels précédents ne m’avaient pas coûté bien cher, je me suis offert une nuit dans une auberge installée dans un palais reconverti doté de la clim et d’une piscine. Minuscule piscine d’ailleurs, mais qu’importe, j’y suis fin seule! Comme décor, la montagne d’un côté et une vieille collegiata de l’autre. Qu’est-ce qu’une collegiata? Excellente question, que vous auriez dû me poser pendant que j’y étais. Maintenant, faites comme moi, chercher sur Internet. (En fait, au moment où j’écris ceci, je suis à nouveau privée d’Internet, dans un hôtel où, pourtant, on se vante de l’offrir. Et heu… comme j’ai négligé mon blogue ces derniers temps, j’ai de nouveau un accès instantané à Internet et voici ce que j’y trouve : une collegiata, c’est une église catholique d’une importance certaine, mais juste sous l’évêché. En l’occurrence, la collégiale de Besalù date du XIIe siècle.)

L’accueil au bureau d’information touristique est frigide. Je demande un plan du lieu et la préposée me le remet sans rien me dire. Je me trimballe sous le soleil ardent aux heures normales de visite, mais je me heurte à trois portes closes à l’église, au bain rituel du quartier juif et à l’ancien hôpital. J’apprends enfin d’un autre touriste désespéré qu’on ne peut rien, mais RIEN visiter à Besalù sans réservation et visite guidée. Un geste de protestation de la préposée dont la crise a gelé le salaire ou l’a privée d’un collègue? Je retourne au bureau d’information touristique, mais il n’y a personne. En fait, le bourg semble désert, à l'exception des hirondelles criardes, qui ont investi tous les monuments. Malheureusement, je ne pourrai pas non plus savoir à quoi rime cette curieuse invasion de chaises sur les murs.
La gentille Gemma, propriétaire de l’hôtel (Casa Marcial), m’invite à aller dîner puis à me reposer à la piscine pendant qu’elle essaye d’appeler pour m’obtenir une réservation. Elle me donne en outre quelques suggestions de restaurants et va jusqu’à appeler l’un d’eux pour demander le menu, qu’elle me répète à mesure et qui s’allonge au point que je crains que la batterie de son portable en crève et que mon compte Visa explose. J’entends qu’elle appelle son interlocuteur Rafael.
Je me pointe donc chez a. Oui, a. Ça s’appelle a. Pourquoi? Excellente question, voir plus haut, ne passez pas par Go et ne récoltez pas 200 $. Ma première impression, en entrant, c’est que Rafael lui-même est à croquer. Je l’aurai d’ailleurs pour moi toute seule pendant tout le repas.
Je n’avais compris que des bribes du menu. Notez que tout ce qui suit était en demi-portions, curieusement servies en paires, mais quand même! Notez aussi que les Espagnols mangent davantage au dîner qu’au souper. Pour commencer, donc, un gazpacho de guacamole avec une petite éminence d’avocat et de dés de tomates au centre, accompagné d’une salade de pois chiches, tomate et fromage. Puis, des pâtes aux champignons et un riz aux fruits de mer. Pour terminer – le dessert est tout seul, lui, heureusement! – un petit assemblage moulé de pastèque et de sorbet de kiwi. Le tout accompagné chaque fois de quelques gouttes alcoolisées. Eh bien, tout cela, plus la bouteille de vin et un kilo de riz valencien (Rafael est Valencien, pas Catalan) m’a coûté moins de 27 euros! On voit qu’on n’est plus à Barcelone! En fait, le mignon restaurateur m’a carrément offert le vin d’accompagnement à chaque plat. Et yé beau!
Après ce repas gargantuesque, avais-je un autre choix que la sieste? Oui, la piscine. Toutefois, quand il fait 35 degrés et qu’on entre dans une piscine à l’ombre qui n’est pas chauffée, on se demande un bref instant pourquoi on cherchait autant une piscine…
Gemma a appelé en vain les services d’information touristique. J’y retourne. Quelqu’un a pensé à coller une feuille dans la porte : « Nous sommes en visite guidée et serons de retour à 18 h 30. Désolés pour le dérangement. » Il est 18 h 45. J’attends une demi-heure sans voir qui que ce soit. Une jeune Australienne me dit qu’elle a écrit voici trois jours pour réserver une visite et que personne ne lui a encore répondu. Je le dis à Gemma. Si on ne peut rien visiter à Besalù, tous les hôtels et les restaurants peuvent en souffrir.
Après une nouvelle et longue séance à la piscine, je suis la seconde suggestion de Gemma et je vais souper au Curia Reial. La terrasse avant donne sur la grand-place, mais celle-ci n’est pas très éclairée et donc tristounette. Pourtant, il fait chaud! Vous ne préférez pas la terrasse arrière, me demande le proprio? Ben quin! La terrasse arrière donne sur le magnifique vieux pont du village. Vieux pont maintes fois retapé, quand même, dont la dernière fois pendant les années 1940 après que l’un des adversaires de la guerre civile espagnole l’a fait exploser, histoire de démoraliser la population. Le pont n’avait plus aucune importance stratégique à cette époque. Quoi qu’il en soit, je fais un autre repas de roi (tiens, il faudrait que j’en touche un mot à Juan Carlos, maintenant qu’il a tout son temps), composé d’une salade de fraises avec copeaux de foie gras et un arroz de fruits de mer.
De Besalù, je vais à Alp, petit village des… Pyrénées où mes propriétaires de Barcelone ont un autre appartement, qu’ils m’ont généreusement prêté. Prêté comme dans « je ne paie rien ». Je dois dire qu’après avoir consulté la carte, j’étais un peu perplexe. Alp, c’est au milieu de nulle part… Les Romeu-Veciana y ont leur résidence secondaire pour le ski, comme beaucoup d’autres en ce lieu. Quand j’y suis arrivée, d’ailleurs, j’ai été un peu décontenancée par toutes les maisons aux persiennes bien fermées qui entouraient mon balcon! Mais – ben oui, c’est con, – je n’osais pas refuser…
Heureusement, l’Antoni avait souligné sur ma carte le nom de quelques villages des alentours qui valaient d’être vus. Mon guide Routard avait quelques suggestions de son cru. J’ai donc mis Consuelo à contribution et arpenté la Cerdagne et l’Alt Urgell. Le jour même de mon arrivée, malgré le tonnerre qui faisait vibrer les Pyrénées, je me suis précipitée vers La Seu d’Urgell, à quelque 60 km de ma résidence montagnarde. Seu comme dans « siège », puisque le lieu fut jadis le siège du comté d’Urgell. Coïncidence, l’appartement de Barcelone était à deux rues de la rue Comte d’Urgell.

Je me gare sur la rue principale, mais le temps maximal permis par le ticket est d’une heure et demie. Heureusement, je me trouve à cinq minutes du vieux centre. El Carrer Major, toute en arcades, mène à la cathédrale et au musée diocésain. Moyennant trois euros, je franchis la porte qui mène au cloître, roman sur trois côtés, bousillé sur le quatrième. Le roman usé me charme, comme toujours. Vient ensuite le petit musée, qui contient quelques retables et sculptures, principalement des vierges à l’enfant, pour ces dernières. La jeune préposée m’indique le sens de la visite et n’a pas terminé quand retentit une voix qui précise que, si je suis intéressée, il y a una pel-lícula. Apparaît alors un papi hyperactif, propriétaire de la voix en question, qui insiste sur le film, très intéressant puisqu’il explique tous les symboles religieux visibles dans l’église.
Je ne doute franchement pas de l’intérêt de la chose, mais je n’ai qu’une heure et demie avant l’amende, dis-je. –Ah oui et ils sont vites sur la contravention, ici, me dit mon nouveau guide, empressé et en catalan. Bon, on va faire une visite rapide, puis vous retournez mettre de l’argent dans le parcmètre, je préviens le jeune homme à l’entrée et vous pourrez revenir avec votre même billet. Le papi me conduit au pas de charge, me défile les noms des saints représentés dans les retables à la vitesse grand V et me saisit la main pour m’entraîner vers le prochain. « Ici, saint Marc, saint Isidore, saint Augustin, saint Jérôme, saint Roch, saint Truc, saint Machin et saint Bidule ».
Pour les statues, c’est l’étage au-dessus. L’escalier n’est pas du goût du papiguide. Il m’indique la direction et m’assure qu’il va m’y retrouver. Lui y grimpe en ascenseur. Mon catalan a dû lui paraître douteux, il se met à parler petit nègre. « Statue romane. Très grande. Curieux. D’habitude, petit. Pas très beau.» Et hop, on va à la suivante. Il a gardé ma main dans la sienne, en sort l’index et me le passe sur le bois de la statue du XIIIe siècle. Je n’aurais jamais rêvé d’en faire autant!! « Bois très doux, non? Pin noir. Pas de peinture. Des fois oui, là non. Ici, Adam et Eve. » - Moi, je m’appelle Eve. Il se saisit de ma deuxième main. – C’est pas vrai? Et il m’embrasse sur les deux joues. Il y a beaucoup plus d’Eva en Espagne que d’Eve en Canada, pourtant. Bon, le péché ne lui déplaît pas, faut croire. Grâce à lui, je tripote encore… quelques pièces du XIIe siècle (non, lui-même ne remonte pas si loin), puis nous atterrissons, moi à pied, lui en ascenseur, à l’étage de la vaisselle ecclésiastique. Il y a entre autres trois énormes pots en argent, l’un pour le baptême, l’autre pour… j’en perds mon catalan, mais lui ne perd pas le souffle. Sauf quand j’arrive à l’interrompre pour demander : « Ah, ce ne sont pas des porros? » Les porros sont des cruchons en grès d’usage populaire, à deux becs, dont l’un sert à la circulation de l’air et l’autre à l’écoulement du vin. Dans les villages, on passait le porro d’un convive à l’autre et on buvait à la régalade. Le papi stoppe net ses explications  et éclate d’un rire qui ricoche d’une pierre à l’autre et distrait les autres visiteurs. Puis il me pousse vers la sortie. « Je t’attends pour la pel.licula. » Je cours jusqu’au parcmètre et recours jusqu’à la cathédrale. L’ordinateur refuse de cracher la pel.licula. Le papi est bien plus triste que moi. « Il faut que tu reviennes un jour. » - Je vais essayer. [Soit dit entre nous, j’en doute…]
Pour souper dans ma résidence de ski, j’ai acheté un fromage de brebis et un embotit, genre de saucisson, mais celui-ci a de particulier qu’il est farci à la langue de bœuf. Ouf, vivement un circuit de jogging!
La Seu d’Urgell a été par ailleurs le site des compétitions de canoë-kayak des Jeux olympiques de Barcelone.







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