Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 4 juin 2014

Leçon de stress

Considérant que mes proprios (ou parents de ma proprio, je ne saurai jamais) sont plus que des proprios d'appartements de vacances puisqu'ils sont les parents de ma professeure de catalan, considérant qu'ils ont été généreux pour l'épisode de la laveuse et plus encore en venant me porter un guide de Barcelone un peu particulier, qui reprend un guide ancien en y apportant les modifications nécessaires pour montrer l'évolution du paysage, j'ai donc décidé de les inviter à souper.

Avais-je appuyé sur le rioja ce jour-là? Je ne pense pas. J'ai parfois de ces impulsions... Et le résultat est toujours le même : après, c'est la panique.

J'ai donc écrit un courriel à Madame jeudi dernier. Je sais, les puristes vont jeter les hauts cris. Pourtant, avant Internet, on écrivait bel et bien des bristols et c'était considéré plus fancy que le téléphone. Sans compter que mon catalan est encore embryonnaire, surtout au téléphone et que le message écrit permet au destinataire de réfléchir tranquillement sans bafouiller des « je crois que nous avons quelque chose mais je vais vérifier » dans l'oreille du futur-ou-non-hôte.

Ici aussi j'ouvre l'ordinateur, le courriel et la page du jeu du cadavre exquis avant même d'avoir ouvert les yeux. Vendredi : pas de réponse. Ils ne savent pas comment s'en sortir? Samedi : pas de réponse ni le matin ni le soir. Ils sont fâchés contre moi? Dimanche : toujours rien. Ils estiment ne pas avoir à se taper un souper avec leurs locataires de vacances? Dimanche vers 20 h, j'appelle et je laisse un message sur le répondeur. Lundi matin : rien de rien. Il leur est arrivé quelque chose? Ils sont à Québec chez ma professeure pour la mettre en garde contre moi? Ils estiment que je leur ai grossièrement damé le pion?

Lundi après-midi : Madame répond par écrit. Mon Dieu, mon Dieu, Antoni et elle voulaient me recevoir mais l'appartement est en rénovation et c'est trop gentil, vraiment et merci, oui, entre mardi et mercredi, c'est mercredi qui nous conviendrait mieux. Il y a des choses qu'on ne peut pas manger? Trop délicat, vraiment, justement, les produits laitiers sont à proscrire mais juste à laisser passer ce plat, éventuellement.

Bravo Eve. Je vais recevoir dans une cuisine qui n'est pas la mienne d'un appartement que je vais quitter deux jours plus tard après m'y être étalée pendant deux mois, sans mes recettes toutes rassurantes par leurs nombreuses taches et coins collés, dans une langue dont je ne connais que le vingtième.

Mardi, j'ai commencé le ménage et l'élaboration du menu. Bien entendu, les magrets de canard au chocolat ne figurent pas dans mon fichier Recettes. Tant pis, on va essayer des magrets de canard avec sauce aux poires pochées. Je me précipite au marché et au supermarché pour explorer les possibilités. Au marché, le magret, c'est sur commande. Mercredi, je peux en avoir deux. Bien sûr. Ciel, faites que ce soit une personne fiable. Et... que je me souvient à quel stand c'était.

Mardi soir, la société des alcools du voisinage. Amusant, on peut acheter du moscatel au quart de litre, qui nous est versé dans une sorte de bouteille de jus d'orange récupérée. Le summum du chic. Mais ça me permet d'avoir un petit peu d'alcool dessert à peu de frais pour le cas où. Même chose pour le vin rouge qui va  servir à pocher (escalfar) les poires (peras). J'en choisis un plus chic pour le canard (ánec ou pato selon le stand).

Mercredi matin, avec mon vocabulaire catalan-castillan des éléments des recettes et des allergies sur un bout de papier, je me précipite à la pâtisserie japonaise à l'autre bout du quartier. Peut-être qu'ils ne connaissent pas et que ça va les amuser. Mais surtout, le site Internet annonce des produits adaptés à différentes allergies et intolérances. En plus, je sais qu'ils ont des bons croissants, ce qui va me permettre de bien déjeuner en chemin. Il y a une sorte de flan au thé vert, mais il est présenté dans une sorte de soliflore vert, dont il faut tirer le bouchon pour ensuite sucer la chose m'expliqiue la vendeuse en mimant bruits, je et gestes. J'essaie d'imaginer le très sérieux Antoni aspirant son dessert au thé vert et je décide de laisser tomber.

Puis je parcours les 5 longs coins de rue qui me séparent de la Rambla et je descends les cinq autres qui me séparent de la Boqueria, mieux fourni que le marché de Sant Antoni à deux pas de chez moi. Je reviens en m'étirant le bras gauche à force de traîner les pâtisseries, le pain, le bocal de miel, les fraises, les figues, les olives, le pallota bellota, soit le jambon patte noire nourri aux glands, les radis, l'oignon rouge et les pommes de terre.

Six pâtés de maison vers le nord-ouest pour arriver au marché Sant Antoni. Ah oui, je reconnais la tenancière du stand. Elle et son mari répondent à deux clientes différentes, dont une achète un cheptel en pièces détachées et l'autre se fait plumer et dépecer un poulet. Au bout de cinq minutes de sourires côtés boeuf, volatile et propriétaires, j'ose demander si je suis bien au bon endroit pour les magrets réservés. Au moins, je n'attendrais pas toute la matinée pour rien! Ah oui oui oui, excusez-moi Madame, je lui donne ses magrets et... Non non non, je peux attendre; je voulais juste m'assurer que j'étais au bon endroit! On me vend mes magrets (importés de France...). Je profusionne Madame la cliente de mercis et disculpas et elle arrive à sourire.

Ne reste plus qu'à trouver la roquette et le saumon fumé.

Je grimpe au 6e et je range tout. J'ai faim. Je m'offre quelques minutes sur mon balcon, sous la brise, avec sandwich et, oui, un verre de blanc.

Je redescends. Il me faut faire deux supermarchés pour trouver la roquette et le saumon fumé. Bien entendu, en arrivant, je constaterai que c'est des épinards qu'il fallait. Tant pis, ce sera à la roquette.

J'écris ce qui précède. Après tout, ils sont invités à 20 h et il est moins de 15 h. Et ce serait insensé de laver la cuisine maintenant. J'ai trouvé sur Internet qu'on peut partir les magrets à la poêle, récupérer la graisse fondue pour rissoler les pommes de terre (idée de Rachel), puis terminer le tout au four sans avoir à abandonner mes invités trop longtemps.

Bon, je lance la manoeuvre. Suivez le prochain épisode.


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