Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

lundi 5 mai 2014

Un samedi à 360 degrés

Samedi, je suis allée au Museu nacional d'art de Catalunya. Par respect pour mes lecteurs sous-ensoleillés, je vais passer sous silence que le temps était magnifique. Et que dire du site, que j’ai fini par retrouver (j’y suis allée une semaine après mon arrivée) en me perdant exactement au même endroit que la première fois. Je suis surtout déçue parce que je déteste la routine.


Le Musée est installé dans un bâtiment qui a été construit au siècle dernier sur le flanc du Montjuïc et dont la fonction première fut celle du pavillon de l’Espagne pour l’Exposition universelle de 1929. En fait, si on y accède par la Plaça d’Espanya, on refait le trajet que les spectateurs du temps ont parcouru : passage entre les deux tours vénitiennes, traversée de la place embrassée par deux colonnades en arc de cercle (genre place Saint-Pierre), puis ascension (à pied ou au moyen d'escaliers mobiles) de chaque côté des fontaines. Spectaculaire!
Déception à l’entrée : la section d’art moderne est fermée. Pas de Dali jeune, pas de mobilier moderniste donc… Je « leur » laisse une chance jusqu’au 4 juin.
Les sections romanes et gothiques sont heureusement bien fournies, et si j’avais deux onces de mémoire, je jouirais à plein de l’audioguide que je me suis offert mais qui reste quand même, comme souvent, de bonne compagnie. Je lui fais des chatouilles en pitonnant le numéro indiqué sous l’œuvre et il me répond par quelques notes d’un Ave Maria, d’un Te Deum ou autre Stabat Mater avant de me dire, comme un bon GPS muséal, alternant voix féminine et masculine, quels attributs me diront à quel saint me vouer, quels soupçons de polychromie je dois chercher et à quelle école je dois attribuer tel retable, prédelle, panneau, reliquaire, ostensoir, pieta, calvaire, miséricorde, ite missa est, n’oubliez pas de le rendre avant de partir. 
Sérieusement, regardez-moi cette belle vierge de l’Italien Fra Angelico! N’a-t-elle pas un air contemporain? On n’est qu’au tout début du XVe siècle, là! Voyez ces traders de la bourse de Florence, accrochés à leur cellulaire! Et on n’est qu’au XIVe siècle! Mirez-moi cette curieuse trinité féminine (Anne, Marie et le p’tit), objet d’une dévotion particulière en Espagne dit mon guide écrit, alors que les deux exemplaires que j’ai vus au musée sont d’Allemagne, mais vous savez que je ne suis pas du genre à insister sur ce genre de peccadille.
Observez ces coffrets finement ouvrés, ces croix de Saint-André, croix de bois, croix de fer, humble croix familière, comme chantait Bécaud, croix égrenées pour le commerce des reliques. Et ces saints écartelés, roués, estrapadés, fléchés, accompagnés. Et ces saintes étêtées, violées ou brutalement séparées de leurs seins (fantasme assez répandu, sinon chez les véritables ennemis de la foi, du moins chez ceux qui en racontaient l’histoire...).
Les Juifs y furent-ils pour quelque chose? Peut-être pas, mais on leur reprochait d’autres lèse-déité. On racontait que certains se plaisaient à plonger des hosties dans l’eau bouillante. D’autres, voyez par vous-mêmes (à gauche), les auraient poignardées! Et bien sûr, comme c’est le corps du Christ, eh ben ça saigne. « Ô Saint-Omer (DeSerres), vous avez encore du rouge? C’est que j’ai une autre commande de la paroisse. » Avec des modèles pareils, pas étonnant que les fidèles aient eu du mal à maîtriser leurs impulsions! À tel point que quelques tableaux portent les traces de leur pieux vandalisme : sur certains, en effet, les visages des bourreaux et des juifs ont été grattouillés (à droite) dès le XIIIe et le XIVe siècles par les ouailles excitées à une sainte et rétrospective colère.
Et pendant que le peuple assimilait cette raison de plus pour avoir hâte que la messe finisse, les moines (ou chanoines ou Dieu qui sait), s’octroyaient une petite miséricorde pas piquée des vers. Ou peut-être. Tandis que l’évêque y allait de sermons et d’effets de crosse, les bougres auraient dû rester respectueusement debout, mais bon ils devaient ensuite se taper la visite paroissiale, sans compter que la consanguinité leur avait peut-être fait les genoux cagneux ou le ligament rigide. Bref, dans les belles stalles sculptées dans du bois (d’où le risque d’être piquées des vers), il y avait une miséricorde juste pour eux. Eh non, une miséricorde ce n’est pas toujours abstrait comme une indulgence ou comme une classification artistique genre pietà ou calvaire. Ça relève plutôt du vocabulaire du mobilier. Mettons Stiljø dans un catalogue Ikea. La miséricorde était est également un accessoire qui permettait à l’occupant de la stalle de replier son siège pour faire comme s’il savait se tenir debout quand en réalité, il y avait sous ledit siège, cet accessoire tout sculpté tout beau, qui avait l’air de tout sauf d’un dessous, greyé d’une petite tablette incurvée pour s’incliner un rien et poser une fesse ou deux. Aux yeux du public, les utilisateurs avaient l’air de souffrir debout comme eux alors qu’ils soulageaient leur dos et leurs pieds.
Et puis je survole la Renaissance. De toute façon, le billet d’entrée est bon pour deux jours, pas nécessairement consécutifs, dans un délai d’un mois. Bravo messieurs-dames, le système est brillant! En plus, il donne accès à la terrasse de 360 degrés. Vues magnifiques sur la ville et les montagnes en fond de scène avec panneaux indicatifs qui donnent le nom des monts et des  bâtiments. Et il y pousse de la lavande et du romarin qui, sous le soleil dont je ne vous parle pas, vous dégage un de ces parfums! Moi qui cherche désespérément des herbes fraîches depuis mon arrivée à Barcelone, je suis bien tentée de tirer un peu sur une branche ou deux. Mais noooon, je ne l’ai pas fait!
Je suis redescendue de ce perchoir pour constater que les jardins étaient déjà fermés. Direction de rechange : les arènes de Barcelone où l’on ne va plus voir une corrida, désormais interdite en Catalogne, mais bien pour magasiner ou manger sur la terrasse à 360 degrés. On y accède par l’intérieur ou par un ascenseur extérieur, moderne, vitré, qui vous coûte un euro aller-retour. Bien sûr, d’un côté, il y a le Musée, les fontaines, les tours, etc., mais de l’autre, il y a le parc Joan-Miró et une statue de l’artiste appelée Dona i Ocell (femme et oiseau). Si la chose vous paraît phallique, vous avez bien vu. Le mot catalan ocell désigne « le petit oiseau ». Celui… qui vit en bande, tiens.
Mais occupons-nous plutôt d'estomac. Au moins six restaurants se partagent la terrasse. Et si vous vous laissez tenter, votre addition sera raccourcie d'un euro : remboursement de l'ascenseur! Je choisis l'établissement en fonction de la vue, côté fontaines et musée. Pas mal : des sushis. Il est 16 h et c'est mon dîner. Je suis en train d'adopter l'horaire espagnol!
Et puis, tenez, comme vous êtes gentils et patients, je vous envoie un peu de lilas.

3 commentaires:

  1. Magnifico Eve y gracias por compartir tus fotos

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  2. Gracias a ti! Entonces, hay un viaje en Italia en el tu futuro próximo?

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