Samedi
, je suis allée au Museu nacional d'art de Catalunya. Par
respect pour mes lecteurs sous-ensoleillés, je vais passer sous silence que le
temps était magnifique. Et que dire du site, que j’ai fini par retrouver (j’y
suis allée une semaine après mon arrivée) en me perdant exactement au même
endroit que la première fois. Je suis surtout déçue parce que je déteste la
routine.

Le Musée est installé dans un bâtiment qui a été construit au siècle
dernier sur le flanc du Montjuïc et dont la fonction première fut celle du
pavillon de l’Espagne pour l’Exposition universelle de 1929. En fait, si on y
accède par la Plaça d’Espanya, on refait le trajet que les spectateurs du temps
ont parcouru : passage entre les deux tours vénitiennes, traversée de la
place embrassée par deux colonnades en arc de cercle (genre place Saint-Pierre),
puis ascension (à pied ou au moyen d'escaliers mobiles) de chaque côté des fontaines. Spectaculaire!
Déception à l’entrée : la section d’art moderne est
fermée. Pas de Dali jeune, pas de mobilier moderniste donc… Je
« leur » laisse une chance jusqu’au 4 juin.
Les sections romanes et gothiques sont heureusement bien
fournies, et si j’avais deux onces de mémoire, je jouirais à plein de
l’audioguide que je me suis offert mais qui reste quand même, comme souvent, de
bonne compagnie. Je lui fais des chatouilles en pitonnant le numéro indiqué
sous l’œuvre et il me répond par quelques notes d’un Ave Maria, d’un Te Deum ou
autre Stabat Mater avant de me dire,
comme un bon GPS muséal, alternant voix féminine et masculine, quels attributs
me diront à quel saint me vouer, quels soupçons de polychromie je dois chercher
et à quelle école je dois attribuer tel retable, prédelle, panneau, reliquaire,
ostensoir, pieta, calvaire,
miséricorde, ite missa est, n’oubliez
pas de le rendre avant de partir.

Sérieusement, regardez-moi cette belle vierge de l’Italien
Fra Angelico! N’a-t-elle pas un air contemporain? On n’est qu’au tout début du
XVe siècle, là! Voyez ces traders
de la bourse de Florence, accrochés à leur cellulaire! Et on n’est qu’au
XIVe siècle! Mirez-moi cette curieuse trinité féminine (Anne, Marie
et le p’tit), objet d’une dévotion particulière en Espagne dit mon guide écrit,
alors que les deux exemplaires que j’ai vus au musée sont d’Allemagne, mais vous
savez que je ne suis pas du genre à insister sur ce genre de peccadille.
Observez ces coffrets finement ouvrés, ces croix de
Saint-André, croix de bois, croix de fer, humble croix familière, comme
chantait Bécaud, croix égrenées pour le commerce des reliques. Et ces saints
écartelés, roués, estrapadés, fléchés, accompagnés. Et ces saintes étêtées,
violées ou brutalement séparées de leurs seins (fantasme assez répandu, sinon
chez les véritables ennemis de la foi, du moins chez ceux qui en racontaient
l’histoire...).

Les Juifs y furent-ils pour quelque chose? Peut-être pas,
mais on leur reprochait d’autres lèse-déité. On racontait que certains se
plaisaient à plonger des hosties dans l’eau bouillante. D’autres, voyez par
vous-mêmes (à gauche), les auraient poignardées! Et bien sûr, comme c’est le corps du
Christ, eh ben ça saigne. « Ô Saint-Omer (DeSerres), vous avez encore du
rouge? C’est que j’ai une autre commande de la paroisse. » Avec des
modèles pareils, pas étonnant que les fidèles aient eu du mal à maîtriser leurs
impulsions! À tel point que quelques tableaux portent les traces de leur pieux vandalisme :
sur certains, en effet, les visages des bourreaux et des juifs ont été
grattouillés (à droite) dès le XIIIe et le XIVe siècles par les
ouailles excitées à une sainte et rétrospective colère.
Et pendant que le peuple assimilait cette raison de plus pour
avoir hâte que la messe finisse, les moines (ou chanoines ou Dieu qui sait), s’octroyaient
une petite miséricorde pas piquée des vers. Ou peut-être. Tandis que l’évêque y
allait de sermons et d’effets de crosse, les bougres auraient dû rester
respectueusement debout, mais bon ils devaient ensuite se taper la visite
paroissiale, sans compter que la consanguinité leur avait peut-être fait les
genoux cagneux ou le ligament rigide. Bref, dans les belles stalles sculptées dans
du bois (d’où le risque d’être piquées des vers), il y avait une miséricorde
juste pour eux. Eh non, une miséricorde ce n’est pas toujours abstrait comme
une indulgence ou comme une classification artistique genre pietà ou calvaire. Ça relève plutôt du
vocabulaire du mobilier. Mettons Stiljø dans un catalogue Ikea. La miséricorde était
est également un accessoire qui permettait à l’occupant de la stalle de replier
son siège pour faire comme s’il savait se tenir debout quand en réalité, il y
avait sous ledit siège, cet accessoire tout sculpté tout beau, qui avait l’air
de tout sauf d’un dessous, greyé d’une petite tablette incurvée pour s’incliner
un rien et poser une fesse ou deux. Aux yeux du public, les utilisateurs
avaient l’air de souffrir debout comme eux alors qu’ils soulageaient leur dos
et leurs pieds.
Et puis je survole la Renaissance. De toute façon, le billet
d’entrée est bon pour deux jours, pas nécessairement consécutifs, dans un délai
d’un mois. Bravo messieurs-dames, le système est brillant! En plus, il donne
accès à la terrasse de 360 degrés. Vues magnifiques sur la ville et les
montagnes en fond de scène avec panneaux indicatifs qui donnent le nom des
monts et des bâtiments. Et il y pousse
de la lavande et du romarin qui, sous le soleil dont je ne vous parle pas, vous
dégage un de ces parfums! Moi qui cherche désespérément des herbes fraîches
depuis mon arrivée à Barcelone, je suis bien tentée de tirer un peu sur une
branche ou deux. Mais noooon, je ne l’ai pas fait!

Je suis redescendue de ce perchoir pour constater que les
jardins étaient déjà fermés. Direction de rechange : les arènes de
Barcelone où l’on ne va plus voir une corrida, désormais interdite en
Catalogne, mais bien pour magasiner ou manger sur la terrasse à 360 degrés. On
y accède par l’intérieur ou par un ascenseur extérieur, moderne, vitré,
qui vous coûte un euro aller-retour. Bien sûr, d’un côté, il y a le Musée, les
fontaines, les tours, etc., mais de l’autre, il y a le parc Joan-Miró et une
statue de l’artiste appelée Dona i Ocell (femme
et oiseau). Si la chose vous paraît phallique, vous avez bien vu. Le mot
catalan ocell désigne « le petit
oiseau ». Celui… qui vit en bande, tiens.
Mais occupons-nous plutôt d'estomac. Au moins six restaurants se partagent la terrasse. Et si vous vous laissez tenter, votre addition sera raccourcie d'un euro : remboursement de l'ascenseur! Je choisis l'établissement en fonction de la vue, côté fontaines et musée. Pas mal : des sushis. Il est 16 h et c'est mon dîner. Je suis en train d'adopter l'horaire espagnol!
Et puis, tenez, comme vous êtes gentils et patients, je vous envoie un peu de lilas.
Magnifico Eve y gracias por compartir tus fotos
RépondreSupprimerOups! A Italia...
SupprimerGracias a ti! Entonces, hay un viaje en Italia en el tu futuro próximo?
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