
Et dimanche, ce fut la sortie à Figueres, à un peu plus de
deux heures de train vers le Sud, surtout connue pour le Teatre Museu Dali.
Dali avait lui-même acheté les restes de l’ancien théâtre de la ville, pour le
transformer en musée. Le bâtiment est situé devant la belle église Sant Pere,
qui demeurera obstinément fermée pendant toute ma journée dans la ville. C’est
au musée que se trouve sa tombe, et la dalle du tombeau est veillée par une gigantesque
toile de Dali représentant Gala.
J’ai pris le train de 7 h 50 et me suis précipitée vers le
musée dès l’arrivée. Comme ça, j’attends à peine. Plus tard, il y aura un long
serpentin de visiteurs patientant ou s’impatientant sous le soleil vif.
C’est… du théâtre! D’entrée de jeu, d’ailleurs, avec la
voiture-jardin, surmontée d’un… bouchon de carburateur aux allures de figure de
proue, au centre de l’ancienne salle du théâtre où des statues dorées sont
comme autant de spectateurs qui ne se lasseraient jamais du spectacle. Non, ce
n’est pas la description officielle. Le nom de l’œuvre est plutôt Cadillac pluvieuse. Dans la voiture, il
y a des plantes et de gros escargots, qui bénéficient des pluies déclenchées
par les pièces d’un euro obligeamment glissées par les visiteurs dans la caisse
prévue à cette fin.

Et on poursuit notre chemin surréaliste entre des œuvres de
grandes dimensions qui sont peintes ou qui combinent par exemple mannequins et
épis de maïs pour former un énorme visage autour d’une porte, de sorte que le
visiteur est pratiquement avalé en passant le seuil. Sans compter la fameuse
Salle Mae West où l’on peut montrer quelques marches pour regarder, à travers une
lunette, un mobilier qui compose le visage de l’actrice et d’autres œuvres connues :
la Vénus à tiroirs, les montres molles, le Spectre
du sex-appeal, etc.
Mon secteur préféré? Le couloir des dessins et, grande
surprise pour moi : les magnifiques bijoux créés par « le maître »
avec or et pierres précieuses (pas de photos, malheureusement, les vitrines
sont conservées dans la crypte, plutôt sombre). À propos de photos d’ailleurs, je
suis surprise de voir qu’elles sont autorisées (sans flash), dans tous les
musées que j’ai visités jusqu’ici. Attitude très différente de l’Italie! Par
contre, ça provoque des embouteillages. Il y a des visiteurs qui ont l’air de
se constituer des catalogues entiers!
Mais sortons profiter du soleil. Ce dimanche, 4 mai, on
fêtait la Sainte-Croix, à Figueres, et la chose se passait essentiellement
place de l’hôtel de ville. Il y avait foule. Pour tout dire, les gens étaient
littéralement empilés. J’avais trouvé un site Internet où figure un calendrier des
castells, spectaculaires pyramides
humaines, tradition bien catalane remontant au XVIIe ou XVIIIe
siècle, mais interdite pendant les années Franco comme toute chose catalane. Je
pensais donc en voir une en compagnie de mes neveu et nièces à Barcelone même,
mais voilà que je tombe par hasard sur un castell!
Vous pourrez voir ici ma petite vidéo : http://youtu.be/oq-yPIfUPCw. Désolée pour les torticolis que je vous inflige : je n'ai pas la version du logiciel qui me permettrait de faire pivoter le film!
Comme vous arriverez peut-être à voir, la base est formée d’un
noyau bien dense de costauds. Puis assez rapidement, la pyramide se forme.
Celles que j’ai vues ce jour-là ont atteint six étages (j’ai lu que les plus
hautes en font neuf!). Au dernier étage, c’est toujours un jeune enfant qui,
dès son arrivée tout en haut, tend le bras montrant quatre doigts, en un salut
appelé anxaneta, commémorant une
légende selon laquelle, en 1082, Guifré el Pelos (Wilfred le poilu), venu en
aide au roi des Francs, fut mortellement frappé. Le roi trempa quatre doigts
dans la blessure du comte et dessina les quatre barres qui figurent désormais
sur le drapeau catalan.
Je m’arme de courage pour poser quelques questions à l’un
des castellers. C’est lui qui me
renseigne sur la fête du jour. Il y a ce jour-là trois écoles de castellers : celle de Figueres, celle
de Mataró et celle de Terrassa, à laquelle appartient mon informateur. Il ne s’agit
pas d’une compétition, mais seulement d’une manifestation de fierté et un
spectacle. D’ailleurs, on distingue dans la masse de la pinya, au premier étage, les couleurs des trois écoles. Le tout est
accompagné d’un petit groupe de musiciens jouant du chalumeau et du tambour.
Moment d'émotion à la chute de l'une des tours! Une cheville foulée, peut-être, des orgueils froissés et de grands regrets vis-à-vis des coéquipiers, sans doute.
Ma journée se poursuit sur la Rambla, où l’on fait cuire une
paella et une tortilla géantes, des montagnes de grillades et des tonnes de
patates. Bel endroit pour dîner, tiens.
Le voyage de retour, en train, est animé par Arnau (prononcer arnaou), le cadet
de sa famille, qui se met tout à coup à chanter des « pa pa pa pa pa »
à toute vitesse en faisant des gestes de chef d’orchestre. Il réclame « Papameno »
à ses parents, qui lui refilent finalement l’iPhone sur lequel est enregistré l’extrait
de La Flûte enchantée. Arnau se remet
à chanter et à battre la mesure et nous explique que « Papameno » c’est
un monsieur, et il appelle une dame qui s’appelle « Papamena ». Il a
beau avoir l’oreille musicale, sa mère ne parvient pas à lui faire dire
Papageno. Très divertissant, mais le plus exceptionnel, c'est que Arnau n’a que 2 ans.
Surveillez le journal ou la télé dans 18 ans…
Ah! Ève!
RépondreSupprimerTu me fais voyager au propre comme au figuré!
Et tes photos sont tellement inspirantes qu'on veut s'y faufiler comme dans le grand livre de Fanfreluche... Merci de me faire oublier ma tonne de corrections...
Natcho