Vous me pardonnerez bien mes voyages dans le temps… Parfois
j’oublie, parfois je suis très occupée à autre chose et parfois je ne suis tout
simplement pas inspirée, même si je vis des choses stimulantes pratiquement
chaque jour. Alors je conte ce qui me vient à l’esprit. Je vais et je viens
entre les jours.
Samedi dernier, le 10 mai, je suis partie en train pour Sitges,
à quelque 40 minutes au sud de Barcelone. L’aller-retour coûte 8,20 euros
(autour de 13 dollars). Une enfilade de plages gratuites nous attend. (À noter que Barcelone a aussi sa
plage gratuite, que j’ai arpentée par grand vent, ce jour qui était alors le
plus froid de mon séjour pourtant clément sur ce point).
Le bureau d’information touristique distribue une petite
carte où sont indiquées les résidences anciennes de la ville, modernistes ou
autres, avec nom de l’architecte et date de construction. Ça paraît un peu
technique, mais on a beau ne pas vouloir juger sur les apparences, une belle
façade, c’est toujours invitant, et la ville en compte une bonne soixantaine.
Si je pouvais retrouver la satanée carte, je pourrais confirmer! Nombre de ces résidences sont appelées les cases Americanes parce qu'elles ont été construites pour des Catalans qui étaient partis commercer « aux Amériques » et qui revinrent, fortune faite, montrer un peu de leur succès à la mère patrie.
Je ramasse donc mon exemplaire de la carte et j’entreprends
les huit minutes (selon l’indication du gentil préposé) à pied vers le centre
ancien de Sitges, judicieusement situé à un jet de sable des plages. Aucune pharmacie
ouverte sur le chemin (il est à peine 9 h 30), ce qui fait que j’entreprends
mes pérégrinations par 28 degrés ou à peu près sans crème solaire. Je retire
très vite polar et chemisier, mais je m’arrête à la camisole. Les naturistes
sont les bienvenus sur la dernière des plages, au nord (non, pas de photo, même
si, sans être voyeure, le jeune mec qui sortait de l’eau…), mais je conserve
tout de même ma camisole (joli cadeau, d’ailleurs, d’une amie et collègue qui me
laissait croire ainsi que j’avais encore le droit de me dénuder un peu). Malgré
les digressions, vous aurez peut-être compris qu’au terme de l’excursion, j’avais
attrapé mon premier coup de soleil annuel. Mais déjà il n’y paraît plus : je suis
bronzée. Bien entendu, loin de moi l’idée de vous provoquer.
Si j’avais pelé, j’aurais poursuivi la ville en justice pour
cause d’obligation de sécher au soleil, puisque deux des trois musées sont
fermés pour rénovations. De même l’église, pour cause d’oraisons. Les façades
restent tout de même à portée de lentille. Et puis quel beau prétexte pour
profiter de cette magnifique journée.
Au bout des six plages, je rentre dans les terres pour faire
le tour du jardin de Terramar, où je déçois un gamin qui me demandait de l’aider
à rouler un énorme tronc d’arbre qui fait office de banc ou de délimitation
entre sentier et pelouse. « Je ne peux pas… » « Tu ne peux pas?
répète-t-il sur un ton étonné ». « Je ne suis pas assez forte. »
Vous auriez dû voir le regard incrédule. Et l’entendre répéter mes motifs à sa
mère sur un ton outré…

Après un dîner en plein air, entre une résidence 1894 et un
glacier très contemporain, je repars tranquillement vers la gare en
photographiant tout ce qui me tombe devant le viseur, et j’arrive devant le
seul musée ouvert – le Museu Romántic – en plein à l’heure de l’ouverture. C’est
un endroit bien sympathique logé dans la maison Llopis, construite en 1793. L’idée,
pas nécessairement originale, est de montrer la vie telle qu’elle était aux
diverses époques d’occupation de la résidence par les générations successives
de la famille, qui évolua comme l’être humain en général de la mer à la terre,
pour finir dans le commerce du malvoisie (vin fait à partir du raisin appelé…
malvoisie).
Au deuxième étage, autrefois réservé au personnel, une
grande collection de poupées, principalement françaises et allemandes (on peut
pratiquement toujours deviner l’origine de ces dernières aux corps plus
costauds et aux joues rougeaudes), parsemée de spécimens catalans. Dans une
autre salle, la maison a été reproduite à l’échelle en petites maquettes, comme
autant de pièces d’une maison de poupées, où ont été dressées des scènes de la
vie du XVIIIe ou XIXe siècle.
Deux petits détails amusants : 1) le carrelage du
balcon du premier étage intègre un jeu de bis-bis,
dont je ne saurais vous expliquer les règles mais qui date, dit la brochure, de
l’époque napoléonienne; et 2) la toilette, grand succès auprès des
visiteurs-photographes de notre époque, qui remplaça commodément le pot de
chambre, mais qui fut reléguée sur le balcon du bis-bis, et qui procurait à la famille, voire aux invités, une
belle occasion de « parler des vraies affaires » en petits comités comme
vous pouvez le constater. Le tout est en bois, pour bien préserver cachet et bactéries.
Il est temps pour moi de rentrer. À la sortie de la gare, j’emprunte
chaque fois une voie nouvelle pour atteindre mon domicile. Je note des
restaurants à essayer, mais il semble que sur Enric Granados, le choix soit
très varié. Il faudra explorer! Jusqu’ici, j’ai fait preuve de beaucoup de
retenue à cet égard.
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