Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 14 mai 2014

Plages et poupées

Vous me pardonnerez bien mes voyages dans le temps… Parfois j’oublie, parfois je suis très occupée à autre chose et parfois je ne suis tout simplement pas inspirée, même si je vis des choses stimulantes pratiquement chaque jour. Alors je conte ce qui me vient à l’esprit. Je vais et je viens entre les jours.

Samedi dernier, le 10 mai, je suis partie en train pour Sitges, à quelque 40 minutes au sud de Barcelone. L’aller-retour coûte 8,20 euros (autour de 13 dollars). Une enfilade de plages gratuites nous  attend. (À noter que Barcelone a aussi sa plage gratuite, que j’ai arpentée par grand vent, ce jour qui était alors le plus froid de mon séjour pourtant clément sur ce point).
Le bureau d’information touristique distribue une petite carte où sont indiquées les résidences anciennes de la ville, modernistes ou autres, avec nom de l’architecte et date de construction. Ça paraît un peu technique, mais on a beau ne pas vouloir juger sur les apparences, une belle façade, c’est toujours invitant, et la ville en compte une bonne soixantaine. Si je pouvais retrouver la satanée carte, je pourrais confirmer! Nombre de ces résidences sont appelées les cases Americanes parce qu'elles ont été construites pour des Catalans qui étaient partis commercer « aux Amériques » et qui revinrent, fortune faite, montrer un peu de leur succès à la mère patrie.
Je ramasse donc mon exemplaire de la carte et j’entreprends les huit minutes (selon l’indication du gentil préposé) à pied vers le centre ancien de Sitges, judicieusement situé à un jet de sable des plages. Aucune pharmacie ouverte sur le chemin (il est à peine 9 h 30), ce qui fait que j’entreprends mes pérégrinations par 28 degrés ou à peu près sans crème solaire. Je retire très vite polar et chemisier, mais je m’arrête à la camisole. Les naturistes sont les bienvenus sur la dernière des plages, au  nord (non, pas de photo, même si, sans être voyeure, le jeune mec qui sortait de l’eau…), mais je conserve tout de même ma camisole (joli cadeau, d’ailleurs, d’une amie et collègue qui me laissait croire ainsi que j’avais encore le droit de me dénuder un peu). Malgré les digressions, vous aurez peut-être compris qu’au terme de l’excursion, j’avais attrapé mon premier coup de soleil annuel. Mais déjà il n’y paraît plus : je suis bronzée. Bien entendu, loin de moi l’idée de vous provoquer.
Si j’avais pelé, j’aurais poursuivi la ville en justice pour cause d’obligation de sécher au soleil, puisque deux des trois musées sont fermés pour rénovations. De même l’église, pour cause d’oraisons. Les façades restent tout de même à portée de lentille. Et puis quel beau prétexte pour profiter de cette magnifique journée.
Au bout des six plages, je rentre dans les terres pour faire le tour du jardin de Terramar, où je déçois un gamin qui me demandait de l’aider à rouler un énorme tronc d’arbre qui fait office de banc ou de délimitation entre sentier et pelouse. « Je ne peux pas… » « Tu ne peux pas? répète-t-il sur un ton étonné ». « Je ne suis pas assez forte. » Vous auriez dû voir le regard incrédule. Et l’entendre répéter mes motifs à sa mère sur un ton outré…
Après un dîner en plein air, entre une résidence 1894 et un glacier très contemporain, je repars tranquillement vers la gare en photographiant tout ce qui me tombe devant le viseur, et j’arrive devant le seul musée ouvert – le Museu Romántic – en plein à l’heure de l’ouverture. C’est un endroit bien sympathique logé dans la maison Llopis, construite en 1793. L’idée, pas nécessairement originale, est de montrer la vie telle qu’elle était aux diverses époques d’occupation de la résidence par les générations successives de la famille, qui évolua comme l’être humain en général de la mer à la terre, pour finir dans le commerce du malvoisie (vin fait à partir du raisin appelé… malvoisie).
Au deuxième étage, autrefois réservé au personnel, une grande collection de poupées, principalement françaises et allemandes (on peut pratiquement toujours deviner l’origine de ces dernières aux corps plus costauds et aux joues rougeaudes), parsemée de spécimens catalans. Dans une autre salle, la maison a été reproduite à l’échelle en petites maquettes, comme autant de pièces d’une maison de poupées, où ont été dressées des scènes de la vie du XVIIIe ou XIXe siècle.
Deux petits détails amusants : 1) le carrelage du balcon du premier étage intègre un jeu de bis-bis, dont je ne saurais vous expliquer les règles mais qui date, dit la brochure, de l’époque napoléonienne; et 2) la toilette, grand succès auprès des visiteurs-photographes de notre époque, qui remplaça commodément le pot de chambre, mais qui fut reléguée sur le balcon du bis-bis, et qui procurait à la famille, voire aux invités, une belle occasion de « parler des vraies affaires » en petits comités comme vous pouvez le constater. Le tout est en bois, pour bien préserver cachet et bactéries.
Il est temps pour moi de rentrer. À la sortie de la gare, j’emprunte chaque fois une voie nouvelle pour atteindre mon domicile. Je note des restaurants à essayer, mais il semble que sur Enric Granados, le choix soit très varié. Il faudra explorer! Jusqu’ici, j’ai fait preuve de beaucoup de retenue à cet égard.

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