Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 30 avril 2014

Soirée moderniste

Dès la traduction envoyée, je pars comme une flèche vers la Casa Milá (aussi appelée Pedrera ou « carrière » à cause de son apparence extérieure). C’est à environ 30 minutes de chez moi si j’y vais de mon pas martial, s’il n’y a pas trop de ces saudits touristes « dans l’chemin » et pas trop de feux rouges difficiles à enfreindre. Je quitte mon domicile à 17 h 30. Il n’y a plus d’entrées après 18 h 30. J’arrive bien à temps et, à cette heure, il n’y a pas de file au guichet.

Et parlant de guichet… Certes, l’entretien de toutes ces œuvres coûte cher, mais à 16 euros et demi le billet d’adulte et à voir les files sur le trottoir chaque jour, on se dit que le fonds de rénovation doit être assez bien approvisionné! Et justement, la maison est en rénovation et la façade du Passeig de Grácia comme celle du Carrer Provença sont couvertes d’une bâche qui n’imite même pas la façade normale comme j’en ai déjà vu ailleurs. Alors allons-y d'une photo « arrangée », combinant ma façade et celle de ma maison. Comme à chaque occasion de ce genre, je ne suis pas nécessairement peignée de frais...
Peu importe le prix, j’ajoute l’audioguide (4 euros) en version longue, soit 75 minutes (même prix que la courte, quand même). Ascenseur? Pfff! Là, par contre, il y a une file d’attente. Au prix que j’ai payé, je passerai tout le temps possible dans la maison. Allez, on grimpe à pied les huit étages en écoutant le commentaire numéro 1 de l’audioguide.
La Casa Milá est une sorte de « bloc appartements » bourgeois, construit par l’architecte Antoni Gaudí entre 1906 à 1912, à la demande de l’industriel Milá i Camps et de son épouse Rosario Segimon i Artells (non, ce n’est pas une faute de frappe : les dames catalanes ont le droit de s’appeler Rosario sans que personne n’y trouve à redire). C’est donc une œuvre de maturité. Gaudí a désormais son style propre. L’exubérance des courbes et des reliefs fait un peu oublier que chaque détail ou presque de la conception, de la construction et de la décoration a une fonction utile. Le modernisme à la Gaudí est une architecture écologique avant l’heure. Même chez le riche Milá, les ferronneries des balcons sont des assemblages de pièces de métal recyclées. Et trois des cheminées du toit sont couronnées de tessons de bouteilles. De champagne quand même.

Les Milá y avaient leur appartement et louaient les autres. Il y a cinq étages habitables, à raison de quatre appartements par étage, dont les pièces donnent sur un couloir courbe (les courbes si chères à Gaudí) ou en façade, de sorte que chacune bénéficie de la lumière du jour, côté cour ou côté Passeig de Grácia, aujourd’hui comme alors une artère chic de la ville. Enfin, j’ai tout de même noté au passage que la chambre de la bonne, minuscule, n’a pas de fenêtre. Elle reçoit une lumière tamisée par la vitre givrée de la porte et la largeur du couloir.
La visite commence donc par la terrasse, toute en courbes, bien sûr, ondulante de murs et de sol, hérissée d’une trentaine de cheminées et autres reliefs pour faciliter la circulation de l’air. Les rénovations font en sorte qu’il est impossible de voir le Passeig de Grácia en contrebas. J’ai vue sur des briques, et j’ai plaisir à penser que j’ai acheté l’une d’elle avec mes 20 euros d’entrée. Et soudain, dans la direction opposée, j’aperçois pour la première fois in vivo les flèches de la Sagrada Familia. C’est tout de même un choc.
Poursuivons dans l’entre-toit, conçu comme salle de lavage commune au personnel ancillaire des proprios et des locataires. Les courbes de la terrasse sont soutenues par une enfilade d’arches « caténaires » (puisque Gaudí les concevait à l’aide de maquettes à chaînes [catenas]) de différentes hauteurs et largeurs. L’espace est actuellement occupé par une exposition de maquettes, des projections de vidéos sur Gaudí et son temps, des reproductions de meubles, etc. En effet, Gaudí, à la fois ingénieur et architecte, concevait tout, de la structure au moindre bouton de porte. D’ailleurs, poignées et sièges épousent les courbes de l’anatomie.
On peut également visiter un appartement doté d’un mobilier d’époque, installé pour permettre aux visiteurs d’aujourd’hui de voir à quoi pouvait ressembler un intérieur bourgeois du tournant du XXe siècle. Les autres appartements de La Pedrera sont toujours occupés par des particuliers ou des entreprises.
En sortant, je descends sur le Passeig de Grácia et m’arrête pour prendre des photos de deux autres résidences modernistes : la Casa Amatller et la Casa Batlló, œuvres de Puig i Cadafalch et Gaudí respectivement. On peut entrer librement dans le vestibule de la première, assez fabuleux. Si on a un peu de chance, on tombe sur la petite heure qu’y passe chaque jour le guide officieux du lieu, prénommé Frédéric, un catalan absolument maniaque au point d’avoir chez lui plus de 100 livres sur Gaudí, me confie-t-il.
Frédéric s’y connaît donc en styles, en détails architecturaux et en dates. Il aime passer cette petite part de sa journée aux alentours de la maison Amatller pour s’exercer à parler anglais et français. Il le fait en toute simplicité. Après savoir salué les deux Hollandaises qui m’ont précédée sous la verrière, il me propose de me parler un peu de la façade, si j’ai le temps bien sûr. Bof, il me reste un mois et demi. Et le voilà à me décrire les gargouilles, les balcons, les statues et les reliefs, sur fond d’anecdotes sur le couple Amatller. Il ajoute au passage qu’il a rendez-vous chaque année avec un couple de Français, qui fait un pèlerinage annuel à Barcelone sans manquer de lui rendre visite en ce lieu. Il met fin élégamment à l’entretien parce ce que, dit-il, il n’a pas d’aspirine à me donner pour guérir le mal de tête qu’il m’a sûrement causé. Il s’émeut à chaque mot que je prononce en catalan (je l’ai ému six fois, je pense). Ça y est! J’ai trouvé un interlocuteur catalan patient, qui ne se mettrait pas à l’espagnol ou à l’anglais en entendant mon accent étranger! Mais il me faudra un peu de chance : il est grand-père et souvent, il garde ou promène ses petits-enfants, et son horaire est variable.

3 commentaires:

  1. Ève, ça nous rassure de voir aussi TA façade... Tu as l'air de profiter à plein de l'environnement de beauté et de l'architecture délirante de cette ville magnifique! Que la traduction doit te sembler fade...
    Bon 1er mai de travailleuse encensée!

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  2. AAAAh Eve! Tu me fais saliver et voyager! Je garde un très tendre souvenir de Barcelona où s'était réfugié mon Pepe durant la Guerre d'Espagne. Tu savais que Gaudi est mort sous un tramway? Quand tu iras à la Sagrada Familia, porte des talons plats, réserve-toi beaucoup de temps et essaie de trouver un guide en chair et en os. Bises, Raquel

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  3. Hola Raquel,
    Si, sapia per el Gaudi, pero no per el teu avi. Nomes tinc "talons plats" en el meu equipatje! Fins aviat!

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