De la fenêtre du bureau, je vois le Montjuic et, de temps à
autre, l’une des cabines du téléphérique qui y mène depuis le port. Mais j’y
reviendrai. Littéralement.
C’est en effet toujours dans la direction opposée que je
vais en sortant de chez moi. Vers le quartier gothique et romain. Sans oublier
les rues pleines de surprises de la Ribera. On y trouve évidemment des dizaines
et des dizaines de cafés et bars à tapas, mais aussi de petites boutiques de
créateurs (surtout des bijoutiers), au décor parfois assez imaginatif,
et de tout petits magasins où la marchandise se résume à un étalage de deux
mètres. Et c’est dans l’un d'eux que j’ai trouvé le petit veston que je porterai
au concert de guitares au Palau de la Música Catalana.
Si le barri gótic
est toujours très fréquenté, el Born (ou
la Ribera) peut s’arpenter plus
calmement. Mises à part quelques rues prises d’assaut, dont celle où se trouve le
Musée Picasso, les autres sont livrées à la vie quotidienne et à la lessive qui
sèche aux fenêtres. Je traverse les porches et me promène le nez en l’air pour
dénicher les décors sculptés des hautes maisons.
À une extrémité de la Ribera se trouve l’ancien marché du
Born, érigé au XIXe siècle. Il est désormais transformé en centre
culturel et on peut y voir des ruines du XVIIe siècle laissées
au jour au centre du bâtiment dont la belle structure métallique a été rénovée.
Des panneaux explicatifs en catalan permettent de nous situer dans le temps et l'espace. Une librairie axée sur la ville de Barcelone et la Catalogne
ainsi qu'un petit restaurant appelé « El 300 » complètent la visite. Les noms et la
description des plats font pratiquement tous référence aux diverses batailles
de la Guerre de Succession d’Espagne, qui s’est terminée voici 300 ans. Les références sont expliquées au
verso du menu/napperon de papier. Voilà un resto
culturel! La guerre a pris fin avec la chute de Barcelone. Au terme d’un deuxième siège, de près d’un an,
la ville a été prise par un français, le chevalier d'Asfeld. Et c’est depuis le
11 septembre 1714 que la Catalogne appartient à l’Espagne. Curieusement,
c’est ce jour de défaite que la Catalogne s'est choisi comme fête nationale. Essayons d'imaginer ce que furent les célébrations du 11 septembre 2001... Mais ce
300e, on en fait tout un plat. Pas seulement au restaurant qui en porte le nom, comme, d'ailleurs, une bière que l'on y sert et qui a été créée pour l'occasion, mais dans toute la ville (et sans doute dans toute la Catalogne), qui propose des expositions sur un aspect ou l'autre du monde catalan en 1714.
Moi, plus simplement, je me suis battue avec la pâte coriace de ma coca, sorte de pizza carrée dont la garniture, disait le menu (mais
j’ai oublié la bataille de référence), allait sans doute devenir une mode dans
le monde entier. En tout cas, je me suis retrouvée devant un banc de petits
poissons délicatement enchevêtrés sur un nid légumes et de sauce tomate, qui me
regardaient comme si j’avais été Asfeld en personne. Pourtant je suis certaine qu'il était plus déterminé que moi.

Ma victoire sur cette faune inattendue, je l’ai célébrée au
Musée du chocolat, premier musée officiel où j’aie mis les pieds depuis mon arrivée à Barcelone. Quand vous payez le
prix d’entrée, vous recevez une petite tablette de chocolat noir
dont l’étiquette est ornée du drapeau de votre pays. Remarquez qu'on a pensé à la version française de la formule d'accueil adressée aux Canadiens. À l’intérieur (du musée, bien sûr),
un condensé de l’histoire du chocolat (saviez-vous que les fèves de chocolat ont servi de
monnaie aux civilisations mayas et les aztèques?), des publicités anciennes, de belles chocolatières, des
portraits de grands artistes catalans du chocolat et des
sculptures : village des Schtroumpfs, joueurs de foot, tauromachie… Cinq euros,
quand même, c’est un peu beaucoup. Surtout
qu’on ne peut même pas croquer dans la Pietà! J’aurais pourtant bien aimé les oreilles de Christ, pour une fois!
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