On peut rester longtemps à Saint-Ailleurs, étant entendu qu’Ailleurs reste toujours ailleurs, bien sûr. Il suffirait de se fixer pour qu'Ailleurs perde son essence et son charme. « Je passerais bien ma vie ici » me paraît impossible.
En quittant Urbino, je suis retournée vers l’est, sur la côte Adriatique, et me suis arrêtée pour trois nuits dans une toute petite ville côtière appelée Numana, au pied du monte Conero (avec accent tonique sur le premier « o »). La polychromie et le beau temps étaient à nouveau au rendez-vous.
De ma chambre, en m’inclinant un tout petit peu, je voyais la mer. J’avais choisi un joli Bed & Breakfast aménagé par deux sœurs dans la maison de l’arrière-grand-mère paternelle. Pour montrer l’âge respectable de la maison, au-dessus du petit bureau, on a laissé quelques vieilles pierres à nu, comme une sorte de cadre inversé. L’arrière-grand-mère était pescivendola : elle vendait le poisson à la criée dans les rues. C’est d’ailleurs ainsi que la mort l’a saisie un jour. Elle s’est effondrée dans la rue comme en témoigne un article du journal local, encadré et accroché sur un mur de la réception.
En descendant de ma chambre, j’avais environ 300 mètres à parcourir pour parvenir à la plage. La plage de Numana n’est pas très belle. Elle est faite de petits galets qui compliquent la déambulation. Par contre, on peut y louer une chaise longue et un parasol. Au début, je trouvais ces alignements déprimants, mais je dois maintenant admettre que cette conception de la plage me convient : on peut s’allonger pour lire à l’ombre sans embarquer une tonne de sable dans tous les replis de son livre ou de son corps, on dispose d’une tablette circulaire astucieusement fixée à la hampe du parasol et de quelques crochets pour suspendre son t-shirt. On n’a donc pas à s’encombrer de mobilier. Certains parasols sont loués à l’année. Outre les galets, l’inconvénient de la petite plage de Numana, c’est la ronde des vendeurs de rafraîchissements, de colliers, de robes et de chapeaux et de la vendeuse de massages de pieds!
Ces trois matins, je devais aussi sortir pour aller petit-déjeuner au café voisin, en vertu d’une entente avec le B&B. Ces trois matins, saisie dès le seuil par le bleu de la mer, la balustrade blanche et les urnes fleuries, j’avais des envies d’impossibles vacances éternelles.
WOOOOOW!!!!!!
RépondreSupprimerProfites bien de tes derniers jours. Prends du soleil pour nous.
Tu m'as bien fait rire avec tes déboires d'Urbino.
Rachel