Pour un cours de portugais, axé sur la littérature brésilienne du XIXe siècle, j'ai choisi en septembre un roman naturaliste de Aluísio Azevedo intitulé O Cortiço et publié en 1890.
Une révélation! Je commençais à désespérer un peu de mes choix de lectures en portugais, outre Saramago et un autre petit truc dont je reparlerai.
O Cortiço est l'histoire d'une sorte de HLM du XIXe siècle, érigé à Rio de Janeiro, dans le quartier de Botafogo. Le titre est d'ailleurs le nom qu'on donnait à ce genre de construction, mais le mot signifie aussi « ruche ». De fait, l'endroit grouille d'activités, de rumeurs, de jalousies, de passions plus adultères que maritales et de bagarres. La promiscuité est inimaginable! Les propriétaires de ces constructions tendaient à subdiviser « en cubicules de la taille d'une sépulture », écrit Azevedo, chacune des unités d'habitation appelées casulos, soit « cocons ». (voir http://www.jblog.com.br/rioantigo.php?blogid=109&archive=2010-09, dernière photo de la page).
On voit déjà, avec cette ruche et ces cocons la fibre naturaliste de l'œuvre, qui regorge de ces métaphores qui font participer le monde animal et végétal à ces tranches de vie : telle pauvre femme est « abandonnée comme une monture dont on n'a plus besoin pour terminer le voyage », telle autre a « les hanches d'un animal de trait », le son du violon « vous pénètre jusqu'à la moëlle comme la langue d'un serpent », l'homme contracte, dans les bras de sa maîtresse, une « lascivité simiesque ». Même le soleil est pris à partie, comme seul responsable de toutes les métamorphoses qui « brasilianise » l'un des protagonistes, un Portugais, « le rend paresseux et jaloux, ami des extravagances et des abus, porté à la luxure et fait échec à son esprit d'ordre et d'économie »! La nature entière est « l'entremetteuse » qui vole ce Portugais à son épouse légitime pour le jeter dans les bras d'une gitane.
Cette débauche de métaphores m'a paru toutefois plus légère et plus engageante que les descriptions de Zola qui fut le modèle du mouvement naturaliste au Brésil.
Je vous recommande fortement un petit séjour dans ce microcosme, quitte à vous pincer le nez, malgré les grandes améliorations sanitaires que le propriétaire du cortiço apporte à son immeuble quand il le reconstruit après un incendie, le faisant passer de 100 à 400 unités d'habitation et se vante d'y avoir aménagé six latrines, six robinets et trois baignoires.
J'ai lu le roman en portugais (on peut le trouver intégralement sur Internet), mais il a été traduit en français sous le titre Botafogo, une cité ouvrière, peut-être difficile à trouver (les traductions ci-dessus sont de moi), et en anglais sous le titre The Slum: A Novel, accessible sous forme électronique par l'intermédiaire, entre autres, de la bibliothèque de l'Université Laval.
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