Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mardi 12 juin 2012

Des Marches bien briquées

Dès Urbino, ma première ville marchegiana (des Marches), j’ai remarqué, malgré mes émois financiers et « essenciels », l’étrange uniformité chromatique de la ville ancienne. Tous les bâtiments sont en briques brunes, les trottoirs sont en briques brunes et les bancs des parcs sont bruns. C’est d’autant plus frappant que dans ce genre de ville restreinte par la topographie du mont où elle est perchée, les maisons sont pour ainsi dire empilées. Il se trouve que ce jour-là, en plus, le ciel était gris. Ce n’est pas laid, pourtant.


Je suis entrée dans une librairie (croyez-le ou non, j’y entre plus souvent que dans les  bars) et j’ai demandé un livre sur l’évolution du tissu urbain. On ne m’a proposé… que des briques. Bé! Plus de deux mille ans de tissu villanovien et picénien, puis romain et goth ou inversement, ça ne se résume pas en cinquante pages! Mais cinq cent pages sur papier glacé entre couvertures dures, ça m’aurait coûté la valeur d’un billet d’avion, plus trois tendinites et demie à l’épaule porte-bagages, sans même savoir si la réponse s’y trouve.

À ma question plus directe, à savoir, pourquoi une telle uniformité, j’obtiendrai au fil des villes une explication de plus en plus complète. Certes, la brique était le matériau le plus à portée de main, puisque l’argile des vastes plaines entre les monts convenait idéalement à leur fabrication. Mais à Urbino pour le moins, une partie des bâtiments étaient jadis recouverts d’un crépi coloré. Là comme ailleurs, le monochromatisme actuel est dû en partie au dernier grand tremblement de terre en date (1997) dans la région, qui a entraîné un dénudement obligatoire des façades, histoire de constater les dommages. Intéressant et émouvant. Toujours à Urbino, il semble qu’on s’interroge sur l’opportunité de recrépir.


De grands artistes et architectes de la Renaissance, dont on retrouve souvent les noms à Florence et à Rome, ont vécu à Urbino, dont Raphaël (Sanzio, mais il signera ensuite Raphaël d'Urbino). On peut d’ailleurs visiter la maison de sa naissance et de sa jeunesse, à l’architecture bien curieuse puisqu’elle résulte de l’amalgame de deux maisons voisines, l’une ayant été lieu de naissance de son père et l’autre, lieu de naissance de sa mère!

Les Marches ne font pas partie des circuits touristiques habituels et j’y ai vu peu de menus qui ne soient pas exclusivement en italien. Souvent, mes anges des bords de route me répondent en dialecte. Les infinitifs y perdent leur finale et quelques mots leurs consonnes, mais pourvu que je retrouve mon chemin! Et même les désorientés professionnels comme moi comprennent bien « carrefour giratoire » en voyant se créer un tourbillon digital, et « tournez à gauche », en observant l’envol dans cette direction du corps de leur interlocuteur.

 Et dire qu’on m’avait déconseillé de descendre jusqu’à ces Marches.




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