
Dès Urbino,
ma première ville marchegiana (des Marches), j’ai remarqué, malgré mes
émois financiers et « essenciels », l’étrange uniformité chromatique
de la ville ancienne. Tous les bâtiments sont en briques brunes, les trottoirs
sont en briques brunes et les bancs des parcs sont bruns. C’est d’autant plus
frappant que dans ce genre de ville restreinte par la topographie du mont où
elle est perchée, les maisons sont pour ainsi dire empilées. Il se trouve que
ce jour-là, en plus, le ciel était gris. Ce n’est pas laid, pourtant.

Je suis
entrée dans une librairie (croyez-le ou non, j’y entre plus souvent que dans
les bars) et j’ai demandé un livre sur
l’évolution du tissu urbain. On ne m’a proposé… que des briques. Bé! Plus de
deux mille ans de tissu villanovien et picénien, puis romain et goth ou
inversement, ça ne se résume pas en cinquante pages! Mais cinq cent pages sur
papier glacé entre couvertures dures, ça m’aurait coûté la valeur d’un billet d’avion,
plus trois tendinites et demie à l’épaule porte-bagages, sans même savoir si la
réponse s’y trouve.
À ma
question plus directe, à savoir, pourquoi une telle uniformité, j’obtiendrai au
fil des villes une explication de plus en plus complète. Certes, la brique
était le matériau le plus à portée de main, puisque l’argile des vastes plaines
entre les monts convenait idéalement à leur fabrication. Mais à Urbino pour le
moins, une partie des bâtiments étaient jadis recouverts d’un crépi coloré. Là
comme ailleurs, le monochromatisme actuel est dû en partie au dernier grand
tremblement de terre en date (1997) dans la région, qui a entraîné un
dénudement obligatoire des façades, histoire de constater les dommages.
Intéressant et émouvant. Toujours à Urbino, il semble qu’on s’interroge sur
l’opportunité de recrépir.
De grands
artistes et architectes de la
Renaissance, dont on retrouve souvent les noms à Florence et
à Rome, ont vécu à Urbino, dont Raphaël (Sanzio, mais il signera ensuite Raphaël d'Urbino). On peut d’ailleurs visiter la maison
de sa naissance et de sa jeunesse, à l’architecture bien curieuse puisqu’elle
résulte de l’amalgame de deux maisons voisines, l’une ayant été lieu de
naissance de son père et l’autre, lieu de naissance de sa mère!
Les Marches
ne font pas partie des circuits touristiques habituels et j’y ai vu peu de menus
qui ne soient pas exclusivement en italien. Souvent, mes anges des bords de
route me répondent en dialecte. Les infinitifs y perdent leur finale et
quelques mots leurs consonnes, mais pourvu que je retrouve mon chemin! Et même
les désorientés professionnels comme moi comprennent bien « carrefour
giratoire » en voyant se créer un tourbillon digital, et « tournez à
gauche », en observant l’envol dans cette direction du corps de leur
interlocuteur.
Et dire
qu’on m’avait déconseillé de descendre jusqu’à ces Marches.
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