Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

dimanche 13 mai 2012

Opera da salotto

Il pleut et il vente à écorner un doge. Je reste donc dans mon salon-bureau peut-être enfin débarrassé de ses colonnes de fourmis pour revenir de quelques jours en arrière et de quelques pas à l'Ouest, quartier San Marco, entrée terra du palais.

C'est peut-être par là qu'entraient jadis les laquais et autres petits. Ce soir-là, pour franchir ce seuil peu reluisant, il faut payer 60 euros. C'est « Musica a Palazzo » ou le retour d'une tradition née à la fin du XIXe siècle, c'est-à-dire représentation lyrique au salon par quelques chanteurs accompagnés par un petit ensemble (violon, alto, violoncelle et piano). Le palais en question, dont l'entrée acqua donne sur le Grand Canal, s'appelle Barbarigo-Minotto. Ce sont en fait deux palais réunis non seulement par le trait d'union mais par l'architecture, parce qu'il arrive, semble-t-il, qu'un palais ne soit pas assez grand. L'un des plus beaux de son époque, dit le guide-livret, mais l'intérieur dit avoir connu des années difficiles. Les tentures s'effilochent, le terrazzo a perdu des couleurs, et plus d'un mur, ses fresques mais qu'à cela ne tienne : l'expérience est amusante et à défaut d'être du goût du premier Barbarigo, homme de guerre qui revint à Venise en 880 couronné de gloire et les fontes pleines de barbes de pirates après une bataille épique, elle aurait plu à une épouse cultivée et tenant salon, plus tard dans la généalogie.

Le calendrier comporte quatre spectacles : Rigoletto, Il Barbiere di Siviglia, La Traviata et Duetti d'amore. Étant donné les activités déjà à mon programme, j'ai choisi le mercredi, donc Le Barbier de Séville.

Une centaine de personnes se casent dans le portego, c'est-à-dire l'ancien hall d'accueil. Il y a des gens tout à côté des musiciens, l'idée étant de favoriser l'interaction entre chanteurs, musiciens et public. Sur ce chapitre, La Traviata aurait peut-être été mieux, le public formant carrément le groupe d'invités de Violetta qui festoient, coupe de vin à la main. Sur le plan du p'tit boire, par contre, les figurants du Barbier (que nous sommes) peuvent se reprendre à l'entracte.

Le barbier chante son air célèbre en se promenant dans la salle et en faisant semblant d'ajuster une mèche ici une mèche là avant de s'arrêter, perplexe, devant un chauve, au grand plaisir des compagnons de voyage de ce dernier. Étant donné la chaleur, je doute que la victime ait regretté ce soir là de ne plus avoir le cuir chevelu depuis quelques années quand le barbier l'a doté d'une perruque!

Entre le premier et le deuxième actes, nous passons au salon principal pour nous désaltérer d'une coupe de vin frais et tenter de profiter du minuscule balcon surplombant le canal, monopolisé toutefois par un couple qui se photographie et se rephotographie, elle puis lui, puis lui puis elle, en regardant vers la gauche, puis vers la droite, parfaitement imperméables à toute remarque imbibée de sueur des 98 autres personnes.

Le deuxième acte commence dans le Salon Tiepolo, ainsi appelé parce que le plafond conserve une oeuvre de l'artiste, sur le motif classique à l'époque de la noblesse et de la vertu triomphant de l'ignorance. On voit choir l'ignorance entraînant une chauve-souris, symbole du vice. J'ai bien chaud et je m'évente silencieusement avec mon livret, mais Rosine, qui s'en aperçoit, vient me prêter main forte de son éventail tout en continuant son air.

Nouvelle  pause entre la première et la seconde scène de ce deuxième et dernier acte pour passer à la chambre avec alcôve. 

Applaudissements, saluts et retournez, manants, à votre vie « impalatine ».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire