Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

dimanche 22 avril 2012

Caffé lungo

Pas sûr d’aimer les tramezzini ici? Ou les cicchetti là? Faites deux pas et regardez à droite ou à gauche, il y a sûrement un autre café. Vous pouvez continuer comme ça et faire cinq fois le tour de Venise sans passer par les mêmes calli, campi ou fondamente.

Dimanche dernier, je visais un café en particulier, mais j’ai finassé avec le tracé des rues vénitiennes. J’ai finalement raté mon objectif mais réussi ma journée. J’ai abouti sur une petite place, comme il y en a tant et comme il n’y en a pas, tout à la fois. À Venise, pas de place, en effet à part la piazza San Marco, mais des campi, c’est-à-dire des champs. Jadis, ces endroits, qui n’étaient pas pavés, se trouvaient essentiellement devant les églises et servaient à l’inhumation des morts de condition modeste. C’est Napoléon qui a mis fin à cette coutume, et c’est depuis son invasion de la Sérénissime que les morts vénitiens et quelques célébrités internationales se marchent sur les métatarses dans l’île de San Michele. Sur les campi, donc, on voit généralement deux choses : un puits, soit très dépouillé soit joliment sculpté de bas-reliefs, et les tables d’au moins un café. Le premier ne sert plus jamais.

J’arrive donc ce jour-là sur ce campo que je ne saurais d’ailleurs retrouver. Pas de puits, mais un auvent et deux tables. J’entre, commande, et sors m’installer au soleil. Peu à peu arrivent les membres de la famille du barista, qui s’empilent tous à la deuxième table. On sort des chaises. Pas besoin d’autres tables : personne ne consomme; on est là pour se mettre à jour et saluer les gens du coin qui vont aux courses ou au kiosque à journaux. J’ai bien dû relire la même phrase cent fois dans mon journal, mais je ne saurais la répéter. Je peux en revanche vous dire que cette pauvre Maria a toujours bien mal aux jambes et que Pasquà’ n’a pas trouvé de travail. Giuseppe, qui passait sur le campo en poussant un « diable » sur lequel il avait eu l'imprudente idée de transporter son recyclage dans un sac transparent, n’a pas paru goûter l’interpellation du père du barista, selon lequel, sous les bouteilles d’eau bien visibles, il y en avait d’un autre genre.

Les nouvelles ayant été échangées et discutées, on se lève et on se salue en m’incluant dans les ciao buongiorno, ciao ciao ciao ciao ciao.

Aujourd’hui, j’ai finalement trouvé le café que je cherchais la semaine dernière, dans une belle serre classée monument historique. Sur ma table, un petit carton plastifié sur lequel je lis ce qui suit : le Serra Dei Giardini, où je me trouve, pratique une charmante coutume, née à Naples. Quiconque commande un café pour célébrer quelque chose en paie deux, en pensant à ceux qui ne peuvent se l’offrir. De temps à autre, un de ces malheureux entre et demande s’il y a un caffé sospeso, soit un de ces cafés « en réserve », déjà payés. Sympathique, non? Sur une ardoise, je vois qu’il y a ici huit caffé sospesi. 

Moi, j’ai pris un chocolat chaud, alors…
Dai, il me reste cinq semaines pour me reprendre!

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