Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

vendredi 17 octobre 2025

Peniche sur mer

Vendredi 17 octobre 

Dès après le courriel de ma mère m'invitant à la prudence, je décide de ne pas retourner en taxi à l’aéroport prendre ma voiture de location et de faire appel à Uber. On indique le point de cueillette, la destination, ses nom et numéro de portable, son… eh oui, numéro de carte de crédit, et on choisit l’heure qui nous convient parmi les options offertes.

Pourtant, Praça da Figueira, où se trouve mon hôtel, est justement une station de taxis, mais le conducteur qui m’a prise en charge (c’est le cas de le dire), à l’arrivée, m’a volé 15 euros. Je n’ai pas remarqué qu’il ne mettait pas le taximètre en marche et, une fois à destination, il m’a réclamé 30 euros en me montrant un beau tableau plastifié exposant tout un barème de tarifs fixes. Je me suis faite avoir comme une bleue! Il n’existe pas de tarif fixe. D’où mon boycottage de ce matin.

Le système Uber me dit que je recevrai les informations nécessaires sur la voiture et son conducteur ou sa conductrice quelques minutes avant l’heure prévue du ramassage (10 h) et que mon lift n’attendra que 5 minutes. Je sors à 9 h 45 le cœur battant, mais je prends le temps de saluer le fleuriste dont la boutique en bois toute repliable orne le rez-de-chaussée de l’immeuble où j’avais élu domicile pour ces deux jours à Lisbonne. En voyant ces grandes armoires en bois austère, on peine à croire que tout ça s’illumine de couleurs vives quand arrive le monsieur bourru. Il en a forcément assez de voir défiler des valises de toutes tailles dans son réduit. Alors, depuis hier, je fais assaut de politesse : bonjour, bonsoir, vous avez de belles fleurs et, ce matin, un bête « Un autre jour de travail qui commence… » « C’est bien vrai », répond-il, « Je vous souhaite bon voyage. »

Je suis à peine sortie qu’une grosse Peugeot noire se gare devant la pension, mais mon cellulaire reste désespérément muet. Je ne me vois pas approcher un PDG et lui demander si c’est lui mon Uber. Le temps passe. Je me déplace un peu. Rien. Soudain, mon téléphone sonne. Dans un anglais approximatif, un homme me dit qu’il attend devant la pâtisserie Suiça. Ciel, mon PDG! Je me confonds en excuses, j’explique la vaine attente de renseignements supplémentaires, mais je me rends compte qu’il ne m’écoute pas et qu’il attend seulement que je boucle ma ceinture de sécurité. Et que je la boucle, sans doute. Je réussis mieux dans le second cas. Mais je constate qu’en tenant fermement la pièce « entrante » de la ceinture dans le fond du réceptacle, je fais taire l’alerte, et le conducteur cesse de me regarder dans son rétroviseur. En réalité, rien ne s’enclenche. J’ai des crampes dans les doigts quand nous arrivons à l’aéroport. 

Mon PDG, ravi que je ne lui aie pas adressé la parole pendant les 30 minutes du trajet, roule ma valise sur le trottoir et brandit les deux pouces quand je lui souhaite une bonne journée en portugais, à quoi il répond… en français. Bon, qui sait si ce n’est pas un vrai PDG forcé par la conjoncture à se recycler en conducteur Uber! Tout cela pour 16,20 euros.

Cela dit, ce n’est pas à la Suiça que j’ai pris mes deux petits-déjeuners lisboètes, mais à la Confeitaria Nacional, une beauté Art Nouveau de l’autre côté de la place, aux prix étonnamment raisonnables, où les touristes se pressent dès 8 h du matin pour… prendre des photos. Moi, je me suis tapé un bon croissant au beurre le premier jour et un’ toast le lendemain. La confeitaria regorge de pâtisseries sucrées dont raffolent les Portugais (dixit mon professeur) mais, le matin, je suis plutôt beurre… Le tout accompagné chaque fois d’un galão, qui se prononce à peu près comme gallon et qui désigne le plus gros café au lait que les Portugais peuvent imaginer, soit la moitié des nôtres, servi dans une tasse sur pied dont l’anse oblige à lever le petit doigt. Très beauté Art Nouveau! Quand je retournerai à Lisbonne à la fin du voyage, je serai malheureusement loin de ce temple, mais j’irai quand même, quitte à me lever à l’aube.

Quant au titre de ce billet, il vient de ce que je suis rendue à Peniche, à faible distance au ord de Lisbonne. Sitôt descendue de ma propre grosse Peugeot blanche (surclassement… imposé), j’ai été enveloppée d’odeurs de mer et de poissons grillés.

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