Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 1 juin 2016

La journée des rendez-vous manqués

Ce lundi 23, jour de congé, je devais voir plein de monde.

Après que le balcon m’a manqué, Anna devait passer voir les dégâts, mais elle a dû repartir pour Rome au chevet de son frère.
J’avais aussi rendez-vous avec la bibliothécaire du lycée voisin. Enfin, je le croyais.
Depuis que je suis arrivée, je fréquente assidûment les librairies. J’achète quelques livres que je lis à mesure et je cherche à m’en défaire. Je ne veux pas rapporter tout cela à la maison : c’est lourd et je ne relirai jamais tous ces livres. L’expérience m’a montré qu’il est très difficile de tendre un livre à quelqu’un sur la rue pour lui en faire cadeau. Les gens pensent qu’on veut leur vendre quelque chose (littérature subversive, bible des Jéhova, que sais-je?) et ils se sauvent avant que vous ayez eu le temps de leur expliquer quoi que ce soit. À Venise, sur un vaporetto, mon public était plus captif et j’ai réussi à en donner deux ou trois de cette façon. En Espagne, j’en ai donné quelques-uns à un marchand du marché aux livres dominical.
Ici, j’ai commencé par en déposer trois dans l’escalier intérieur avec un petit mot invitant les gens à se servir. En fait, je ne le savais pas encore, mais il n’y a qu’un autre résident dans le palazzo : le type du balcon avec sa femme et son fils. Quinze minutes plus tard, j’ai entendu la porte extérieure s’ouvrir et les pas qui ralentissaient. Zut, pas d’œil magique dans ma porte! Quand je suis sortie ensuite, les trois livres avaient disparu.
J’ai finalement trouvé dans le vieux centre une petite librairie dont le proprio m’a acheté sept ou huit livres à un euro pièce. Hmm pas cher! Des livres en fort bon état et tous très récents! Mais c’est mieux que rien.
Puis en passant devant le lycée comme je le fais pratiquement chaque jour, j’ai pensé que mes gialli et les autres pouvaient enrichir la bibliothèque. Je suis entrée et j’ai expliqué mon histoire. On est allé chercher la bibliothécaire qui s’est dite ravie et a évoqué un échange. Pourquoi pas? Évidemment, le problème de la quantité resterait entier, mais je pourrais éventuellement les lui redonner ou… aller les vendre!   J J’avais donc compris que le lundi matin, j’étais certaine de la trouver au poste. Ce lundi, donc, je me suis présentée avec six livres et un petit papier avec mon numéro de téléphone et mon adresse de courriel, pour le cas où. Eh bien, c’était le cas où, puisque j’avais compris à l’envers et que le lundi, elle n’y était pas. Mais la réceptionniste a ramassé le sac et je n’ai pas osé le lui enlever; elle aurait cru que je ne lui faisais pas confiance. Et depuis, aucune nouvelle! Soit la réceptionniste a tout emporté chez elle, soit la bibliothécaire n’a pas trouvé le papier? Ça, ça me paraît peu plausible. Hélas, je m’attendais presque à une belle discussion et des conseils à la terrasse d’un café! Je m’interroge maintenant : irai-je lui porter les trois que j’ai encore et en profiter pour démasquer la réceptionniste? Est-ce que celle-ci m’empêchera de voir la bibliothécaire pour enrichir sa propre bibliothèque?
Ce soir-là, à la Librairie Feltrinelli, on annonçait une conférence de Francesco Carofiglio, romancier. Je me suis procuré son livre et me suis installée au café de l’établissement. J’étais vingt minutes en avance. Vingt minutes après l’heure prévue, je ne m’inquiétais pas encore : « Nous sommes en Italie, Madame. » Mais une heure après, les gens commençaient à déserter. Puis l’auteur est arrivé… à 21 h. Deux heures de retard. Problème de train, a-t-il expliqué. Eh! Le pauvre avait fini par tout faire ça pour rien : il n’y avait pratiquement plus personne. Pendant qu’on nous offrait un prosecco, M. Carofiglio m’a dédicacé mon exemplaire et je suis repartie. Celui-là, je vais le garder.
Trois rendez-vous manqués.
Grâce à mes voyages en train et à mes deux ou trois heures sans sommeil chaque nuit, j’ai lu vingt-deux livres en italien depuis mon arrivée. J’en suis à une presque autobiographie d’Ennio Morricone.

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