Anna, ma proprio, m’a donné rendez-vous en après-midi, pour
faire ce qu’il me restera de l’itinéraire. Depuis mon arrivée, j’ai cherché à
en obtenir l’itinéraire. Voici deux semaines, le préposé de l’un des bureaux de
tourisme de la ville m’a expliqué qu’il arriverait seulement deux ou trois
jours avant l’événement parce que, autrement, les touristes le prennent,
puisqu’il est gratuit, sans comprendre de quoi il s’agit, et en vain parce que
le jour dit, ils ne sont plus à Lecce. Maudits touristes!
La journée promet d’être chaude et peuplée! Après mon classique
petit-déj All’ombra del Barocco en compagnie du journal Le Monde Weekend, je commence la tournée à l’envers, par le no
28 de la liste, le plus au sud du parcours. J’ai eu raison. La majeure partie
des gens commencent logiquement par le no 1. De fait, les
logiques et les illogiques se croiseront au beau milieu du circuit, à l’heure
de la fermeture des cours et de la longue pause pranzo.
Comme nous sommes en Italie, le premier palais ouvre 20
minutes après les 10 h officiellement annoncées… J’allais me diriger vers
le second quand un gamin d’environ 10 ans vêtu de son uniforme scolaire très
Saint-Louis-de-Gonzague m’interpelle et me propose de me raconter l’histoire du
palazzo Carrozzini.
– Vous préférez l’anglais, l’espagnol ou l’italien?
– Vraiment, tu peux me dire tout ça dans l’une de ces trois langues?
– Oui, c’est un programme spécial à l’école. Chaque année, on participe aux Cortili aperti et il faut être capable de dire le commentaire et de répondre aux questions dans ces trois langues.
– Vraiment, tu peux me dire tout ça dans l’une de ces trois langues?
– Oui, c’est un programme spécial à l’école. Chaque année, on participe aux Cortili aperti et il faut être capable de dire le commentaire et de répondre aux questions dans ces trois langues.
Impressionnant!
À la fin de son laïus, je lui demande si je peux entrer dans
la cour.
- Heu… non, c’est fermé.
Mais il ne pointe pas dans la direction indiquée sur mon
plan.
- Ben non, piazzetta Giambattista del Tufo, c’est là
derrière…, dis-je.
- Non, c’est là.
- Selon moi et ce plan, la place que tu indiques, c’est la piazza Vittorio Emanuele II…
- Non, c’est là.
- Selon moi et ce plan, la place que tu indiques, c’est la piazza Vittorio Emanuele II…
Une dame arrive à ce moment et récupère le jeune cicérone en
lui disant que l’équipe doit se tenir devant la porte du palais. Mais un palais
ça a plusieurs portes et lui était convaincu d’être devant la bonne. Et de
toute façon, son commentaire sur le décor et l’ornementation des fenêtres était
aussi pertinent de ce côté-là. Je m’empresse de dire à la dame que le gamin,
tout gêné par l’imbroglio, a été une précieuse source d’information et que je
suis impressionnée par cette belle initiative.
Allez hop, palais suivant!
Les nobles demeures ont toutes été construites à la même
époque ou à peu près – le XVIIe siècle – beaucoup sur des plans
d’un même architecte appelé Emanuele Manieri. Mais qu’est-ce qu’il a dû faire
comme fric! On s’étonne même qu’il n’y ait pas de palazzo Manieri! Peut-être
a-t-il préféré s’installer ailleurs pour ne pas avoir à répondre aux
récriminations interminables de ses clients.
À propos, j’ai terminé hier un roman de l’Italien Sebastiano
Vassali, mort l’an dernier. Le livre s’intitule Cuore di pietra (cœur de pierre) et la protagoniste est,
précisément, une noble maison dont nous suivons l’évolution au fil des siècles.
Tout à fait à propos! Et ce Vassali, mort l’an dernier, a été l’occasion d’une
amusante discussion, voici quatre ans, à Faenza. C’est quelque part sur ce
blogue, d’ailleurs.
Les descriptions sont parfois trompeuses, comme celle de la
Villa Rosaria, dimora muratore ou
maison des murailles, qui sera le terme de ma promenade matinale. Le texte dit
que « du salon, on peut voir une portion de la muraille messapienne ou
romaine ». Sauf que nous n’avons pas accès audit salon! Tout au plus
peut-on voir l’étrange jardin, divisé en deux portions par les aléas du temps
et de la fortune des propriétaires. Le jardin gauche et le jardin droit ne
communiquent plus désormais que par l’avant. Alors question de muraille, passez
votre chemin!
Le palazzo Tamborino est le plus spectaculaire, pour ce qui
est des parties visibles. Il est habité depuis des siècles par la même famille,
qui a constitué un petit musée privé pour se faire un petit revenu. Les trois
euros du prix d’entrée découragent la majeure partie des visiteurs. Après tout,
la publicité de l’événement dit bien que les visites sont gratuites. Ils
n’écoutent donc même pas la jeune guide qui leur dit qu’ils peuvent toutefois
visiter gratuitement le jardin, à l’angle. C’est un petit musée d’allure
familiale, composé des collections du propriétaire actuel, Don Fernando.
J’apprendrai ce soir que la famille est amie de ma propriétaire et de son mari,
puisque l’épouse de Don Fernando est une collègue d’université de Cosimo.
- Tu les as vus? me demande Anna.
- Je ne crois pas… Personne n’avait l’air d’un noble propriétaire parmi les gens qui étaient dans le jardin au moment où j’y étais!
- Je ne crois pas… Personne n’avait l’air d’un noble propriétaire parmi les gens qui étaient dans le jardin au moment où j’y étais!
Si j’avais su, j’aurais demandé à la ronde : « Don
Fernando? Hou-ou, Don Fernando?
| La cuvette de Don Fernando |
Mais j’aurai vu les toilettes antiques de Don Fernando et de
son épouse qui fonctionnaient (les toilettes), non pas par gravité, mais avec
un système d’eau courante, sissignore, voyez
la pédale à gauche de ce qui ressemble à une chic jardinière majolique.
La promenade montre à quel point Lecce a été riche. C’était
une ville de latifundistes, ces riches propriétaires terriens, qui laissaient
leur exploitation (les masserie qui
ponctuent la campagne environnante) aux soins d’un intendant et qui érigeaient
les villes de palais où ils comptaient leur argent et s’amusaient.
Après un bref dîner au Caffé Paisiello, devant le théâtre du
même nom, je vais reprendre mon souffle chez moi et confirmer mon rendez-vous
avec Anna.
Quand je la rejoins sur la piazza Sant’Oronzo, sous un
soleil encore très généreux, elle prend les choses en main. Elle me pilote dans
les rues décidément beaucoup moins encombrées, me lit les descriptions sitôt le
portail passé et coche consciencieusement le numéro du palais à peine visité
sur la carte en me rendant tout aussi consciencieusement le stylo chaque fois.
Finalement, nous voici tout au nord. Après une intéressante
« modeste » maison à cour », ne reste que l’institut d’art. À
l’orée de la rue De Pietro, Anna veut m’entraîner à gauche.
- Heu… Je crois que c’est à droite.
Elle me regarde avec surprise. Après tout, elle vit là depuis
35 ans!
- Ben, c’est précisément mon circuit de jogging, dis-je, et
je vois chaque fois que je cours la façade de l’Institut et je suis certaine
que c’est à droite…
| Un stationnement tout neuf mais abandonné |
| Un faux livre en papier mâché |
| Le puits du Sémimaire |
Et à propos d’art, à l’ancien séminaire, dans l’une des
salles qui entourent le cloître où se dresse un très joli puits Renaissance que
je réussirai à photographier quand enfin la touriste japonaise arrivée juste
avant moi aura fini de pixelliser le moindre millimètre de décoration, je vois
un faux livre magnifiquement sculpté en papier mâché. On peut décidément faire
des merveilles avec ce matériau, et pas seulement le terrifiant buste de Mère
Teresa que je vois à la porte d’une boutique de souvenirs chaque fois que je
rentre chez moi après une tournée dans le centre historique.
Retour au centre au terme des cortili aperti, où Anna m’invite à l’apéritif. Qui, étant donné la
quantité de crostini, croustilles,
olives et tout le reste, me servira de souper. Malheureusement, elle apprend
pendant nos libations que l’état de son frère, à Rome, s’est détérioré. Elle
conserve son sourire et poursuit ses commentaires et ses conseils généreux
jusqu’au lieu où nos chemins se séparent. Elle va vers sa voiture et moi à son bel
appartement.
Avant d’y arriver, j’ai le temps de voir le coucher de soleil illuminer la façade blonde du palazzo del governo et de l’église Santa Croce. Il fait encore très chaud, mais je suis ravie d’avoir goûté mon Saint-Ailleurs jusque dans ses fonds de cours.
Avant d’y arriver, j’ai le temps de voir le coucher de soleil illuminer la façade blonde du palazzo del governo et de l’église Santa Croce. Il fait encore très chaud, mais je suis ravie d’avoir goûté mon Saint-Ailleurs jusque dans ses fonds de cours.
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