Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

jeudi 12 mai 2016

Lecce fantastica

Quand je prépare un voyage, je fais mille et une recherches sur Internet, comme tout le monde désormais, mais je demande toujours à Google de me dire que faire « hors des sentiers battus ». Il y a évidemment des tonnes de blogueurs (engeance  ;-) ) qui veulent impressionner et qui présentent le forum romain comme étant hors des sentiers battus (j’exagère à peine), mais à force de patience, on trouve au moins quelques références dignes d’intérêt. Si je n’ai pas trouvé avant de partir, je fouille dans les librairies en arrivant. (Comme si j’avais besoin d’une excuse pour fouiller une librairie…)

C’est ainsi qu’en mars dernier, j’ai trouvé ce titre : Guida della Lecce fantastica, que j’achète à ma librairie préférée, celle qui se double du restaurant All’ombra del Barocco. La promesse : une promenade dans le centre historique agrémentée de légendes et de superstitions. Dernière impression en 2013, mais le texte doit remonter à plus loin parce qu’il semble que les numéros de portes ne correspondent plus.

Bon, j’ai déjà trouvé mieux, mais le livre a le mérite de m’entraîner dans des ruelles que je n’aurais pas empruntées de moi-même. Il n’est pas toujours évident que derrière cette avancée d’un coin de palais, il y a une arche qui ne mène pas à une cour privée, mais bien à une autre ruelle et à une autre cour et etc.

Dimanche dernier, donc, je me suis dirigée vers le cimetière SS Nicola e Cataldo. L’église qui le jouxte est un bijou artistique dit-on, mais comme elle est hors du circuit touristique, elle est rarement ouverte parce que la présence d’un gardien ou d’un guide coûterait trop pour trop peu de visiteurs. Mais dimanche, il y a la messe et la meilleure façon de visiter une église est bien d’aller à la messe. En plus, j’adore réciter le Notre Père en français et dérouter jusqu’à l’anathème toute la paroisse qui a décelé l’étrangère qui ose raconter n’importe quoi pendant les prières. Et si le prêtre nous invite à nous souhaiter la paix en fin de messe, c’est encore mieux! Je ne sais trop pourquoi, mais le réflexe me vient en latin et je serre avec entrain des mains molles ou humides d’angoisse ou sèches de rejet ou tout cela en même temps en y allant d’un allègre Pax vobiscum!

Mais rien de tout ça ce matin. J’ai le plaisir de voir que l’église est bel et bien ouverte et je m’y installe discrètement au dernier rang. Mon signe de croix ne rassure pas vraiment. Je sens les regards sur moi. Je lève le nez vers ma raison d’être ici : des fresques aux couleurs vives qui couvrent la moindre parcelle de plafond, de chapiteau, de colonne, de pilastre et de tout le reste du vocabulaire architectural. Photos interdites, il va sans dire. À un moment j’ai fini par craindre que des fidèles distraits jettent un euro dans ma bouche béante d’admiration.

Mais voilà 15 minutes que j’y suis et il ne se passe rien sinon quelques tentatives de chant presque choral, dont les trois protagonistes jouent une sorte de cloche-pied – cache-cache musical. Bref, question d’ensemble, on repassera.

J’ose donc approcher ma voisine de banc.

- Pardon, c’est une messe dominicale ou un autre genre d’office?
- Je n’en ai aucune idée, je suis protestante.

Fichtre. Sitôt sortie, je dénoncerai cette hérétique.

Je referme la bouche et je sors. Il fait trop chaud pour attendre la fin d’un éventuel office dans l’espoir de prendre des photos.

J’ouvre mon Lecce Fantastica et j’entreprends la tournée du centre historique de ma ville par fantômes interposés. J’ai à peine admiré les toiles qui masquent l’Ospedale Santo Spirito en rénovation qu’un café plein de pâtisseries démoniaques se glisse entre les pages 8 et 9.

Pause petit-déj.

Bon, je repars. Je suis au beau milieu de la via Galateo, piétonnière, et je tente de concilier mon guide ésotérique et ma carte de la ville, en quête de la corte delle Canne où je devrais trouver une chapelle dédiée à Santo Stefano, qui sera sûrement fermée, mais où se trouve, dit-on, une magnifique crèche, l’une des premières des Pouilles, raconte le guide maudit. Mais elle est où cette $#%?&*(7 d’entrée de cour del…

Et c’est alors qu’un ange m’interpelle.

- Signora?

Je regarde vers le ciel. De fait un ange m’adresse la parole :

- Signora, puo andare la dietro, è aperto. (Madame, vous pouvez aller là derrière, c’est ouvert.)
- Grazie Signorina!

Suivant les indications de l’ange, je découvre une enfilade de cours. Question de chapelle, je ne suis pas certaine. Ce que je vois au bout des différentes petites cours a davantage l’air d’un garage. Au sommet, j’aperçois une version pétrifiée de mon ange tandis que j’entends sa version en chair et en os défendre auprès de sa mère son intervention auprès des pèlerins perdus.

Quand je reviens dans via Galateo pour remercier la fillette de 5 ou 6 ans au teint brun et au magnifique  visage tout pénétré de sagesse, elle a disparu.
S’il est un endroit où je dois retourner dans le petit centre historique de Lecce, c’est bien celui-là! Un ange y attend des remerciements plus sentis pour avoir donné tout son sens à la Lecce fantastica.

 

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