Quand je prépare un voyage, je fais mille et une recherches
sur Internet, comme tout le monde désormais, mais je demande toujours à Google
de me dire que faire « hors des sentiers battus ». Il y a évidemment
des tonnes de blogueurs (engeance ;-) )
qui veulent impressionner et qui présentent le forum romain comme étant hors
des sentiers battus (j’exagère à peine), mais à force de patience, on trouve au
moins quelques références dignes d’intérêt. Si je n’ai pas trouvé avant de
partir, je fouille dans les librairies en arrivant. (Comme si j’avais besoin
d’une excuse pour fouiller une librairie…)
C’est ainsi qu’en mars dernier, j’ai trouvé ce titre : Guida della Lecce fantastica, que
j’achète à ma librairie préférée, celle qui se double du restaurant All’ombra
del Barocco. La promesse : une promenade dans le centre historique
agrémentée de légendes et de superstitions. Dernière impression en 2013, mais
le texte doit remonter à plus loin parce qu’il semble que les numéros de portes
ne correspondent plus.
Bon, j’ai déjà trouvé mieux, mais le livre a le mérite de
m’entraîner dans des ruelles que je n’aurais pas empruntées de moi-même. Il
n’est pas toujours évident que derrière cette avancée d’un coin de palais, il y
a une arche qui ne mène pas à une cour privée, mais bien à une autre ruelle et
à une autre cour et etc.
Dimanche dernier, donc, je me suis dirigée vers le cimetière
SS Nicola e Cataldo. L’église qui le jouxte est un bijou artistique dit-on,
mais comme elle est hors du circuit touristique, elle est rarement ouverte
parce que la présence d’un gardien ou d’un guide coûterait trop pour trop peu
de visiteurs. Mais dimanche, il y a la messe et la meilleure façon de visiter
une église est bien d’aller à la messe. En plus, j’adore réciter le Notre Père en
français et dérouter jusqu’à l’anathème toute la paroisse qui a décelé
l’étrangère qui ose raconter n’importe quoi pendant les prières. Et si le
prêtre nous invite à nous souhaiter la paix en fin de messe, c’est encore
mieux! Je ne sais trop pourquoi, mais le réflexe me vient en latin et je serre
avec entrain des mains molles ou humides d’angoisse ou sèches de rejet ou tout
cela en même temps en y allant d’un allègre Pax
vobiscum!
Mais rien de tout ça ce matin. J’ai le plaisir de voir que
l’église est bel et bien ouverte et je m’y installe discrètement au dernier
rang. Mon signe de croix ne rassure pas vraiment. Je sens les regards sur moi.
Je lève le nez vers ma raison d’être ici : des fresques aux couleurs vives
qui couvrent la moindre parcelle de plafond, de chapiteau, de colonne, de
pilastre et de tout le reste du vocabulaire architectural. Photos interdites,
il va sans dire. À un moment j’ai fini par craindre que des fidèles distraits
jettent un euro dans ma bouche béante d’admiration.
Mais voilà 15 minutes que j’y suis et il ne se passe rien
sinon quelques tentatives de chant presque choral, dont les trois protagonistes
jouent une sorte de cloche-pied – cache-cache musical. Bref, question
d’ensemble, on repassera.
J’ose donc approcher ma voisine de banc.
- Pardon, c’est une messe dominicale ou un autre genre
d’office?
- Je n’en ai aucune idée, je suis protestante.
Fichtre. Sitôt sortie, je dénoncerai cette hérétique.
Je referme la bouche et je sors. Il fait trop chaud pour
attendre la fin d’un éventuel office dans l’espoir de prendre des photos.
J’ouvre mon Lecce
Fantastica et j’entreprends la tournée du centre historique de ma ville par
fantômes interposés. J’ai à peine admiré les toiles qui masquent l’Ospedale
Santo Spirito en rénovation qu’un café plein de pâtisseries démoniaques se
glisse entre les pages 8 et 9.
Pause petit-déj.
Bon, je repars. Je suis au beau milieu de la via Galateo,
piétonnière, et je tente de concilier mon guide ésotérique et ma carte de la
ville, en quête de la corte delle Canne où je devrais trouver une chapelle
dédiée à Santo Stefano, qui sera sûrement fermée, mais où se trouve, dit-on,
une magnifique crèche, l’une des premières des Pouilles, raconte le guide
maudit. Mais elle est où cette $#%?&*(7 d’entrée de cour del…
Et c’est alors qu’un ange m’interpelle.
- Signora?
Je regarde vers le ciel. De fait un ange m’adresse la parole :
- Signora, puo andare la dietro, è aperto. (Madame, vous
pouvez aller là derrière, c’est ouvert.)
- Grazie Signorina!
Suivant les indications de l’ange, je découvre une enfilade
de cours. Question de chapelle, je ne suis pas certaine. Ce que je vois au bout
des différentes petites cours a davantage l’air d’un garage. Au sommet, j’aperçois
une version pétrifiée de mon ange tandis que j’entends sa version en chair et en
os défendre auprès de sa mère son intervention auprès des pèlerins perdus.
Quand je reviens dans via Galateo pour remercier la fillette
de 5 ou 6 ans au teint brun et au magnifique
visage tout pénétré de sagesse, elle a disparu.
S’il est un endroit où je dois retourner dans le
petit centre historique de Lecce, c’est bien celui-là! Un ange y attend des remerciements plus sentis pour avoir donné tout son sens à la Lecce fantastica.
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