Dernière fin de semaine à Barcelone. J’ai un étrange
sentiment d’urgence. J’ai vu tous les musées que je voulais voir et d’autres
encore, mais chaque fois que j’ouvre un guide (j’en ai acheté une collection du
genre Secrets de Barcelone, Les rues de Barcelone et je ne sais quoi
encore), je lis une anecdote ou je vois une photo sur toutes sortes de détails
architecturaux et du coup je voudrais tout voir. Mais ça prendrait un an.
Ce matin de mon dernier samedi, donc, j’ai commencé par
aller courir. Je ne dirai jamais assez tout le bien que j’en tire. Hier, après
une semaine sans jogging, je me trouvais vieille et tout et tout et j’ai passé
la soirée le dos courbé par ma décrépitude. Ce matin, après le jogging, j’avais
presque du mal à ne pas toucher le pommeau de douche de la tête tellement l’exercice
m’avait redressée (malgré les six étages qu’il m’a fallu grimper à pied ensuite
parce que l’ascenseur est en panne - « Ascensor fuera servicio –
Ascenseur de service » peut-on lire sur l’avis).
Douchée et rassasiée par une rôtie de « pá medieval »
(assez dense merci), je suis repartie d’où je venais, mais en marchant
lentement, cette fois, sous un beau soleil et 24 degrés. Mission :
photographier le détail… Je vais sans doute découvrir que j’ai cinq photos des
trois cheminées conservées pour commémorer le passé industriel de Barcelone,
bien visibles sur le ciel de la Paral.lel (le point entre les deux l
fait que le mot, en catalan ou en castillan se prononce comme en français;
autrement, deux l de suite se prononcent comme un y) et quatre de la marina du
Port Vell (vieux port), mais qu’à cela ne tienne.
Tiens, quand je vendrai ma maison, je me trouverai un
appartement près du fleuve. C’est beau un fleuve et c’est bien de pouvoir y
accéder rapidement pour la promenade.
Petit détour vers la tour Sant Jaume, normalement escale du
téléférique qui va du port au Montjuïc. Hélas hélas, la tour est fermée jusqu’à
nouvel ordre. Il ne reste donc que deux stations : Sant Sebastiá et
Montjuïc. Note à moi-même : c’est par là que je rentrerai de ma promenade.
Tous les samedis, il y a une petite brocante sur le port. J’ai
longuement regardé les dessins à un stand, sans rien trouver qui vaille de
casser ma tirelire. Ouf. Pas non plus de petit cadre en argent ou en étain.
Re-ouf. La promenade est semée de sculptures et de stands de toutes sortes.
Artisanat (éternels bijoux de bimbeloterie, éventails plastique et tissu peint,
ceintures cloutées, etc.) Et… Était-ce là avant? Un stand promotionnel sur la
Galice, petite province espagnole à la frontière du Portugal. Justement, je me
demandais hier si j’allais me rendre jusque-là pendant les vacances. C’est loin
et je craignais que ce soit le genre d’endroit où il faut parcourir 300 km pour
voir une seule église romane et encore, de loin parce que les ruines sont en
réparation… Je ramasse quelques brochures (étonnant ce qu’on peut faire de
brochures pour une si petite région!) et alors que je consulte l’horaire des
dégustations, je suis happée par la dame qui m’invite à entrer, c’est gratuit,
installez-vous à gauche s.v.p., vous allez voir c’est délicieux.
Oui, mais c’est en castillan! La première surprise, c’est
que je comprends presque. La seconde, c’est le gros morceau d’écorce de citron dans
l’un des verres placés calice contre table si j’ose dire. Nous avons droit à un
repas complet en miniature. Le truc du citron, c’est pour mettre les gens en
garde contre l’habitude de ranger ses verres calice contre tablette, justement.
Ils gardent l’odeur du fond de tablette. En général, toutefois, il suffit de
les agiter de quelques coups de poignet, explique heu… son nom se termine en « ou »
(c’est celui de gauche), pour éliminer l’odeur. Bien important de le faire
avant de verser le vin. Pour ne pas renverser ce dernier, mais aussi pour
éviter d’en changer le goût.
Ensuite, un p’tit coup de Valdeorras, version blanc, pour
accompagner la verrinette de pieuvrettes en sauce poivron et paprika érigée d’un
mini-poireau. Ben oui, j’aurais dû photographier aussi, mais comme j’étais au
premier rang, je ne voulais pas faire de gaffe, je voulais tout comprendre et
bien goûter. Il ne me restait plus de neurone ni de main pour les photos. Bon
comme tout. Et le Valdeorras a un petit goût citronné. Et les serveurs sont
généreux sur la rasade… Et moi, bien entendu, je suis raisonnable. Je ne
conduis pas, mais il me semble tout à coup que l’appart est loin.
Deuxième service : carpaccio de beau ternera de Galice, le bœuf le plus
heureux du monde selon Álvaro, chef cuisinier et propriétaire de resto, à droite
sur la photo. En tout cas ils me rendent heureuse (le bœuf et le chef). La
chose est présentée sur une tranche de pain (de Galice, évidemment) très très
très mince, toastée et couronnée d’une ou deux feuilles de roquette arrosée d’huile
d’olive (tous ensemble : de Galice). Accompagnée d’un Valdeorras version
rouge.
Troisième service : tiramisu (amusant ces références
italiennes!) au fromage Sant Simon (de… vous savez où) accompagné des deux
vins. Allez donc! Mais je préfère nettement la version blanc, qui prend tout à
coup un petit goût de Moscatel. Le rouge ne me revient pas du tout. C’est
malheureux parce que, à l’invitation d’Álvaro, qui nous incitait à goûter le
dessert avec les deux, j’avais demandé une gouttelette au serveur, qui m’a
quasiment versé un demi-verre. Bof, le temps que tout le monde finisse, qui de
ramasser, qui de poser des questions et qui de faire tirer un sac de provisions
galiciennes, j’ai regoûté le p’tit rouge accompagné de rien.
Et pour le tirage, le temps de ramasser mon courage pour lever
la main et répondre « 10 » à la question : « Combien de
litres de lait de belle vache galicienne faut-il pour produire un kilo de Sant
Simon », le sac était attribué à un type derrière qui avait répondu 12. Pas
de regret.
Et vive la Galice!
Mais ce n’est pas tout. Je sors sous le soleil et mes jambes
cotonneuses me conduisent jusqu’à la Barceloneta, dont je vous ai un peu
entretenus, je crois. Vous savez? L’ancien village de pêcheurs maintenant
intégré à Barcelone, qui donne sur la mer et qui offre une longue plage de
sable? Bref, je vais d’abord côté « village ». Il semble qu’il y aura
fête ce soir. On s’affaire à suspendre les guirlandes de fanions colorés sur la
place Sant Miquel et sur la place du marché.
Je suis ravie de tomber sur la toute petite rue Andrea Dória,
dont parle l’un de mes quarante-douze guides, intitulé Els Secrets dels Carrers de Barcelona. La rue s’est d’abord appelée
del Cementiri (du Cimetière), puis de l’Alegria. Tout un changement! À l’angle
avec la place du marché, il y a une statue, à quelque 15 pieds du sol. Dans le
quartier, dit le guide, on l’appelle el
negre de la Riba (le nègre de la rive). Elle a l’air d’une antique figure
de proue ravagée par le feu, mais c’est en réalité une œuvre récente, en fibre
de verre, fabriquée par un atelier local spécialisé dans les décors de théâtre.
Elle a été installée là en 2003 pour célébrer les 250 ans du quartier. C’est
tout de même une réplique exacte d’une authentique figure de proue qui se trouve
au Museu Marítim depuis 1934 et qui représente non pas un Noir mais… un
Iroquois! Elle ornait un brigantin qui aurait brûlé au XIXe
siècle dans le port de Barcelone. Pendant quelque vingt ans ensuite,
elle va décorer la devanture d’un entrepôt, sur le quai du Levant, toujours à
Barcelone. Puis, elle passera aux mains d’un marchand de vins et s’éloignera
petit à petit de la mer au fil des changements de propriétaire, avant de
trouver refuge audit musée, près du port, tout comme sa reproduction.


Quelques pas plus loin, voici « La mas antigua taverna
del port » : Can Ramonet. 250 ans d’histoire nous regardent, clame un
panneau à l’intérieur. Oui, je suis entrée : voilà bien 10 minutes
que je n’ai pas mangé. [Bon Word me demande d’accorder « mangé » avec
minutes…] Je demande à la serveuse si je peux y aller de quelques tapas seulement. Bien sûr, me dit-elle,
ces gens-là s’en vont bientôt, si vous voulez attendre un petit peu…
Volontiers. Elle va donc m’installer à une barrique pour moi toute seule et non
au minuscule bar entre l’aquarium et la glacière! Et j’ai droit moi aussi, comme
tous les couples et tous les groupes, de me jucher sur un tabouret trop haut
pour la barrique, sans espace pour caser les jambes! Et j’en suis absolument
ravie! Il y a des anchois au menu (entre autres). – Je pourrais avoir des
anchois (anxovias) blancs? – Ah, ce
ne sont pas des anxovias mais des boquerones. Goût plus délicat que les
noirs. (Je sais, il y en avait dans la tonne de tapas que mes neveu et nièces et moi-même avons commandée à l’Ateneu…)
En catalan, dit Carla, c’est seitons.
– Va pour les seitons. Et le pop galego, c’est portion groupe ou… -
Non, non, ici tout est portion tapa pour un. Et hop! Le pop en question, c’est du poulpe ou de la pieuvre tranchée mince,
bien assaisonnée de sel et de paprika, sur lit de pommes de terre. Dé-li-cieux.
Et vive la Galice!
Le temps s’est assombri, une fois de plus depuis trois
jours. Je remonte par le Parc de la Ciutadela, un bel espace vert (plutôt rare
à Barcelone) qui, en 1888, a accueilli les pavillons de la première exposition universelle
de la ville, une fois débarrassé de la citadelle éponyme, triste symbole
de l’oppression militaire castillane pour les Catalans. La construction de la citadelle
avait d’ailleurs entraîné l’expulsion des pêcheurs qui vivaient là et qui
furent recasés à la Barceloneta du paragraphe précédent. Il reste quelques
pavillons de l’exposition, transformés en serre et en musée (toujours fermés
quand j’y passe), et l’arc de triomphe, qui en était la porte d’entrée. On y
voit également le Parlement de Catalogne, installé dans un ancien arsenal. Tout
ce qui reste de la citadelle, c’est la chapelle construite en 1720 et
maintenant appelée « Parroquia Castrense » (genre « église
paroissiale du château »).

Le tonnerre gronde, mais j’aperçois un vaste monument. Voici
la fontaine, au pied de laquelle clapotent quelques tortues. Ça y
est : la pluie. Oui, mais il y a un escalier… Je dois monter! Une autre
belle surprise de Barcelone. Construite elle aussi pour l’exposition sur des
plans de Josep Fontseré, peut-être agrémentée de quelques interventions de
Gaudí. Et si on n’a pas envie de poulpe à la galicienne, on peut toujours
apporter son pique-nique : il y a des bancs à l’ombre derrière la
fontaine.
Bien entendu, je suis rentrée sous la pluie, d’autant qu’en
sortant du parc, j’ai voulu grimper jusqu’à la librairie Laie, à la recherche du
premier livre de l’inspectrice Foraster de Teresa Solana. J’ai lu le second… Une
petite lecture facile en catalan. Et bien sûr, plus question de téléférique, mais il
me reste six jours pour l’essayer.
Plus que six jours de billets qui comblent les yeux et le coeur... :(
RépondreSupprimerMerci, Ève, d'avoir fait respirer mon âme en cette fin de session... :)
Natcho
Qui sait dans quelque village perdu de la Galice pousse une tige de wifi qui me permettra de publier une ou deux vagabonderie...
SupprimerEt merci à toi pour la compagnie!
Vagabonderies, voulais-je écrire.
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