Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

samedi 31 mai 2014

La Galice à portée de vins

Dernière fin de semaine à Barcelone. J’ai un étrange sentiment d’urgence. J’ai vu tous les musées que je voulais voir et d’autres encore, mais chaque fois que j’ouvre un guide (j’en ai acheté une collection du genre Secrets de Barcelone, Les rues de Barcelone et je ne sais quoi encore), je lis une anecdote ou je vois une photo sur toutes sortes de détails architecturaux et du coup je voudrais tout voir. Mais ça prendrait un an.

Ce matin de mon dernier samedi, donc, j’ai commencé par aller courir. Je ne dirai jamais assez tout le bien que j’en tire. Hier, après une semaine sans jogging, je me trouvais vieille et tout et tout et j’ai passé la soirée le dos courbé par ma décrépitude. Ce matin, après le jogging, j’avais presque du mal à ne pas toucher le pommeau de douche de la tête tellement l’exercice m’avait redressée (malgré les six étages qu’il m’a fallu grimper à pied ensuite parce que l’ascenseur est en panne - « Ascensor fuera servicio – Ascenseur de service » peut-on lire sur l’avis).
Douchée et rassasiée par une rôtie de « pá medieval » (assez dense merci), je suis repartie d’où je venais, mais en marchant lentement, cette fois, sous un beau soleil et 24 degrés. Mission : photographier le détail… Je vais sans doute découvrir que j’ai cinq photos des trois cheminées conservées pour commémorer le passé industriel de Barcelone, bien visibles sur le ciel de la Paral.lel (le point entre les deux l fait que le mot, en catalan ou en castillan se prononce comme en français; autrement, deux l de suite se prononcent comme un y) et quatre de la marina du Port Vell (vieux port), mais qu’à cela ne tienne.
Tiens, quand je vendrai ma maison, je me trouverai un appartement près du fleuve. C’est beau un fleuve et c’est bien de pouvoir y accéder rapidement pour la promenade.
Petit détour vers la tour Sant Jaume, normalement escale du téléférique qui va du port au Montjuïc. Hélas hélas, la tour est fermée jusqu’à nouvel ordre. Il ne reste donc que deux stations : Sant Sebastiá et Montjuïc. Note à moi-même : c’est par là que je rentrerai de ma promenade.
Tous les samedis, il y a une petite brocante sur le port. J’ai longuement regardé les dessins à un stand, sans rien trouver qui vaille de casser ma tirelire. Ouf. Pas non plus de petit cadre en argent ou en étain. Re-ouf. La promenade est semée de sculptures et de stands de toutes sortes. Artisanat (éternels bijoux de bimbeloterie, éventails plastique et tissu peint, ceintures cloutées, etc.) Et… Était-ce là avant? Un stand promotionnel sur la Galice, petite province espagnole à la frontière du Portugal. Justement, je me demandais hier si j’allais me rendre jusque-là pendant les vacances. C’est loin et je craignais que ce soit le genre d’endroit où il faut parcourir 300 km pour voir une seule église romane et encore, de loin parce que les ruines sont en réparation… Je ramasse quelques brochures (étonnant ce qu’on peut faire de brochures pour une si petite région!) et alors que je consulte l’horaire des dégustations, je suis happée par la dame qui m’invite à entrer, c’est gratuit, installez-vous à gauche s.v.p., vous allez voir c’est délicieux.
Oui, mais c’est en castillan! La première surprise, c’est que je comprends presque. La seconde, c’est le gros morceau d’écorce de citron dans l’un des verres placés calice contre table si j’ose dire. Nous avons droit à un repas complet en miniature. Le truc du citron, c’est pour mettre les gens en garde contre l’habitude de ranger ses verres calice contre tablette, justement. Ils gardent l’odeur du fond de tablette. En général, toutefois, il suffit de les agiter de quelques coups de poignet, explique heu… son nom se termine en « ou » (c’est celui de gauche), pour éliminer l’odeur. Bien important de le faire avant de verser le vin. Pour ne pas renverser ce dernier, mais aussi pour éviter d’en changer le goût.
Ensuite, un p’tit coup de Valdeorras, version blanc, pour accompagner la verrinette de pieuvrettes en sauce poivron et paprika érigée d’un mini-poireau. Ben oui, j’aurais dû photographier aussi, mais comme j’étais au premier rang, je ne voulais pas faire de gaffe, je voulais tout comprendre et bien goûter. Il ne me restait plus de neurone ni de main pour les photos. Bon comme tout. Et le Valdeorras a un petit goût citronné. Et les serveurs sont généreux sur la rasade… Et moi, bien entendu, je suis raisonnable. Je ne conduis pas, mais il me semble tout à coup que l’appart est loin.
Deuxième service : carpaccio de beau ternera de Galice, le bœuf le plus heureux du monde selon Álvaro, chef cuisinier et propriétaire de resto, à droite sur la photo. En tout cas ils me rendent heureuse (le bœuf et le chef). La chose est présentée sur une tranche de pain (de Galice, évidemment) très très très mince, toastée et couronnée d’une ou deux feuilles de roquette arrosée d’huile d’olive (tous ensemble : de Galice). Accompagnée d’un Valdeorras version rouge.
Troisième service : tiramisu (amusant ces références italiennes!) au fromage Sant Simon (de… vous savez où) accompagné des deux vins. Allez donc! Mais je préfère nettement la version blanc, qui prend tout à coup un petit goût de Moscatel. Le rouge ne me revient pas du tout. C’est malheureux parce que, à l’invitation d’Álvaro, qui nous incitait à goûter le dessert avec les deux, j’avais demandé une gouttelette au serveur, qui m’a quasiment versé un demi-verre. Bof, le temps que tout le monde finisse, qui de ramasser, qui de poser des questions et qui de faire tirer un sac de provisions galiciennes, j’ai regoûté le p’tit rouge accompagné de rien.
Et pour le tirage, le temps de ramasser mon courage pour lever la main et répondre « 10 » à la question : « Combien de litres de lait de belle vache galicienne faut-il pour produire un kilo de Sant Simon », le sac était attribué à un type derrière qui avait répondu 12. Pas de regret.
Et vive la Galice!
Mais ce n’est pas tout. Je sors sous le soleil et mes jambes cotonneuses me conduisent jusqu’à la Barceloneta, dont je vous ai un peu entretenus, je crois. Vous savez? L’ancien village de pêcheurs maintenant intégré à Barcelone, qui donne sur la mer et qui offre une longue plage de sable? Bref, je vais d’abord côté « village ». Il semble qu’il y aura fête ce soir. On s’affaire à suspendre les guirlandes de fanions colorés sur la place Sant Miquel et sur la place du marché.
Je suis ravie de tomber sur la toute petite rue Andrea Dória, dont parle l’un de mes quarante-douze guides, intitulé Els Secrets dels Carrers de Barcelona. La rue s’est d’abord appelée del Cementiri (du Cimetière), puis de l’Alegria. Tout un changement! À l’angle avec la place du marché, il y a une statue, à quelque 15 pieds du sol. Dans le quartier, dit le guide, on l’appelle el negre de la Riba (le nègre de la rive). Elle a l’air d’une antique figure de proue ravagée par le feu, mais c’est en réalité une œuvre récente, en fibre de verre, fabriquée par un atelier local spécialisé dans les décors de théâtre. Elle a été installée là en 2003 pour célébrer les 250 ans du quartier. C’est tout de même une réplique exacte d’une authentique figure de proue qui se trouve au Museu Marítim depuis 1934 et qui représente non pas un Noir mais… un Iroquois!  Elle ornait  un brigantin qui aurait brûlé au XIXe siècle dans le port de Barcelone. Pendant quelque vingt ans ensuite, elle va décorer la devanture d’un entrepôt, sur le quai du Levant, toujours à Barcelone. Puis, elle passera aux mains d’un marchand de vins et s’éloignera petit à petit de la mer au fil des changements de propriétaire, avant de trouver refuge audit musée, près du port, tout comme sa reproduction.
Quelques pas plus loin, voici « La mas antigua taverna del port » : Can Ramonet. 250 ans d’histoire nous regardent, clame un panneau à l’intérieur. Oui, je suis entrée : voilà bien 10 minutes que je n’ai pas mangé. [Bon Word me demande d’accorder « mangé » avec minutes…] Je demande à la serveuse si je peux y aller de quelques tapas seulement. Bien sûr, me dit-elle, ces gens-là s’en vont bientôt, si vous voulez attendre un petit peu… Volontiers. Elle va donc m’installer à une barrique pour moi toute seule et non au minuscule bar entre l’aquarium et la glacière! Et j’ai droit moi aussi, comme tous les couples et tous les groupes, de me jucher sur un tabouret trop haut pour la barrique, sans espace pour caser les jambes! Et j’en suis absolument ravie! Il y a des anchois au menu (entre autres). – Je pourrais avoir des anchois (anxovias) blancs? – Ah, ce ne sont pas des anxovias mais des boquerones. Goût plus délicat que les noirs. (Je sais, il y en avait dans la tonne de tapas que mes neveu et nièces et moi-même avons commandée à l’Ateneu…) En catalan, dit Carla, c’est seitons. – Va pour les seitons. Et le pop galego, c’est portion groupe ou… - Non, non, ici tout est portion tapa pour un. Et hop! Le pop en question, c’est du poulpe ou de la pieuvre tranchée mince, bien assaisonnée de sel et de paprika, sur lit de pommes de terre. Dé-li-cieux. Et vive la Galice!
Le temps s’est assombri, une fois de plus depuis trois jours. Je remonte par le Parc de la Ciutadela, un bel espace vert (plutôt rare à Barcelone) qui, en 1888, a accueilli les pavillons de la première exposition universelle de la ville, une fois débarrassé de la citadelle éponyme, triste symbole de l’oppression militaire castillane pour les Catalans. La construction de la citadelle avait d’ailleurs entraîné l’expulsion des pêcheurs qui vivaient là et qui furent recasés à la Barceloneta du paragraphe précédent. Il reste quelques pavillons de l’exposition, transformés en serre et en musée (toujours fermés quand j’y passe), et l’arc de triomphe, qui en était la porte d’entrée. On y voit également le Parlement de Catalogne, installé dans un ancien arsenal. Tout ce qui reste de la citadelle, c’est la chapelle construite en 1720 et maintenant appelée « Parroquia Castrense » (genre « église paroissiale du château »).
Le tonnerre gronde, mais j’aperçois un vaste monument. Voici la fontaine, au pied de laquelle clapotent quelques tortues. Ça y est : la pluie. Oui, mais il y a un escalier… Je dois monter! Une autre belle surprise de Barcelone. Construite elle aussi pour l’exposition sur des plans de Josep Fontseré, peut-être agrémentée de quelques interventions de Gaudí. Et si on n’a pas envie de poulpe à la galicienne, on peut toujours apporter son pique-nique : il y a des bancs à l’ombre derrière la fontaine.
Bien entendu, je suis rentrée sous la pluie, d’autant qu’en sortant du parc, j’ai voulu grimper jusqu’à la librairie Laie, à la recherche du premier livre de l’inspectrice Foraster de Teresa Solana. J’ai lu le second… Une petite lecture facile en catalan. Et bien sûr, plus question de téléférique, mais il me reste six jours pour l’essayer.


3 commentaires:

  1. Plus que six jours de billets qui comblent les yeux et le coeur... :(
    Merci, Ève, d'avoir fait respirer mon âme en cette fin de session... :)

    Natcho

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    1. Qui sait dans quelque village perdu de la Galice pousse une tige de wifi qui me permettra de publier une ou deux vagabonderie...
      Et merci à toi pour la compagnie!

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    2. Vagabonderies, voulais-je écrire.

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