Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 23 avril 2014

L'important, c'est la rose

Aujourd’hui, c’est la Sant Jordi. La Saint-Georges. Vous savez, celui qui a vaincu le dragon et qui est donc toujours représenté terrassant la bête, comme saint Jean-Baptiste et son agneau (qu’il ne terrasse pas, quand même), saint Jérôme et son lion, saint Roch et son chien, bref tout le bestiaire biblique? Sant Jordi est le patron de la Catalogne. Sa fête coïncide avec la Journée internationale du livre. Ici, une coutume somme toute assez récente veut que les hommes offrent une rose aux dames et que les dames offrent un livre aux messieurs. Un poil sexiste, diront certaines, mais c’est d’une autre époque. D’autres y voient, disait El Periódico, que je lis presque tous les jours dans sa version catalane, une fête commerciale pour inciter les gens à dépenser. En tout cas, c’est fête et on peut passer de portes ouvertes à portes ouvertes. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait moi-même.

À commencer par ma propre porte, que j’ai ouverte dès les travaux urgents expédiés. Je ne connais aucun homme en Catalogne, sauf le proprio, mais je trouvais intimidant de lui offrir un livre… Il aurait sans doute préféré un lave-linge! J’ai tout de même acheté un livre en catalan, pour enfants, qui parlait de dragon. J’avais l’intention de frapper à la porte d’une école pour l’offrir à la bibliothèque, mais en fouillant Internet, je me suis rendu compte que je vis dans un quartier dont les écoles ont des bibliothèques assez fournies pour s’en vanter sur leur site. Je suis tout de même sortie avec mon livre sous le bras et je n’avais pas traversé deux rues que je suis tombée sur un groupe scolaire. La jeune femme qui fermait le cortège m’a laissée poliment raconter mon boniment en catañol avant de me dire, en anglais, qu’elle était étudiante et que si je voulais vendre quelque chose, je devais m’adresser à l’enseignante. Je lui ai jeté un regard noir et j’ai remonté la colonne.
« Bon dia! [Et en catañol] : Je connais la coutume de la Sant Jordi, mais je ne connais aucun homme à Barcelone. Alors j’ai acheté un livre pour enfants, en catalan, doublement symbolique parce qu’il parle de dragon, et je l’offre aux enfants de votre classe. » – À moi?!? – Oui, à votre classe et s’ils sont trop vieux, à une classe plus jeune de votre école… – Merci!! », a-t-elle dit en portant la main à son cœur puis en se penchant pour m’embrasser. Et la blondinette qui se trouvait à ses côtés, qui maîtrise apparemment le catañol, m’a remerciée en ajoutant qu’elle m’aurait bien acheté une rose mais, a-t-elle expliqué en montrant son porte-monnaie, « je n’ai plus d’argent ». Elle m’a émue, la gamine! Si c’était pas une rose, ça! Je l’ai remerciée de sa très gentille pensée. D’autres élèves à portée de voix m’ont remerciée sans incitation de l’enseignante. Je suis partie vers le centre-ville avec des ailes.
Premier arrêt : la Biblioteca de Catalunya, logée dans le vieil hôpital médiéval de la Sainte-Croix. Je m’y étais arrêtée un soir. Aux abords de l’ancien cloître où poussent des orangers, il y a un petit café. Malheureusement, le jardin est peuplé de sans-abris et autres gens bizarres. Aujourd’hui, toutefois, il était tout festif, tout propre, tout hérissé de stands de vendeurs de roses et… d’indépendantistes catalans!
Dans la bibliothèque, quelques vestiges de fresques du XVe siècle, la plus grande collection au monde d’éditions diverses de Don Quichotte, le rouleau du premier enregistrement sonore en catalan (pour phonographe) et mon ancêtre, Rafael d’Amat i de Cortada, baron de Maldà, neveu du vice-roi de l’époque (fin XVIIIe début XIXe siècle), en ce qu’il tint un journal en 60 volumes, de 1769 à 1816, de ses excursions en Catalogne et des fêtes de son époque.
Je visite ensuite quelques églises peu intéressantes, où je vois au passage la garde-robe des pénitents de l’autre jour, puis l’Ajuntament (hôtel de ville) et le Palau de la Generalitat, c’est-à-dire le bâtiment qui abrite le parlement de la « généralité », nom donné à la communauté autonome de Catalogne. Ce sont des bâtiments d’origine médiévale, très retravaillés après chacun des bombardements que la ville a subis. On y voit du gothique, du roman, du néo-gothique, du baroque, du modernista et du moderne, des œuvres d’art sculptées, tissées ou peintes, marqueterie, vitraux, bas-reliefs, bronzes, marbres, etc. Et surtout, pleins de Saint-Georges avec petit ou grand dragon, au plafond, sur les murs, au-devant des autels, au sol…
En sortant, je suis allée me promener dans l’ancien quartier juif, le call (mot qui signifie « rues étroites »). L’ancienne synagogue subsiste, dans un sous-sol. J’y reviendrai peut-être. Hélas, il était temps de rentrer, malgré le soleil et la chaleur, voir si les clients s’étaient manifestés.
Aujourd'hui, c’est moi qui ai reçu la plus belle rose de Barcelone.






1 commentaire:

  1. Ève, je te lance des fleurs pour m'avoir transportée près de toi lors de ta rencontre avec la classe de jeunes lecteurs... J'espère que certains d'entre eux viendront en échange plus tard au Québec. Des élèves exemplaires! J'en veux! J'en veux!

    Natcho

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