Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

lundi 21 avril 2014

Carême!

Semaine sainte. Je me souviens de ces années où j’allais me confesser de peccadilles inventées pour rendre la chose intéressante et me donner de la matière pour une visite subséquente (« Mon père, je m’accuse d’avoir menti [sous-entendu : à ma dernière confession]. »)

Cette année, je voulais aller à Verges, petite ville du nord-est de la Catalogne, où l’on maintient, à l’intérieur des vieux murs, une coutume médiévale appelée danza de la muerte. L’office du tourisme de la ville m’a aiguillée vers les bonnes adresses, mais il m’aurait fallu coordonner une combinaison de train, autobus, taxi et hôtel, puisque la chose se déroule de 17 h à 24 h. Et comme toutes ces démarches ont abouti sur le tard, il ne restait plus de place dans les auberges de la ville et j’aurais été obligée de coucher dans une cr… pardon! Je me trompe d’épisode. J’aurais été obligée, donc, de prendre un taxi en pleine nuit pour aller au village le plus proche. Tant pis. À verser au catalogue des occasions manquées, section « Peut-être récupérables ».
Barcelone avait tout de même quelques propositions pour Vendredi Saint, en l’occurrence, deux processions de pénitents. J’ai choisi la plus proche de chez moi : celle de la Pontificia y Real Hermandad y Cofradía de Nazarenos de Nuestro Padre Jesús del Gran Poder y María Santísima de la Esperanza Macarena. Le temps de lire le nom et j’étais rendue à l’église.
J’ignore à quelle heure commençaient les préparatifs et je suppose que les confrères et consœurs avaient entendu une messe avant de sortir sur le parvis de l’église Sant Agusti. Mais à 16 h 30, j’étais sur place, d’ailleurs fort bien postée.

Murmure parmi les fidèles, vers 17 h 15, quand les portes de l’église s’ouvrent et que la confraternité se met en formation, avec pénitents et pénitentes, déchaussés ou non, coiffés ou non de la capirote (qui fait très très KKK), pénitentes vêtues de dentelle noire et chaussées d’escarpins à talons d’environ quatre pouces (sans exagération), musiciens en costume de ville, gamins et… une jeune trisomique. Je le mentionne parce qu’en la voyant, je me suis demandé quelle valeur cette procession avait pour elle.  A-t-elle quelque chose à se faire pardonner? Voulait-elle participer en connaissance de cause?
Ceux qui ne sont pas musiciens portent de grands cierges, des lanternes ou des étendards, une croix, le livre du règlement. Certains traînent des cordes et d’autres, des chaînes. Les chars (pasos) sont transportés sur les épaules des costaleros (http://es.wikipedia.org/wiki/Costalero). Ils sont aidés dans leurs déplacements par un confrère qui leur parle à travers une grille ménagée parmi les dorures (voir le type plié, sur la photo de gauche). Il y a deux pasos : l’un où figure un Christ grandeur nature portant une croix, et l’autre dominé par une Vierge entourée de bouquets de fleurs odorantes, que les spectateurs touchent dévotement avant de porter leurs doigts à leur nez pour humer le parfum. Il y a une ferveur notable. De temps à autre, un homme se prosterne devant le char de la Vierge et chante une sorte d’incantation. Quand il commence, ceux qui connaissent la tradition font taire les autres de « Shhh!! » féroces. Quand il termine, tout le monde crie « Olé! ».
Une fois la confraternité rendue une rue plus loin, moi j’ai rompu les rangs et me suis promenée, avant de me rendre sur la place de la cathédrale, où je suis arrivée un peu avant le chemin de croix extérieur. L’affaire est moins protocolaire. Les prêtres lisent au micro et se succèdent pour porter la croix au fil des stations, suivis de quelques fidèles. Autour de moi, ce sont les touristes les plus silencieux. Les Espagnols placotent et s’interrompent pour jeter un « Amen » automatique aux bons endroits. Puis arrive la Hermandad y Cofradía de Nazarenos, etc. Nouvelles incantations, nouveaux olés. Je constate avec satisfaction que les gamins et la jeune trisomique n’y sont plus. Il est près de 21 h après tout! Le char de Marie est disposé face à celui de Jésus qui porte sa croix, en souvenir de ce moment douloureux où la mère a vu son fils supplicié explique-t-on au micro. Je vois le tout à travers une forêt de capirotes.

De la rue derrière la cathédrale nous parvient tout à coup une autre musique. Ça y est, la Hermandad de la Nuestra Señora de las Angustias vient nous rejoindre.

La place est un peu petite pour contenir tout ce monde, mais je suis adossée à l’une des barrières métalliques disposées autour d’une colonne acoustique pour la protéger. Je peux donc m’en servir comme de marchepied pour prendre quelques photos. Arrive soudainement un homme âgé tenant sa compagne par le coude. Il dit quelque chose en me regardant, qui finit par « excusez-nous, c’est la fatigue ». Bien sûr, fais-je, en accompagnant mes mots d’un sourire apitoyé et en me tassant pour que la dame puisse s’appuyer. Elle n’a que faire de « ma » barrière. Elle se plie en deux et soulage son indigestion. Pour ne pas faire de même, je me mets la main sur le visage, au bord du malaise à mon tour. Impossible de me pousser : il y a trop de monde. Je tente de me trouver des idées distrayantes : Ah, si vous aviez fait maigre et jeûne, Señora... Puis une pénitente encapuchonnée nous arrive. Je crois pendant un instant que le soulagement des affligés fait partie de ses attributions. Erreur. Elle vise elle aussi ma barrière pour s’appuyer et faire une petite pause. Avant que ma généreuse voisine ait eu le temps de la prévenir, elle installe ses deux pieds et sa soutane là où vous pensez. Plusieurs ont maintenant, comme moi, la main sur le visage. Horreur, malaise ou… rires, car je vois bien des épaules tressauter.
Fin de la cérémonie vers 23 h. Je n’ai pas soupé et... ne souperai pas.

2 commentaires:

  1. Comme toi je me suis souvent confessé sans avoir vraiment péché, en tous cas pas volontairement. Juste pour laver mon âme tachetée de points noirs comme celle affichée au tableau de la classe de Mère Jean-Marie.

    RépondreSupprimer
  2. Ah ah, excellent! merci pour ce billet, c'est comme si j'y étais.
    Myriam

    RépondreSupprimer