Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

dimanche 3 juin 2012

Pièces sur pièces

Ravenne est une ville plate. En tout cas, géographiquement. Comme sur le Lido, comme à Ferrare, la bicyclette y est donc reine et, à ce titre, elle est chevauchée par des dames en jupes et talons hauts et des messieurs en complet veston. Et une ville sans relief géographique laisse, de prime abord, une curieuse impression.

Historiquement, en revanche, elle fut très accidentée. Goths, Ostrogoths, Byzantins et Romains (pour ne parler que de l'histoire ancienne) y ont mis la main. Certaines de ces mains, d'ailleurs, sont restées fortement imprimées. Dans la basilique Sant'Apollinare Nuovo (nouveau au sens de VIe siècle de notre ère, par rapport à la vieille), les Byzantins voulurent éliminer des mosaïques toute représentation évoquant Théodoric, le Goth. Arien qui plus est (au sens d'hérétique qui considère d'abord le caractère humain du Fils de Dieu). Mais après avoir remplacé par milliers les tesselles qui dessinaient les personnages théodoriciens en leur substituant de beaux rideaux, les Byzantins furent morigénés par leurs comptables et pressés d'en finir par des étudiants tapant sur des casseroles. Ils consentirent donc à passer la main, littéralement, sur les hérésies anciennes, de sorte qu'on voit encore, sur les colonnes exécutées par leurs prédécesseurs, les mains des personnages abhorrés.

De l'autre côté, on remarque de dynamiques trois « mages », qui ont un petit air de bande dessinée. Ces trois personnages constituaient un thème cher aux Byzantins, pour qui ils étaient plus sages que mages, ce qui explique leur tenue assez modeste. (Je n'ai pas vu ça toute seule; mon guide imprimé m'y a aidée, tout comme le commentaire de la guide britannique, que j'ai resquillé sans vergogne.)

Ravenne est la ville par excellence de la mosaïque. Et on ne se lasse pas! De basilique en cathédrale, de mausolée en domus, on se torture la nuque à reluquer les plafonds et les sous-sols, les scènes de pêche, de danse, de dévotions et d'adoration. Dans la basilique San Francesco, du Ve siècle, le sol s'est affaissé et se trouve maintenant sous la nappe phréatique. Mais une ouverture donnant sur la crypte permet de voir les mosaïques anciennes, sous l'eau et... sous les poissons rouges qu'on y a installés! (J'ai vu les poissons, mais je ne crois pas qu'ils paraissent, sur la photo. En revanche, on peut y voir les traditionnelles pièces de monnaie...)

Ne reste plus qu'à me restaurer moi aussi, au moyen de piadine, ce pain rond typiquement romagnol qui ressemble à une crêpe, et d'affettati misti, c'est-à-dire une mosaïque de viandes froides.

1 commentaire:

  1. La mosaïque sur ta deuxième photo (avec la main baladeuse sur une colonne) est reproduite à la page 671 de mon Petit Larousse! Quel hasard, non mais...
    Je t'ai dit que je collectionne les photos de mosaïques? Tu me gardes les tiennes?
    Bises,
    Rachel

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