Griselda
(ma voiture, étant donné sa couleur) est un peu grosse pour certaines de ces
rues pierreuses et j’ai l’impression que j’ouvre les rideaux du salon des maisons
entre lesquelles je l’insère de force.
En
arrivant à Verucchio, je me gare où on ne peut pas. J’ai repéré l’hôtel et ce
sera l’affaire d’un instant. Le courtois préposé me conseille de remonter par
la même rue, de faire le tour de la place et de tourner sur la droite juste
après le panneau qui annonce Pitré. OK. Je me crois contrainte de redescendre
du piton jusqu’au premier carrefour giratoire pour recommencer la gymnastique
automobile parce que je ne le vois pas, le fichu panneau. Jusqu’au moment où je
tombe pratiquement dedans. Ce n’est pas Pitré, qu’il a dit, le jeune homme,
c’est P3…
Heureusement,
il y a un ascenseur entre le stationnement et le nid d’aigle et je n’ai que
quelques pas à faire entre l’air climatisé de la voiture et celui de l’Oste del
Castello.
Le vrai château ou forteresse (était-il malatestien
ou montéfeltrien… je devrai revoir mes brochures) a été un peu requinqué et, à
part la vue, il ne m’intéresse pas beaucoup. Il y a en revanche un musée
archéologique presque entièrement consacré à une civilisation qui semble
n’avoir vécu qu’aux environs du piton. On en sait peu de chose, sauf que ce
peuple incinérait ses morts humains mais enterrait ses morts chevalins
complets. Les cendres des premiers étaient placées dans des urnes fermées d’une
sorte de bol, auxquelles on ajoutait trois séries d’objets : des objets qu’on
fabriquait exprès pour le rituel, d’autres qu’on fabriquait aussi pour
représenter le défunt et d’autres encore dont le défunt s’était véritablement servi
dans la vie. La décoration des urnes montre que les femmes étaient de grandes
tisserandes. D’ailleurs, dans l’une des tombes, on a retrouvé une grande cape
de laine presque intacte. Elle remonte au Ve siècle de notre ère! L’urne
et les objets étaient entassés sous une sorte de table en bois, sur le dessus de laquelle on plaçait un
« trône », aussi en bois, dans le cas des morts importants. Certains signes ont
d’ailleurs fait comprendre que les gens commandaient leur trône mortuaire à
l’avance. Beaucoup en effet sont sculptés de bas-reliefs qui semblent illustrer
la vie du personnage.
C’est l’heure de dîner et j’entre à La Rocca , fort judicieusement
située. Il y a tellement peu de monde que même seule, j’ai droit à une table avec vue. La salle n’est pas climatisée. Il fait
toujours au moins 30 et je viens de me taper une ascension. « Vous avez
quelque chose de léger? » « Ah oui! Le chef a préparé des raviolis à
la casciotta (un fromage doux à pâte ferme) avec un beau petit filet
d’huile d’olive de Brisighella. » C’était à tout le moins léger sur le
portefeuille. Et bon.
Le lendemain, je laisse mes pénates en place et
j’emmène seulement Griselda dans la campagne. La première étape est la très
photogénique San Leo, elle aussi en hauteur et dotée d’une église et d’une
cathédrale romanes, qui semblent se défier de part et d’autre d’une placette.
L’office du tourisme loge dans un ancien palais médicéen, presque chaque
boutique a son toit voûté et le tout est coiffé, bien sûr, d’une forteresse
(malatestienne ou montéfeltrienne ou les deux… faudra que je révise mes
brochures ;-) ). En tout cas, elle a été aussi prison
pontificale (au sens que les pontifes y faisaient jeter leurs… corvi).
Quant à la forteresse, elle est pleine de détours et
pas tellement fléchée, ce qui fait que je n’ai peut-être pas tout vu, mais j’y
ai passé un long moment. On y visite entre autres la cellule de Joseph Balsamo,
aux nombreux pseudonymes, dont le plus célèbre fut celui de comte de Cagliostro,
comme le savent les lecteurs de Dumas. Aventurier, il se disait mage et vécut
de la crédulité de nombreux grands en vendant entre autres élixirs, le philtre
de la jeunesse éternelle. Le grand inquisiteur prit ombrage de ses pratiques et
le fit arrêter, aidé par la femme du bonhomme, qui portait le doux nom de
Serafina Feliciani et qui céda à la terrible pression qu’on exerçait sur
elle : on l’avait empêchée d’aller à la messe. La cellule n’est évidemment
pas bien grande, mais surtout, elle n’a pas de porte. On y avait fait descendre
le prisonnier par une trappe percée dans le plafond. Tout cela existe encore,
de même que le regard qui permettait de surveiller le « comte ». Quand il
mourut, deux hommes furent chargés de l’extirper de là pour aller l’enterrer.
La sortie eut lieu en août et il semble que le temps ressemblait à celui de ce
jour : chaud et humide. Au bas du piton de la forteresse, les deux
porteurs déposèrent leur charge sur la margelle du puits (qui existe encore)
pour aller boire un coup avant d’achever la besogne.
La chaleur, les longues marches et les ascensions ne
sont pas de taille, c’est le cas de le dire, devant ces calorifiques délices.
La journée s'est terminée à Petrella Guidi, un village de poche qui ne réussit quand même pas à remplir toutes ses maisons.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire