Pour notre première rencontre, je leur avais donné rendez-vous sur le très beau (à mes yeux) campo San Zanipolo, tout près de leur appartement. Quand j'y suis arrivée, ils étaient attablés à l'un des deux cafés du lieu, en face de l'hôpital qui loge dans l'ancienne Scuola Grande di San Marco, à angle droit avec l'église dont j'ai déjà parlé.
Pour mes amis, le vaste campo San Stefano, serait l'un des plus beaux de la ville. C'est aussi l'avis qu'on lit sur plusieurs sites Internet, mais c'est un avis que je ne partage pas. Trop vaste pour moi. Moi, j'aime mes campi intimes et juste assez fréquentés, par les Vénitiens et les autres (je ne fais exception que pour San Zanipolo).
San Stefano se trouve presque à coup sûr sur le chemin de grandes pérégrinations entre les pôles touristiques que sont San Marco ou le Rialto (rive opposée au marché), d'une part, et l'Accademia ou le Dorsoduro, d'autre part. Il faut dire à sa défense qu'il s'y trouve l'élégante et vaste église du même nom, dont le haut clocher fait partie de tous ceux qui penchent, ici. (Commentaire de la guide du musée de l'Arsenal : « Nous, à Venise, les clochers qui penchent, on n'en fait pas tout un plat; on ne sait plus les compter tous. ») En 1585, la foudre frappa le campanile et les cloches fondirent sur place! Coup de foudre mais coup de chance : Elisabeth Ire ayant fait mettre à bas les cloches des églises catholiques d'Angleterre, Venise put en acquérir quelques-unes pour regarnir le campanile de San Stefano. L'église est dotée par ailleurs d'un superbe plafond caréné et d'une décoration murale d'inspiration mauresque. Un petit rio passe sous le choeur, et les amateurs de gondoles pourront parcourir s'ils savent négocier (n'ai même pas essayé...) et prévoir leur balade à marée basse.
Autour du campo, quelques beaux palazzi reconvertis (dont celui où je suis allée entendre Il Barbiere), prélude à la bousculade des nobles habitations, puisque nous sommes à quelques pas du Canal Grande où il était important de se faire voir. S'y trouve aussi le palazzo Morosini, du nom d'une famille qui donna au moins un doge à la Sérénissime, dont un a sa sépulture dans l'église. D'ailleurs, le campo est indiqué comme campo Morosini sur ma carte (la deuxième depuis mon arrivée, la première ayant été rendue illisible par des manipulations intenses).
Tommaseo a ceci de commun avec le pauvre Colleone de San Zanipolo que sa statue (ou son oeuvre?) lui a valu un surnom vulgaire. On l'appelle en effet el caga libri (celui qui ch... des livres). Je n'ai pas compris (ni osé demander; d'ailleurs, à qui?) si le surnom était dû à l'ample production livresque ou à l'étrange disposition des livres sur la statue, en bas, derrière, sous un retroussis de redingote...
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