À 14 h, j'avais retrouvé calme et appétit et je suis allée dans un bar à cicchetti, le Cantinone, visité il y a 5 ans mais rappelé à ma mémoire par Claude et Lucie. Un cicchetto = 1 euro et 1 verre de vin = 2 euros. Les cicchetti, ce sont en principe des hors-d'oeuvre, soit une tartinade de quelque chose sur une tranche de pain baguette. Le quelque chose, c'est brandade de morue, carpaccio de thon épicé, mini-artichaut (celui-là, il était sans pain), fromage et treviso marinée, purée de thon avec filaments d'oignon... Un régal pas cher. On se fie au client : une fois terminé votre cicchettage dans un coin de la salle, soit sur le bord du comptoir, sur une des étagères chargées de bouteilles ou dehors, dans les marches du pont voisin, vous rapportez votre assiette, on compte les cure-dents (un par cicchetto) et on vous présente votre facture parce qu'on se souvient si on vous a versé un ou deux verres.
Bien sûr, demain, ce sont les vraies vacances, mais j'avais le coeur gros sur mon dernier vaporetto, tout à l'heure. Quelle ville! Et je l'ai tellement vécue sous des angles inattendus et différents!
Mais je n'ai pas eu le temps de faire de kayak autour du Lido; je viens de découvrir aujourd'hui qu'on peut aller lire dans le jardinet de Ca' Rezzonico sans payer un rond; je n'ai pas eu le temps de retenir les services d'un guide privé qui m'aurait expliqué la forêt de sculptures extérieures du Palais des doges; je n'ai pas eu le temps de jouer! (Ma famille comprendra cette dernière exclamation.)
Je n'arrive pas à croire que je suis ici depuis 60 jours. Je suis arrivée hier... Malgré l'Internet au charbon pendant trois semaines, malgré les problèmes de plomberie, malgré les fourmis, malgré la mauvaise humeur et la mauvaise foi de la propriétaire, malgré l'abondance de boulot, quels beaux 60 jours j'ai vécus!
Pourtant, je ne suis pas arrivée à nouer des liens avec quiconque! J'ai fréquenté le même café pendant des semaines, à commander en italien avec mon journal italien sous le bras et jamais je n'ai reçu de sourire en retour. Pire : on continuait de me répondre en anglais. Je suis certaine d'avoir encore un accent, mais je suis certaine aussi de très bien parler l'italien. Je voudrais croire que le personnel voulait me faire une fleur en répondant dans ce qu'il croyait être ma langue, mais j'ai un peu de mal.
Pour le reste... Il est vrai qu'on ne fréquente finalement pas beaucoup de Vénitiens à Venise. Le personnel des restaurants et des boutiques vient parfois de bien loin et, en plus, est un peu trop pressé pour la jasette. Mais je suis allée à des conférences, à des films! Je comprends que ce soit à moi de faire les premiers pas. Ces endroits ne sont pas fréquentés par les touristes et ces habitués me repéraient facilement. Puis-je supposer que même si le film ou la conférence étaient en italien, les gens conservaient leur a priori, à savoir : les touristes ne parlent pas italien? Quand j'ai posé des questions (est-ce réservé aux membres, etc.), on m'a répondu poliment, mais sans un mot de plus! À la Fenice, quand ma voisine est arrivée, je lui ai adressé un sourire et un Buona Sera; elle a détourné le regard! À l'entracte, elle est sortie comme une flèche, pour ne reparaître qu'à la deuxième partie, puis à la fin de l'opéra, même départ canon. Le plus drôle, c'est que malgré nos vitesses et nos chemins différents, nous nous sommes retrouvées à l'embarcadère du vaporetto. Elle m'a reconnu et a étiré les lèvres de telle sorte que je n'arrive pas à savoir si c'était une tentative de sourire ou un dio mio non mi lascia! Malgré le mouvement de foule pour monter à bord du vaporetto, il se trouve que la seule place libre était à côté d'elle! C'est là qu'elle a rendu les armes et m'a glissé avec un demi-sourire que nous étions destinées à être voisines. Elle avait presque l'air de le prendre comme une épreuve que Dieu lui envoyait. J'ai osé lui demander si elle était vénitienne : oui. Si elle avait un abonnement à La Fenice : non. Bonne soirée Madame : hochement de tête.
Je vais essayer de faire mieux pendant les vacances!
Et entre-temps, je vous raconterai peut-être encore quelques campi et le Lido.
Ça fait déjà 60 jours que tu es partie? Le temps passe vite, trop vite! Bonnes vacances et j'ai hâte de te voir à ton retour!
RépondreSupprimerC'est dommage que tu n'aies pas rencontré de Vénitiens, malgré ton sourire, ton italien et ton sourire italien... Quel est ton itinéraire pour la suite?
RépondreSupprimerRachel