Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 9 mai 2012

(Hippocamp)éléphantocamélos

Une vraie gueule d'atmosphère, comme disait l'autre, que ce campo dell'Abbazia, pourtant dépourvu de café et d'autres commerces et même dépourvu de toute présence humaine quand j'y arrive. Je suis donc seule à fouler le pavé de briques en arêtes de poisson comme à sa création avant l'an 1000 (non, je n'y étais pas à la création, mais la disposition des briques est... bref...).

J'aime, plus que l'église, le bâtiment XVe siècle de la Scuola Vecchia della Misecordia, que j'ai pourtant éborgné sur la photo (pour ne pas avoir l'église, en fait). J'aime son implantation à cloche-pied au bord du rio par suite de l'aménagement du porche, en 1508.
 
Au grand désespoir, j'imagine, du terrible Conseil des dix, s'éleva au XVIIIe siècle, de l'autre côté de ce rio, le casino (photo de droite) de la famille Lezze. Mais qui sait si le goût du masque de la Venise de jadis n'a pas permis aux membres du Conseil et aux prêtres desservant l'église d'en face de fréquenter ledit casino!

La promenade de ce jour est riche en souvenirs : un rarissime petit pont sans garde-fou, pour les fous du temps jadis, un vieux modèle de bateau sans moteur, à la forcola sculptée, les maures encastrés dans la maison voisine de celle qu'habita un temps le Tintoret, les jeunes pêcheurs qui animent finalement le campo et le xezendello, petite ouverture dans la façade du palais Mastelli del Cammello pour recevoir la lampe à l'huile qui guidait l'accostage des gondoles (forme mauresque, juste au-dessus du bateau bleu sur la  photo ci-dessous, à gauche).

En ce qui concerne par ailleurs le cammello qui entre dans la désignation populaire du palais, c'est en fait, sur le bas-relief en tout cas, un dromadaire (même photo que la précédente, entre les deux fenêtres). Mais le chameau fut un symbole important, raconte mon guide des campi. Saint Augustin y voyait la représentation de la modération et de la sobriété. Au Moyen-Âge, il parut figurer à merveille le discernement, puisqu'il était réputé n'accepter que les charges qu'il serait vraiment en mesure de porter (idée pour ma future ma carte professionnelle), tandis que sa capacité à s'agenouiller fut considérée comme un signe d'humilité (tiens, ça me rappelle Le Voyage de l'éléphant, de Saramago!). « Qui est le plus humble et pourquoi le suis-je? » était peut-être la devise de ces Mastelli qui firent exécuter le bas-relief sur leur palais. Connaissaient-ils tous ces symboles? Savaient-ils qu'on leur avait dessiné plutôt un dromadaire? Il semble qu'ils aient exploité à quelques pas une épicerie à l'enseigne du « Cammello ».

4 commentaires:

  1. Je connais quelqu'une qui ne devrait pas traverser le petit pont sans garde-fou, si elle le faisait ça ajouterait une autre merveilleuse histoire rocambolesque à son répertoire:)

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  2. Il se trouve dans quel sestier ce campo? Je ne l'ai jamais vu! En tout cas, il n'y a pas beaucoup de gens qui connaissent les campi comme toi! À la fin, faudra que tu nous fasses un palmarès!

    Rachel

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    1. Il est dans Cannareggio, tout au nord, entre le ghetto, à l'ouest, et les Fondamente Nove, à l'est.
      Je suppose que quelques lecteurs en ont soupé de mes campi, mais moi je trouve que c'est une belle façon de sillonner la ville et de comprendre ce qui m'entoure!
      Dommage, cependant, j'ai terminé lundi les 41 du guide! :-)

      Eve

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  3. Ah non! Pas déjà terminé le guide? Et comment ça on a pas eu une description complète de TOUS les campi? Je trouve que c'est une façon fantastique de découvrir des coins méconnus de la ville, tu me donnes envie d'aller faire un ptit détour par Venise cet été...
    Myriam

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