Mais je sens que les choses prennent un tour plus joyeux à l’aéroport
de Québec, où on me fouille tout le temps au
départ, quand je constate que l’agent de sécurité à l’extérieur des
portiques est souriant. D’habitude, à Montréal comme à Québec, ils ont tous un
comportement de garde-chiourme. Surprise : pas de fouille ni de ma personne
ni de mes sacs, ni même de radiographie gratuite!
L’agente chargée d’annoncer les mesures de sécurité nous
souhaite la bienvenue à bord de notre avion en partance pour Montréal. Toutes
les têtes se lèvent d’un coup. Elle rigole. L’avion va à Toronto. « Maintenant
que j’ai votre attention, dit-elle, je vais pouvoir vous décrire les mesures de
sécurité. » Et de continuer en nous disant que le commandant est Brad
Pitt, le second, Tom Cruise, que sa collègue est Lady Gaga et elle-même,
Britney Spears.
Même pas de portique de sécurité à Toronto. Allez hop, directement
à la porte d’embarquement pour Rome et le vol du miracle. À ma seule visite au
p’tit coin aérien, j’enlève ma bague et la mets dans la poche intérieure de mon
polar. Quelques heures plus tard, je me rends compte que je ne l’ai pas remise,
mais mes poches sont vides. Et je constate alors que les poches intérieures
sont faites pour des documents… Il y a une petite ouverture dans un coin. Aucun
doute, la bague a fui. Je regarde vaguement au fond de mon siège. Rien. Je me
promets de faire de mon mieux depuis l’allée à la fin du vol. Or, à un moment,
j’entends la dame derrière moi dire à un agent de bord qu’elle n’est pas en
train de faire sa prière, mais simplement de chercher sa bague, qui a dû lui
sortir du doigt, et que, chose curieuse, elle a trouvé une bague mais pas la
sienne! Je me retourne d’un coup. C’est la mienne! Heureusement, quelques
minutes plus tard, elle retrouve aussi la sienne.
De Rome, à coup d’autobus, de trottoirs mécaniques et de
passages sur le tarmac, je parviens à la porte d’embarquement pour Brindisi
alors que l’appel a déjà été fait. Dans un tout petit avion, je suis coincée
entre, d'une part, une grande femme dont le parfum capiteux est réchauffé par le soleil qui
tape sur le hublot et qui est si grande qu’elle n’a d’autre choix que d’orienter
ses longues jambes dans mon espace vital et, d'autre part, un grand prêtre. Pas du genre
sanhédrin, mais genre six pieds vingt-quatre. Je le prends vite en pitié. Il a
manifestement entendu des choses horribles en confession parce qu’il passe son
temps à se curer l’oreille droite. Il y va d’une vigueur évangélique émouvante
qui finit par m’écœurer. La fatigue me rend toujours malaucoeureuse. Il faut
dire qu’ensuite, son doigt glisse mieux sur les pages électroniques de la
dernière bulle papale qu’il lit sur son iPhone. François évoque sans doute des
trucs que notre curé ne peut pas sentir, puisqu'il se plonge le même
doigt dans le nez. À voir les roulements de doigts qui suivent, la chasse a
manifestement porté fruits.
Le gavage se poursuit et les agents de bord nous proposent
de quoi boire et un sachet de trucs sucrés ou salés. L’abbé choisit le sucré et
un verre de Coke et plonge les petits biscuits dans la boisson. De son doigt polyvalent,
il pousse les petits biscuits dans le verre comme un petit voilier dans le
bassin d’un jardin public, puis les retire et se les met dans la bouche. Enfin,
il ouvre le sachet de la petite serviette rafraîchissante et l’introduit d’abord
dans l’oreille droite qu’il récure soigneusement avant de passer la lingette
dans tout son visage, sous le col romain et aux abords de l’implantation
capillaire. Flûte! Il a oublié le nez! Il y retourne donc de son index nu. Je fais
tout pour ne pas lui donner l’envie de se présenter à moi. S’il me tend la
main, je vais m’évanouir et tout le monde croira que je suis possédée.
À l’arrivée, il prend ses mille et une choses dans le
compartiment à bagages et me demande si le sac qui reste est à moi. Non,
dis-je. Tant pis, je me confesserai à quelqu’un d’autre. Mon sac en a vu d’autres
mais il a ses limites. Dès que l’abbé s’est engagé vers la sortie, je prends le
sac. Deux ou trois personnes me lancent un regard interrogateur, pensant sans
doute que je fais main basse sur le sac de quelqu’un d’autre. Je n'en ai cure.
Fiou. Ma valise ne tarde pas à faire du carrousel. J’essaie
sans succès d’appeler la personne que ma logeuse doit envoyer à ma rencontre à
35 km de l’aéroport de Brindisi, quand j’arriverai après 30 minutes de navette.
Me voilà un peu nerveuse. Je finis par joindre la propriétaire, qui me dit qu’elle
va appeler Paola. Elle me rappelle 5 minutes après pour me dire que celle-ci sera
bien là. De fait, sous la pluie, Paola et sa fille tendent une feuille où
figure mon nom. Deux dames fort sympathiques. Vivement
la douche. Je n’ai pas touché au prêtre, mais quand même.
Comme prévu, les deux m'abreuvent avec
un généreux enthousiasme de tous les renseignements possibles sur l’appartement, le jardin,
la douche, les volets, la collecte sélective des déchets pour
laquelle, d’ailleurs, il n’y a pas moins de 10 pages à lire.
Il est 17 h à Lecce. Je sors faire quelques provisions et
voir un peu le vieux centre malgré la pluie, puis je m’endors pour quelque 12
heures.
Ciel que tu m'amuses!!!! J'ai décidé de me laisser envahir par Google!!!!
RépondreSupprimerCiel que tu m'amuses!!!! J'ai décidé de me laisser envahir par Google!!!!
RépondreSupprimerEt j'en suis ravie! Plus on est de fous...
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