Ça devait arriver!

J'ai fait mon entrée dans la blogosphère pour ces jours où, malgré l'absence d'interlocuteur, je voudrais exprimer surprises, découvertes, plaisirs ou dégoûts. Si d'aventure la curiosité ou le manque d'interlocuteur vous amène ici à votre tour, soyez les bienvenus!

mercredi 9 avril 2014

La porte de l'enfer

Si vous avez déjà franchi vos frontières linguistiques, vous avez peut-être éprouvé un problème de porte. En effet, les guides indiquent en général comment commander une bière, réserver une chambre, dire merci ou appeler au secours, mais ils négligent les petits détails comme le sens des indications sur les portes. En Italie, si vous arrivez du côté Tirare, pas de problème. Au Portugal, en revanche, si vous abordez la porte du côté Puxar, vous pensez push ou « pousser » et si quelqu’un arrive de l’autre côté en même temps que vous prenez votre élan, c’est vous qui vous la prendrez en pleine poire, la porte, puisque puxar signifie « tirer ».

Je devrais peut-être le signaler aux auteurs des guides de voyage. Cela m’occuperait pendant une semaine, puisque j’ai une féroce manie du guide qui m’en fait consulter à peu près dix quand je prépare mon voyage.
Mais voilà qu’aujourd’hui mon vocabulaire espagnol de la porte s’est brutalement enrichi. Il était temps, jugeai-je, de faire une petite lessive. Je me rappelais fort bien quelles manettes tourner, où mettre le savon, quel cycle choisir, etc. Mon appartement est équipé d’une petite machine à laver à chargement frontal qui, manifestement, a un peu fait la vie. Qu’à cela ne tienne : je choisis donc un cycle, une température et hop, je retourne à mes traductions.
À un moment, j’entends l’essorage (centrifugación) et j’ai l’impression que le plancher va descendre à l’entresol. Puis, plus rien. Le temps de laver mon abondante vaisselle et je vais ouvrir la porte. La poignée me reste dans la main… Catastrophe! Et bien sûr, plus moyen d’ouvrir ladite porte, mais à ce moment, c’est le dernier de mes soucis.
J’écris donc au propriétaire, lui explique la chose et m’engage à payer la réparation (si tant est que la porte se répare, il ne doit plus y avoir de pièces de rechange). Puis je vérifie mon courriel toutes les deux minutes. J’écris également à Mar qui, dès son réveil à Québec, entre la gastro du p’tit dernier et les cauchemars de l’aîné, voit le message dramatique. Elle me répond immédiatement, disant de ne pas m’inquiéter, qu’elle va parler à ses parents et arranger la chose et se désolant que je n’aie pas accès à mes vêtements. Tu parles! Elle me réécrit ensuite qu’elle a pu parler à sa mère, qui va acheter une nouvelle machine, qui était très fatiguée… Je me sens vraiment très mal. Je lui écris que je suis désolée de causer tant de soucis à ses parents, que j’ai pu voir en effet qu’après le ménage intense à grande vitesse, ils étaient très fatigués. Réponse pleine de rires de Mar : non, ce n’est pas sa mère qui était fatiguée, mais la machine!
Quelques heures plus tard, M. Veciana vient constater les dégâts, me demande où est la maneta [ah bon, pas manija?], réussit à abrir la puerta, répond à un appel, me condamne ou m’excuse, ça va trop vite pour moi, s’impatiente contre son interlocuteur, ce qu’il n’a pas encore fait contre moi [on s’impatiente contre quelqu’un?], répète centrifugación comme un mantra à tel point que j’ai l’impression qu’il discute de mon châtiment. Puis il appuie sur un bouton et la centrifugación (c’est à ce moment que j’ai appris le mot) repart à plein régime. Je tente de l’assurer que j’ai bel et bien entendu la centrifugación (comment l’oublier?), mais il reste calmement convaincu que le cycle n’était pas terminé. Je ne proteste pas longtemps. Quand puis-je rester à l’appart pour recevoir la nouvelle machine à laver que sa femme et lui vont acheter illico (non, ce n’est pas de l’espagnol)? Eh oui, aussi simple que ça! N’importe quand, vous n’avez qu’à dire! Il part. Quelques minutes plus tard, nouveau coup de téléphone. Vendredi ça vous va? (Nous sommes mercredi! Sapristi, la prochaine fois que je dois remplacer un électroménager, je le commande en Espagne!) Matin ou après-midi? Matin! (Oui, à l’étranger, je me donne congé le vendredi après-midi.) Et le monsieur m’annonce qu’il va revenir dans quelques minutes débrancher la machine. 
En prime, il apporte un téléphone sans fil. Comme ça, je pourrai l’emporter partout dans l’appartement, explique-t-il gentiment. Vous n’aurez pas à courir au bureau. Ah ben… merci, mais je promets de faire tout ce que je peux pour éviter de casser quoi que ce soit d’autre!
Je remercie encore cent fois, toujours avec les deux mêmes muchas gracias parce que je ne sais rien d’autre. Ce n’est rien ce n’est rien, assure-t-il, Mar avait l’intention de changer la machine parce qu’elle avait des comportements bizarres. Maintenant, je me méfie… Mar ou la machine?
Bref, vous voyez pourquoi je n’ai jamais envisagé l’échange de maisons? Je ne ferai exception que si M. et Mme Veciana veulent venir à Québec.
D’ici là, je fouille Internet à la recherche du cadeau qu’on peut faire à des anges pareils.

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