Venise est
magnifique, mais il faut dire que les montagnes, ça fait aussi un sacré
paysage… Des montagnes?!? Mais pourquoi diable y a-t-il des montagnes devant
moi alors que je roule vers le sud?
En fait, il
y a tellement de camions sur l’autoroute que je crois bien avoir manqué un
panneau ou une sortie sans même m’en rendre compte. Mais je ne manque pas le
panneau qui annonce la prochaine sortie… à 75 km . Oui 150 km en trop. Au prix où
est l’essence.
Les
propriétaires de l’hôtel m’ont écrit un courriel rassurant : les trouver
sera très simple. Ce qui fait évidemment que si je ne trouve pas, je ME
trouverai encore plus bête. Il suffirait de suivre les indications pour le
centre, puis pour la gare ferroviaire. Au fond, c’est vrai; c’était simple.
Pour le stationnement, par contre, c’est déjà plus complexe. Je trouve une
place devant la gare, pour 30 minutes.
Étant donné
mes folles dépenses d’autoroute (eh oui, les péages en double, bien sûr), après
avoir mis les 50 centimes pour 30 minutes, je n’ai plus un rond. Vraiment plus un
centime en poche. Je me précipite à l’hôtel, où les deux propriétaires ouvrent
des yeux ronds quand je leur dis que j’ai réservé. En fait, ils n’ont jamais
reçu mon message de confirmation où je leur disais d’ailleurs, à la blague, que
je comptais partir d’Asolo vers 9 h 30 mais que comme je me perdais
facilement, je ne pouvais pas dire à quelle heure j’arriverais. Une bien bonne
blague.
Stressée
par l’absence d’argent et la brièveté du droit de stationnement, j’ai sans
doute l’air d’une échappée de l’aile des furieux. Eux sont d’un calme, juste
une coche sous le degré « stressant pour les autres ». Lui m’indique
sur la carte les endroits où je peux me garer avec un permis de résident
temporaire.
Je retourne
au stationnement et pendant les 10 minutes qu’il me reste, je fais à pied le
trajet que je compte faire ensuite en voiture pour vérifier si, justement, ça
se fait. Est-ce que je peux tourner à gauche, ici? Est-ce un sens unique?
Suis-je bien loin de l’hôtel? De la bouche d’un grand gaillard à l’air très
timide, planté sur le coin de la rue sans l’air de vouloir traverser, j’entends « Qu’est-ce que vous cherchez,
Madame? ». Je me retourne pour regarder derrière moi, désorientée par le
regard strabique de mon ange. Rouge de honte et de chaleur, je reviens à lui et
je réussis à lui expliquer ma situation en 20 mots. Il y a une place libre
juste derrière lui. « Je me poste là et je vous attends », dit-il.
« Vous êtes sérieux?? C’est tellement gentil. Écoutez si ça vous paraît
trop long, je comprendrai parfaitement que vous partiez! »
En fait, ce
ne sera pas long. Le malheur est que je n’ai pas un centime pour lui offrir un
café avec ou sans moi. Et je ne peux pas vraiment me lancer à la recherche d’un
guichet parce que la place de stationnement, je ne peux l’utiliser qu’avec un
permis… que je n’ai pas encore! Je fais mentalement l’inventaire de mes
bagages. Rien à faire : je n’ai ni petite gugusse du Québec ni un livre
déjà-lu-à-donner pour remercier l’homme le plus gentil et le plus touchant
d’Italie. Je lui dis que grâce à lui, la journée est redevenue belle; il
m’assure que ça lui a fait le plus grand plaisir et il s’éloigne à grands pas. Ah
la la, quelle entrée à Parme. Tout devrait bien aller à présent.
Je me
dépêche d’écrire un mot à l’adresse d’un éventuel agent de stationnement et
retourne, suante et soufflante, à l’hôtel, sans bagage, demander le précieux
permis. Le proprio m’accompagne pour s’occuper de mes bagages, dit-il. Qui sait
s’il ne veut pas protéger ses concitoyens.
Je repars en
quête d’un guichet. Le premier annonce Cirrus, le sésame des retraits
internationaux. Il me parle poliment en français après avoir lu ma carte, me
demande le montant que je veux, m’invite à inscrire mon code, puis me redonne
ma carte. Sans argent ni reçu. Il reste une demi-heure avant la réouverture de
la banque. Mon guide de voyage, de 2012, donne deux adresses de café Internet,
où je pourrais entre-temps vérifier si le retrait a été fait dans mon compte.
Les deux ont disparu. Et la connexion de l’hôtel est en panne aujourd’hui.
AUJOURD’HUI!
Je risque
un autre retrait, avec plus de succès. C’était pour dîner – il est maintenant
15 h – mais finalement, je n’ai pas faim. Ça y est, la banque est ouverte.
Après avoir fait cliqueter son clavier, le jeune employé très courtois me dit
qu’il n’y a aucun retrait du montant que j’ai annoncé et me propose gentiment
d’utiliser son ordinateur pour vérifier si l’argent est sorti de mon compte.
Hélas, pour des raisons de sécurité, les sites auxquels il peut accéder sont
peu nombreux, et Desjardins n’en fait pas partie. Il note mes coordonnées pour
me prévenir si la vérification du guichet révèle un excédent. Trois heures plus
tard, je tombe sur un service Internet. Il n’y a qu’un seul retrait. Bon, où
est-elle cette cathédrale romano-lombarde?
OUF!!! Début de vacances éprouvant!
RépondreSupprimerJ'espère que la suite s'annonce meilleure! En tout cas, les gens semblent plus gentils.
Rachel