Arrêt Ca’ d’Oro. Monter jusqu’à Strada Nova, tourner à
droite, puis à gauche sur Salizzada del Pistor. Un peu après la « rue des
proverbes », le rio terà dei Franceschi. Me voici au Giorgione Multisala,
le cinéma de Venise.
Quelqu’un m’a appelée polyglotte l’autre jour et ça m’a
fait rire. Le Giorgione Multisala, lui, ne souffre pas de ce genre de complexe. Il vend fièrement et facilement ses deux salles de quelque 100 places chacune.
J’ai eu beau arriver 30 minutes avant l’heure, les choses
s’annoncent mal. Beaucoup gardent des places sans avoir acheté les billets en installant
leur parapluie, leur sac, leur manteau. Je subis les admonestations de trois
Françaises agressives, qui en sont presque à mettre leur soutien-gorge pour réserver des
sièges à leurs compagnes retardataires. Elles rient bêtement de voir les gens s'accumuler dans les allées, des gens qui viennent d'acheter un billet mais qui ne voient pas où s'asseoir étant donné tous les accessoires sur les sièges.
Elles sont un peu surprises de m’entendre les apostropher dans leur langue. « Et quelles places, dans le bâtiment, vous ne gardez pas pour votre clan? » - « Écoutez, il nous faut quatre places ici, trois ici, et… » Elle s'embrouille. Je repousse la pointe d'un parapluie qui trempe presque quatre sièges à la fois et je m’installe. « Non, mais! Et alors! » Finalement, je vais leur donner satisfaction : je ne peux pas rester là sans me casser le cou pour bien voir. Je quitte mon siège arraché de haute lutte, non sans avoir expliqué à mes amies françaises que c'est inconfortable. J'en repère un autre, cinq rangées derrière, que j'atteindrai après avoir fait lever dix personnes, pour me retrouver... derrière la plus grande femme de Venise.
Elles sont un peu surprises de m’entendre les apostropher dans leur langue. « Et quelles places, dans le bâtiment, vous ne gardez pas pour votre clan? » - « Écoutez, il nous faut quatre places ici, trois ici, et… » Elle s'embrouille. Je repousse la pointe d'un parapluie qui trempe presque quatre sièges à la fois et je m’installe. « Non, mais! Et alors! » Finalement, je vais leur donner satisfaction : je ne peux pas rester là sans me casser le cou pour bien voir. Je quitte mon siège arraché de haute lutte, non sans avoir expliqué à mes amies françaises que c'est inconfortable. J'en repère un autre, cinq rangées derrière, que j'atteindrai après avoir fait lever dix personnes, pour me retrouver... derrière la plus grande femme de Venise.
Or, l’écran est certainement moitié moins haut que les
nôtres! Et comme les acteurs ont eu pour consigne de parler chacun dans son
dialecte, il y a des sous-titres en bas. Enfin, des moitiés de sous-titres, la
partie inférieure disparaissant dans le rideau sombre. Et voilà que la plus
grande femme de Venise a des démangeaisons du cuir chevelu et qu’au lieu de lever
le bras à chaque crise, elle décide de le laisser là-haut en permanence, ce qui la
rehausse de 10 cm . J’ai beau m’être fait un coussin de mon imperméable chiffonné, je ne
suis pas de taille. Je lui fais donc une légère pression sur le bras. Ma voisine me remercie du regard. L’autre se retourne, courroucée,
mais je me concentre sur l’action.
Et à propos, si ça passe chez vous ou si c’est passé et que
vous ne l’avez pas vu, je vous recommande ce Cesare deve morire (César
doit mourir) des frères Taviani. Sans démangeaison capitales ni soutien-gorge
marque-places, vous passerez un bon moment.
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